Le Grand Bain réalisé par Gilles Lellouche [Sortie de Séance Cinéma]

Synopsis : « C’est dans les couloirs de leur piscine municipale que Bertrand, Marcus, Simon, Laurent, Thierry et les autres s’entraînent sous l’autorité toute relative de Delphine, ancienne gloire des bassins. Ensemble, ils se sentent libres et utiles. Ils vont mettre toute leur énergie dans une discipline jusque-là propriété de la gent féminine : la natation synchronisée. Alors, oui c’est une idée plutôt bizarre, mais ce défi leur permettra de trouver un sens à leur vie… »


Les lumières de la salle de cinéma s’allument, tu te repositionnes sur ton siège pour avoir fière allure parce que la position “je m’installe comme à la maison” ce n’est pas trop ça, et là, ton ami(e) se retourne vers toi et te pose la question fatidique…

Avec un jeu de mot que tout le monde aura osé, Gilles Lellouche décide de plonger dans Le Grand Bain du cinéma en solo. C’est en effet son premier film après avoir co-réalisé Narco et surtout les fameux sketches des Infidèles avec Jean Dujardin entre autres. La naissance de cette comédie est liée au visionnage d’un documentaire sur la natation synchronisée masculine suédoise. On évacue de suite la copie… pour la petite histoire, le réalisateur britannique Olive Parker a eu la même idée que notre acteur français puisqu’il a proposé cette année Swimming with men qui conte la façon dont un homme pour reconquérir sa femme va décider de s’inscrire dans un cours de natation synchronisée masculine. Cependant, si le but sera la compétition, le point de départ n’est pas le même. Et c’est même ce qui surprend avec le film de Gilles Lellouche. Partout, le terme “feel-good movie” est adossé au film mais le début est désarçonnant car le thème principale est la dépression. Un sujet loin d’être fun. Bien plus que la natation synchronisée qui est le prétexte à la rencontre de ces hommes perdus, c’est la lassitude d’une génération que montre le film.

Et ainsi démarre le film après la démonstration du conditionnement de la population avec ce fameux symbole : un rond ne rentrera jamais dans un carré. Au point que la déprime s’installe dans la salle. Et l’on reconnaît un talent certain à Gilles Lellouche, de savoir installer une ambiance. Au point que le spectateur s’enfonce dans la dépression avec ces hommes-poissons. Mais alors pourquoi parler de “feel-good movie” ? Simplement parce que l’acteur-réalisateur s’adresse à tout le monde. Il vous prend par la main pour vous montrer que la solution au mal-être est là devant nous ou plutôt dans la salle. La solution : c’est l’autre. La solution : c’est le groupe. Lorsque l’on est au plus mal, il est possible de donner le coup de pied nécessaire pour remonter à la surface en s’entraidant. Dans nos sociétés individualistes, le message est de nouveau lancé pour éviter que l’on se retrouve seul et perdu. La solution existe si on se fait confiance, si on s’ouvre aux autres.

Avec beaucoup de nuances et de pudeur, même si les acteurs passent les 3/4 du film en maillot de bain, l’histoire montre des hommes blessés, meurtris et malmenés par la vie. Et de leur rencontre, de leur union, va naître une communauté. Un groupe soudé qui va vouloir se dépasser aux côtés de deux professeurs : Delphine (qu’interprète Virginie Efira) tout aussi paumée qu’eux. Et surtout la tyrannique Amanda (impayable Leïla Bekhti) qui martyrise nos nageurs en herbe. La force du Grand Bain est de réussir à réunir un casting de poids, avec des chansons iconiques des années 1980 (Tears for Fears en ouverture, Phil Collins ou encore Notorious B.I.G) et une légèreté dans l’image. Et ainsi d’histoire déprimante, Le Grand Bain s’ouvre vers la lumière et les sourires.

Le casting est impeccable car Gilles Lellouche a su s’entourer de ses amis de toujours. On retrouve avec plaisir Guillaume CanetJonathan Zacaï (dans le rôle du beau-frère détestable) et son épouse Mélanie Doutey. À leurs côtés, il accueille Mathieu Amalric et son visage droopesque, Marina Foïs ou encore Benoît Poelvoorde et Jean-Hugues Angalde, totalement hilarants. Mais la palme est à attribuer à Leïla Bakhti qui revenait de grossesse et ne se trouvait pas jolie pour le rôle au point d’y mettre toute sa colère Et surtout à Philippe Katherine, perché comme à son habitude mais dont le décalage procure le plus grand bien et rassure par moment. Il livre une composition drôle, décalée et touchante qui ne peut que faire fondre. C’est la grande force du film : trouver le discours universel pour évoquer avec justesse et beaucoup d’amour le fait qu’ensemble, on est capable d’abattre des murs même si la vie est difficile. Le Grand Bain est une histoire simple et universel car chaque spectateur, au cours de sa vie, ressent le besoin d’être aimé, épaulé, accompagné, soutenu. Tout cela pour tenter l’impossible et faire enfin rentrer un rond dans un carré. Avec douceur et délicatesse, et d’un sujet de départ lourd, Gilles Lellouche réussit le pari d’un film osé, audacieux, drôle et décalé. Et si la photographie est simple et le montage convenable, la musique signée John Brion emmène l’histoire vers des sommets de poésie réussie. Épatant, souvent drôle, totalement bouleversant, Gilles Lellouche dose avec subtilité humour, tendresse et émotion pour offrir un premier film solo humain porté par un casting de qualité. Le Grand Bain est le “feel-good movie” que l’on attendait. Il ne vous reste plus qu’à vous jeter à l’eau pour découvrir ce petit bijou de sincérité.


« Réussir à trouver le discours universel pour évoquer avec justesse et beaucoup d’amour le fait qu’ensemble, on est capable d’abattre des murs est la force du film. »


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