Le Fils de Jean (Critiques l 2016) réalisé par Philippe Lioret

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Synopsis : “À trente-trois ans, Mathieu ne sait pas qui est son père. Un matin, un appel téléphonique lui apprend que celui-ci était canadien et qu’il vient de mourir. Découvrant aussi qu’il a deux frères, Mathieu décide d’aller à l’enterrement pour les rencontrer. Mais, à Montréal, personne n’a connaissance de son existence ni ne semble vouloir la connaître…”

Philippe Lioret est le réalisateur de l’intime, du conflit étouffé et enfoui puis des cris de colère. Après le long-métrage Toutes nos Envies qui prenait le surendettement à bras le corps, et le sublime film Welcome aux résonances actuelles sur la crise des migrants dans la jungle de Calais, Philippe Lioret revient avec un drame intime, au plus proche des hommes qui se retrouvent dans cette histoire de fils découvert et de père à découvrir.

En situant son histoire au Canada, le metteur en scène plante le décor d’un déracinement voulu et recherché pour son personnage principal, Mathieu (subtilement interprété par Pierre Deladonchamps). Celui-ci reçoit un appel lui apprenant que son père naturel est mort… il ne connaissait pas Jean et il décide d’aller à l’enterrement, au Canada, à Montréal. C’est de cette découverte de l’autre que Philippe Lioret tire un drame intime et familial renforcé par la rencontre avec Pierre, impeccable Gabriel Arcand, ami du défunt qui a contacté Mathieu. Parce que ce dernier est une tête de mule, alors Pierre va l’amener à la rencontre de ses deux frères qui ne soupçonnent même pas son existence. Deux frères que l’on ne souhaiterait pas avoir dans sa propre famille : deux frères blessés, fracassés par l’absence d’un père médecin qui a privilégié ses conquêtes à ses enfants… et la recherche du corps du père disparu n’est qu’un moyen de s’opposer autour d’un héritage potentiel.

Les yeux au cielphotos: Sébastien Raymond. seb©sebray.comLes yeux au cielphotos: Sébastien Raymond. seb©sebray.com


C’est dans ces moments entre hommes, isolés, que Philippe Lioret retrouve les accents de ses précédents films : nervosité, conflit sourd et affrontement pour finalement céder le tout à l’abandon… et pourtant cette fois, le cri de colère de Mathieu qui ne souhaite finalement pas de cette famille, est contrebalancé par la rencontre de la famille de Pierre. À l’opposé des frères insupportables, il propose une femme posée et curieuse, une fille en quête de repères avec des jumelles attachantes. Un havre de paix où il fait bon se poser, se raconter et peut-être s’ouvrir. C’est le moment qui fait basculer le drame dans la chronique familiale drôle et amusante.

En s’inspirant du roman de Jean-Paul Dubois, nommé : “si ce livre pouvait me rapprocher de toi”, le réalisateur tire une adaptation toute personnelle : lumineuse et attachante, aidé dans cette tâche par Natalie Carter qui y insuffle une dose de féminité bien sentie (notamment la scène des filles dans le bar). Enfin, le Canada offre de grands espaces à un réalisateur qui avait trop tendance à rester dans un espace clos (le tribunal de Toutes nos Envies) ou d’un espace dangereux (la Manche à traverser dans Welcome). Et surtout, le Canada permet à Mathieu de garder une langue qui lui permettra d’échanger pour rencontrer cette famille qu’il ne connaît pas et qui ne le connaît pas.

Un dernier mot sur le casting : si Pierre Deladonchamps apporte son côté lunaire, enfantin et aussi tête de mule, il trouve en Gabriel Arcand un partenaire tout aussi têtu, également bourru, finalement d’une sensibilité immense. Reste Catherine de Léan (la fille) et Marie-Thérèse Fortin (l’épouse) de Pierre, qui comprennent tous deux que le secret de la non-connaissance de Mathieu par Jean cache un drame plus intime qui pourrait permettre de tout bouleverser pour offrir un nouveau souffle à leur famille.


En Conclusion :

Un drame lumineux où tout se joue dans les non-dits, les silences qui forcent aux petites révélations. Dans des décors magnifiques, la magie du Canada, Philippe Lioret observe ses acteurs pour mieux les magnifier et les mettre à nu afin d’apporter toute l’émotion retenue chez les personnages. Un film chaleureux, par moment drôle et souvent émouvant renforçant l’envie d’appartenir à la famille du fils de Jean.

Le coup de cœur de la rentrée cinéma.

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