Le Collier Rouge réalisé par Jean Becker [Sortie de Séance Cinéma]



Synopsis : “Dans une petite ville, écrasée par la chaleur de l’été, en 1919, un héros de la guerre est retenu prisonnier au fond d’une caserne déserte. Devant la porte, son chien tout cabossé aboie jour et nuit. Non loin de là, dans la campagne, une jeune femme usée par le travail de la terre, trop instruite cependant pour être une simple paysanne, attend et espère. Le juge qui arrive pour démêler cette affaire est un aristocrate dont la guerre a fait vaciller les principes. Trois personnages et, au milieu d’eux, un chien, qui détient la clef du drame…”

Les lumières de la salle de cinéma s’allument, tu te repositionnes sur ton siège pour avoir fière allure parce que la position “je m’installe comme à la maison” ce n’est pas trop ça, et là, ton ami(e) se retourne vers toi et te pose la question fatidique…

Ce Collier Rouge est le fruit d’un artisan. Et Jean Becker nous prouve une nouvelle fois qu’il aime la France et qu’il sait raconter des histoires qui fleurent bon le terroir en s’intéressant à des personnes blessées, brisées ou qui cachent une douleur et un secret. 35 ans après les secrets de L’été meurtrier qui avait révélé Isabelle Adjani ou encore ceux du film Les Enfants du Marais qui sentaient bon la France de l’entre-deux guerres, Jean Becker revient au drame historique. Une autre constante chez le réalisateur, sa fascination pour les acteurs au point de toujours les magnifier tels que Dupontel, Serrault, Villeret ou encore Vanessa Paradis à qui il offrit avec Élisa un rôle magnétique. Enfin, quand il crée un duo inattendu, tout fonctionne : Gérard Depardieu et Gisèle Casadessus nous l’ont prouvé dans le film La Tête en Friche.

“L’intérêt s’émousse très vite car le film semble se priver de certains pas de l’histoire.”


Pour sa quinzième réalisation, Jean Becker décide de nous plonger sur la période 1914-1919 en adaptant le livre de Jean-Christophe Rufin : Le Collier Rouge. L’histoire renferme un secret liant un homme, une femme et un chien. Animal qui passe ses journées à aboyer devant la prison où est enfermé son maître, Morlac qu’interprète avec justesse Nicolas Duvauchelle. Pourquoi reste-t-il planté là ? Quel secret le lie à son maître ? Et surtout qu’a fait son maître pour être le seul et unique prisonnier de ce petit village ? Pour bien comprendre, il faut une personne neutre en la personne du juge. Celui-ci vient pour prononcer la sentence mais à la veille de sa retraite, ce juge (également officier de guerre), aurait bien envie de partir serein. Et qui de mieux que François Cluzet pour être ce juge qui impose sa force tranquille et nous emmène avec lui à la découverte des raisons de l’arrestation.

Si le mystère tient jusqu’au dénouement, c’est pourtant celui-ci qui crée la déception. Le propos de ce Collier Rouge est amenuisé par ce final qui n’a pas le souffle épique que méritait une telle histoire. Les scènes de tranchées de la Première Guerre Mondiale sont réalistes et superbement bien reconstruites. Ce sont de vrais moments de bravoure que nous propose Jean Becker prouvant encore la vitalité de son cinéma. Les acteurs sont véritablement investis notamment Sophie Verbeeck dans le rôle de Valentine qui attend le retour de son héros puisque Morlac a reçu la Légion d’Honneur pour sa vaillance au combat. Cependant, malgré le jeu des acteurs, l’intérêt s’émousse très vite car le film semble se priver de certains morceaux, comme des pans entiers supprimés pour que le film tienne le format des 90 minutes afin d’éviter que le spectateur ne s’ennuie. Et c’est là que le bât blesse car le film perd en profondeur au point finalement d’être déçu par ce qu’a fait Morlac, notamment parce que le réalisateur nous aura entraînés sur des fausses pistes laissant craindre le pire pour finalement… ça !

Aussi, sera-t-on satisfait de la leçon sur l’humanité dispensée par Jean Becker en adaptant ce Collier rouge avec son auteur, Jean-Christophe Rufin et la complicité de Jean-Loup Dabadie pour les dialogues. Mais cette leçon est minimisée par la narration qui n’étoffe pas suffisamment le propos. Et pourtant tout aurait pu être bien meilleur : la photographie d’Yves Angelo parfaite, le soin à la reconstitution réussie. Mais cette impression d’un film honnête et suffisamment bon pour la télévision se ressent pleinement jusque dans sa partition musicale. Le compositeur Johan Hoogewijs semble comme bridée. Sa musique n’intervient que par touche et de façon sporadique. Elle n’étouffe pas le propos mais l’accompagne rarement pour le sublimer sauf lors de l’attaque dans les tranchées. La partition est discrète alors qu’elle aurait pu sublimer certains passages pour offrir des envolées lyriques. Dommage que Jean Becker n’ait pas laissé plus de place à son compositeur car il a en réserve des petites merveilles à découvrir.

En résumé, parce que Jean Becker sent bon le terroir, cette adaptation du roman Le Collier Rouge aura ses fans et quelques détracteurs. Voici un film où le spectateur ne s’ennuiera pas, mais l’histoire est inaboutie car dans sa volonté à simplifier le scénario pour qu’il rentre dans des carcans de 90 minutes, il en perd alors toute sa densité. Or ce roman sur l’homme et sa lâcheté en temps de guerre méritait d’être raconté au cinéma avec plus de lyrisme et de splendeur.

Bande Originale signée Johan Hoogewijs et éditée par Milan Music.

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