Le Chant du Loup, plongée en apnée dans le monde sous-marin



Synopsis : « Un jeune homme a le don rare de reconnaître chaque son qu’il entend. A bord d’un sous-marin nucléaire français, tout repose sur lui, l’Oreille d’Or. Réputé infaillible, il commet pourtant une erreur qui met l’équipage en danger de mort. Il veut retrouver la confiance de ses camarades mais sa quête les entraîne dans une situation encore plus dramatique. Dans le monde de la dissuasion nucléaire et de la désinformation, ils se retrouvent tous pris au piège d’un engrenage incontrôlable. »


Les lumières de la salle de cinéma s’allument, tu te repositionnes sur ton siège pour avoir fière allure parce que la position “je m’installe comme à la maison” ce n’est pas trop ça, et là, ton ami(e) se retourne vers toi et te pose la question fatidique…

Filmer la vie dans un sous-marin, c’est filmer la tension. Filmer un sous-marin, c’est accepter toutes les contraintes techniques imposées par l’exiguïté du lieu. Enfin, filmer dans un sous-marin, c’est s’assurer de réaliser le film tarte à la crème, en clair, soit ça passe… soit ça casse ! Antonin Baudry pour son premier film a décidé de se mettre toutes les barrières possibles. Tous les obstacles pour parvenir au résultat dont il rêve. Un film sur un univers d’hommes, certes, mais surtout un film sur les conflits diplomatiques et l’honneur des ordres à respecter jusqu’au bout.

Le chant du loup est le premier film d’un ancien diplomate sous le gouvernement de Dominique de Villepin. Et surtout, Antonin Baurdy est le scénariste du brillantissime Quai d’Orsay, sur les affres d’une jeune recrue devant écrire les textes du ministre des Affaires Étrangères français… toute ressemblance avec le passé de De Villepin alors en poste à cette fonction, ne sera pas pure coïncidence… au contraire ! Antonin Baudry connaît bien les ressorts de la diplomatie. Il peut proposer l’histoire crédible d’un conflit potentiel entre la France et la Russie où la seule et unique riposte face à un tir de missile nucléaire n’est plus la dissuasion, mais l’attaque !

Après ce n’est pas tout d’écrire une histoire crédible, encore faut-il qu’elle soit portée par des acteurs de qualité et une tension dramatique réelle. Antonin Baudry réussit le pari d’un premier film tendu, sous apnée (sans aucun jeu de mots) où les acteurs interprètent à la perfection leur rôle. Chacun est à sa place. Chacun sait ce qu’il doit faire, ce qu’il doit dire, ce qu’il doit être… sans jamais un mot plus haut que l’autre. Jamais la hiérarchie n’est bafouée, l’armée conserve son rang où tout le monde comprend les sanctions, accepte les modifications de vie possible. La patrie avant la vie privée, la patrie au-dessus de tout, la patrie quitte à en mourir. Cette tension de menace de mort permanente plane sans cesse sur ces hommes qui sont sous l’eau. Pour ajouter à la tension du film, les décors choisis reproduisent fidèlement l’intérieur d’un sous-marin car ils sont à l’échelle. À aucun moment, ni le film, ni les acteurs sonnent faux. Un véritable tour de force mené de main de maître par le réalisateur.

Le plus passionnant du film est la façon dont le scénario nous inscrit dans cette histoire d’un monde où l’écoute, les sons priment sur tout le reste. Comprendre qui est là dans ce monde du silence, qui se cache dans les profondeurs maritimes : voilà la clé du film. Le chant du loup est ce son que “l’oreille d’or”. Ce chant signifie le sonar présent dans l’eau annonçant la découverte du sous-marin et surtout le début de la fin pour les hommes coincés sous l’eau. Si le reproche pourrait être fait à Antonin Baudry d’avoir choisi de ne placer que des hommes sous la mer, il ne fait que retranscrire une réalité. Ce monde des sous-marins est un monde d’hommes, loin d’être des brutes cependant. Un univers masculin où la femme a peu sa place. Antonin Baudry envisage-t-il de reprendre la peur qu’avaient les hommes sur un bateau ? Si une femme était présente sans qu’on le sache, alors le navire courait à sa perte… alors qu’au contraire, ici, c’est l’intervention d’une femme qui va changer le cours des choses. Une action de Paula Beer auprès de “l’oreille d’or”, François Civil, va modifier le cours de l’histoire pour insuffler une tension dramatique supplémentaire.

Paula Beer, découverte chez François Ozon dans Franz, est la seule femme de ce film. Elle renforce la sensibilité de “l’oreille d’or”, François Civil. Mais qu’est-ce que “l’oreille d’or” ? C’est la personne dans un sous-marin qui écoute tous les sons et tout ce qui ne s’entend pas pour repérer les autres navires, les sous-marins, les missiles, la faune marine… une oreille indispensable à la survie des hommes dans les profondeurs maritimes. François Civil campe Chanteraide, surnommé Chaussette, à la perfection. Il place toute sa sensibilité, sa peur et ses doutes dans un personnage qui n’est pas le plus évident à interpréter. En effet, autour de lui, le réalisateur a dessiné des hommes parfois schématique mais dont le portrait est transcendé par l’acteur qui le campe. Reda Kateb est admirable en commandant du sous-marin nucléaire, considérant ses hommes comme sa famille. Il impose sa confiance et son aura naturelle de chef pour mener à bien la mission suicide. Face à lui, Omar Sy interprète son second avec naturel, conviction et apporte des touches de légèreté nécessaire au film. Enfin, Mathieu Kassovitz est impressionnant de maturité, de force et de conviction en reprenant le rôle détestable de l’amiral Alfost tiraillé entre les ordres de la République et le monde sous-marin qu’il connaît à la perfection. Une interprétation exemplaire parce qu’elle repose toute la tension finale de l’histoire. Enfin, quelques passages vocaux, dans la tête des acteurs, renforcent ces moments de doute ou de confiance créant l’unité sous-marine. Aussi, on pourra reprocher un dénouement prévisible malgré une interprétation.

Le travail sur le son est admirable. Il immerge le spectateur dans les profondeurs, l’emmène dans un monde inquiétant où le moindre bruit éveille l’angoisse, une prouesse technique incroyable. Tout n’est pas compréhensible car les mots employés sont du langage technique difficile à maîtriser pour les non-initiés, mais l’ambiance sonore (imposée par Nicolas Cantin, Nicolas Becker et Thomas Desjonqueres) plonge l’audience dans une pression perpétuelle. Pourquoi ? Parce que l’on se pose les questions, on veut comprendre si l’on n’a pas raté un son comme “l’oreille d’or”. Le spectateur tend l’oreille jusqu’au bout pour tenter d’éviter le pire à l’équipage… une plongée en immersion incroyable. Si la photographie est soignée, les décors réussis, la musique de Tomandandy ajoute à l’atmosphère oppressante. Même quand les hommes sont à terre, la pression ne s’arrête jamais… jamais… jamais… Elle renforce la citation initiale d’Aristote : “Il y a trois sortes d’hommes les vivants, les morts, et ceux qui vont sur la mer.” La citation ouvre le film. Elle renforce l’idée que la mer est la seule à décider de la vie et de la mort du commun des mortels.

Le Chant du Loup, premier film écrit et réalisé par Antonin Baudry est une réussite entière, même si on pourra lui reprocher un final prévisible. L’ambiance, le soin apporté au son et aux décors provoquent chez le spectateur une sensation continue de malaise, d’oppression et de tension nécessaire pour suivre jusqu’au bout “l’oreille d’or”. On s’attache à ces hommes prêts à tomber pour la France. Le film vous plonge en apnée et vous tient en haleine jusqu’au générique final.


« Le travail sur le son est admirable. Il immerge le spectateur dans les profondeurs, l’emmène dans un monde inquiétant où le moindre bruit éveille l’angoisse, une prouesse technique incroyable. »


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2 commentaires sur “Le Chant du Loup, plongée en apnée dans le monde sous-marin

  1. Ce qui n’est pas crédible du tout c’est la riposte pour un missile sans tête qui s’écrase en forêt de Compiègne. Le principe il me semble c’est la réplique après la première frappe, pas après le premier tir. Ça gâche un peu le film.

    1. Le scénario se veut le plus documenté possible même si en effet, la réponse est une réplique après la première frappe. Cependant ici le choix du scénariste est de privilégier la destruction du missile dès le tir pour épargner des vies humaines. Après vient le temps de la réplique. C’est un parti pris qui n’enlève rien aux qualités du film.

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