Late Night, Emma Thompson Queen of Hollywood


Synopsis : « Une célèbre présentatrice de « late show » sur le déclin est contrainte d’embaucher une femme d’origine indienne, Molly, au sein de son équipe d’auteurs. Ces deux femmes que tout oppose, leur culture et leur génération, vont faire des étincelles et revitaliser l’émission. »


Les lumières de la salle de cinéma s’allument, tu te repositionnes sur ton siège pour avoir fière allure parce que la position “je m’installe comme à la maison” ce n’est pas trop ça, et là, ton ami(e) se retourne vers toi et te pose la question fatidique…

Quand on est fan d’une actrice, le plus compliqué, c’est de savoir faire la part des choses entre l’admiration évidente qu’on porte et la qualité de son jeu, du scénario de la nouvelle production. Il faut donc savoir s’extraire de la position de fan pour proposer la critique la plus constructive qui soit. Deuxième obstacle : la bande-annonce. Celle de Late Night promet du rire et de la folie qui finalement n’apparaît plus quand on découvre l’œuvre complète. Enfin, un dernier point, l’humour habituelle de Mindy Kaling en télé fonctionnera-t-il aussi bien sur la longueur ?

Éludons point par point les craintes : Emma Thomspon reste la reine avec un rôle de composition où elle baisse l’armure. On aurait même envie en sortant de la salle de la voir animer son propre late show, véritable institution aux USA. Le scénario écrit par Mindy Kaling est bien plus malin que ne semble le présenter la bande-annonce. Car c’est là que le bât blesse, le choix du studio Amazon pour vendre le film est une accumulation de scènes hilarantes alors que le film est plus profond qu’il n’y paraît. On pourrait aussi évoquer l’affiche proche d’une comédie type des Frères Farelly que d’un film au scénario musclé qui va dénoncer un monde actuel.

Late Night n’est pas qu’une comédie sur une présentatrice qui va perdre son émission. Ce n’est pas non plus un sous-Diable s’habille en Prada parce qu’Emma Thompson joue la chef détestable et tyrannique. Late Night est tour à tour une satire sur le jeunisme, les réseaux sociaux, la place des femmes dans la société et le sexisme. Sous le prisme de la jeune idéaliste qui croit en ses rêves “bigger than life” avec une volonté de fer pour permettre de vivre la vie dont elle a toujours rêvé, Mindy Kaling brosse le portrait juste d’une société du spectacle qui éprouve encore des difficultés à passer à la diversité et à la transparence.

Quand démarre l’histoire, Katherine Newbury est encore la reine de son talk-show pourtant en perte de vitesse. Solution pour la présidente de la chaîne : la remplacer par un humoriste plus jeune, plus drôle et irrévérencieux. Pour tenter d’empêcher cet extrême, Katherine doit renouveler son équipe en intégrant notamment une femme dans sa troupe d’auteurs trop testostéronée. Pourtant, l’intégration de cette petite nouvelle, jouée avec beaucoup de fraîcheur sans candeur par Mindy Kaling, n’est pas des plus appréciée par le reste de l’équipe.

Ce ton va définir l’ensemble du film car là où la jeune recrue pourrait attendre un soutien de la part de sa nouvelle cheffe, elle ne va trouver qu’une femme qui se pense littéralement supérieure aux autres malgré le risque d’un renvoi en fin de saison. Alors qu’une femme pourrait comprendre ce que ressent la jeune Molly, au contraire, cela ne semble pas toucher Katherine. La diversité est également abordé par les origines indiennes de la jeune héroïne. On comprend aussi qu’aux USA, la règle n’est pas forcément d’intégrer plus de diversité pour modifier les règles des équipes et faire évoluer la société, mais bien de faire preuve de diversité parce que l’on est obligé. La réalisatrice Nisha Ganatra n’hésite pas à grossir et forcer le trait pour que cette évidence saute aux yeux. Avec l’intégration de Molly, c’est tout un phénomène de suspicion qui apparaît : êtes-vous recruté pour vos compétences ou parce que vous représentez une minorité ? Le film offre une réponse grâce à l’abattage et la détermination de Molly. Elle sait pourquoi elle occupe sa place et elle va se démener plus que les autres pour prouver qu’elle mérite d’être là.

Cette détermination donne la positivité qui inonde tout le film. Jamais Mindy Kaling ne va sombrer dans la complaisance pour imposer son personnage. Il y a des touches d’humour et le plaisir de ne laisser de côté aucun sujet. Ainsi quand le passage du sexisme arrive, le scénario choisira de l’aborder frontalement plutôt que d’entrer dans le schéma de la victimisation. Le scénario est bien malin car il aborde ce phénomène en montrant aussi que l’on juge finalement plus durement les femmes que les hommes. L’histoire place même Katherine dans une position obligatoire : celle de l’excuse et de l’obligation d’assumer ces errements. Une position actuelle du pardon qui seule entraîne une compassion de la part du public… faute avouée et à moitié pardonnée, non ?

Dans une société hyperconnectée, où les réseaux et tweets assassins dominent l’instantanéité, Late Night embrasse ce phénomène pour évoquer la dépendance des médias à celles et ceux qui contrôlent les réseaux sociaux. Le rôle des influenceurs de tout poil est montré, exposé et démontré : un échange cordial et amusant vaut une publicité positive pour le night show, un clash et c’est la fin de la présentatrice, jugée d’un seul coup trop vieille. C’est là que le scénario touche encore plus puisque le jeunisme est couplée au sexisme. Mindy Kaling décide de démontrer que la volonté de rajeunir l’audience par les médias n’est pas forcément la meilleure des choses. Au contraire, elle propose l’entraide entre les générations pour que tout se passe pour le mieux. Vision sans doute idéalisée d’une société du spectacle à laquelle croit forcément la jeune scénariste mais elle le fait avec tellement de volonté que l’on se prend à accepter ce choix dans l’histoire.

Et si le spectateur peut l’accepter, c’est surtout parce que Late Night oscille entre éclat de rire, remises en question et grand moment de mélancolie et de solitude. Emma Thompson joue à la perfection cette femme carriériste isolée de tous. Elle a construit une forteresse imprenable au point d’avoir écarté amis et parents pour être la première et montrer aux hommes qu’une femme peut prendre le pouvoir. Derrière ce portrait de femme, se cache une réalité mondiale présentée sur un mode humoristique lors d’un stand-up auquel participe Katherine : alors qu’elle a le même âge que Tom Cruise, si celui-ci joue toujours le héros, dans La Momie, elle ne pourra avoir que le personnage de ce monstre ou pire, interpréter la mère de la momie ! Une différence où l’âge est moins ingrat avec les hommes qu’avec les femmes dans le cinéma ou la télévision.

Portrait d’une Amérique contemporaine, Mindy Kaling propose un savant dosage entre une dénonciation en règle d’un système phallocratique établi depuis des siècles et une volonté de montrer que le changement passera par la diversité sans devoir écraser les autres. Il en ressort un film drôle et amusant, léger par moment mais profond dans son traitement quand le pas de côté est fait où Emma Thompson rayonne pour prendre la couronne de reine qu’elle mérite, enfin !


« Late Night oscille entre éclat de rire, remises en question et grand moment de mélancolie et de solitude. »


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