Last Christmas, le « Salade Tomate Oignon » du film de Noël

Synopsis : « Kate traîne derrière elle une série de mauvaises décisions et erre dans Londres au son des grelots accrochés à ses bottes de lutin, seul emploi qu’elle ait réussi à décrocher dans une boutique de Noël. C’est pourquoi elle n’en croit pas ses yeux quand elle rencontre Tom qui semble voir en elle bien plus que ce qu’elle laisse paraître. Alors que la ville se pare de ses plus beaux atours pour les fêtes de fin d’année, rien ne semblait les prédisposer à nouer une relation. Mais parfois, il suffit de laisser opérer la magie de Noël, d’ouvrir son cœur et d’y croire… »

Les lumières de la salle de cinéma s’allument, tu te repositionnes sur ton siège pour avoir fière allure parce que la position “je m’installe comme à la maison” ce n’est pas trop ça, et là, ton ami(e) se retourne vers toi et te pose la question fatidique…

Sincèrement je ne sais par où commencer ce papier. Regardez bien l’affiche française du film. Ceci fonctionne également avec l’affiche américaine. Pas besoin d’être un expert, un cinéphile assidu ou avoir fait 25 ans d’études supérieures pour comprendre les tenants et les aboutissants du film en question. Un jeune homme habillé élégamment regarde dans la direction de la jeune femme suggérant qu’il la désire et souhaite la rendre heureuse. La jeune femme, sourire en coin, flatté, regarde dans la direction opposée afin de se faire croire qu’elle n’a pas besoin de lui. Avec ce costume, elle laisse également suggérer qu’elle a quelques problèmes à régler dans sa vie personnelle, se devant notamment d’endosser le costume d’un lutin pour gagner sa vie. Côte à côte, souriants, ils partagent le bout d’un banc devant une nature étincelante recouverte de neige. Puis ils tombèrent éperdument amoureux et eurent beaucoup d’enfants. Ceci n’est évidemment pas la fin du film, parce que la fin vous l’imaginez tout autant que moi je me la suggérais au moment où débutaient les festivités sur grand écran. Last Christmas est absolument tout ce que vous imaginez. Paul Feig, cinéaste que l’on ne caractérisera pas comme étant un « yes man » même si l’expression nous brûle actuellement les neurones, réitère après Spy, Bridesmaid, Ghostbuters et A Simple Favor avec Last Christmas, comédie romantique qui comme son titre l’indique : est un film de Noël.

Paul Feig n’a jamais été un cinéaste d’exception. Il n’a jamais été un cinéaste dont on va voir les films parce que l’on sait que l’on va en tant que spectateurs, être éblouis par un sens du cadre, par des plans à la beauté subjuguante ou par une mise en scène dont chaque mouvement va permettre d’apporter un élément de réponse à une problématique ou développer plus en profondeur les tourments d’un personnage. Il est un cinéaste qui prône le divertissement et une forme de divertissement que l’on voit fondamentalement de moins en moins dans les salles obscures. Ce divertissement tout public qui mélange assidûment les genres (comédie, drame et romance principalement) et ne cède jamais aux louanges du surréalisme. Même lorsqu’il réalise une comédie d’espionnage, il reste terre-à-terre, proche de la réalité afin de divertir le spectateur en mettant en scène des situations et personnages auxquels le spectateur est à même de s’identifier. Après le polar A Simple Favor, dont on retient surtout l’élégance des personnages et le superbe travail sur la direction artistique afin de donner du corps aux personnages par le prisme de leurs costumes, ainsi que par leurs accessoires et décors qui leurs servent d’habitations, il n’est pas étonnant de le voir s’atteler à un film de noël. Qu’est-ce que c’est qu’un film de Noël ?

Last Christmas est une comédie romantique qui prône le bon sentiment et la bienveillance envers son prochain par le prisme de personnages qui vont se rencontrer grâce au destin avant de découvrir qu’ils peuvent être heureux en étant positifs et ouverts aux autres. Le film de Noël est un genre à part, un genre qui ne se renouvelle pas, qui use et abuse des mêmes ressorts scénaristiques et de mise en scène depuis des décennies. Mais fondamentalement est-ce que l’on veut que ça change drastiquement ? Est-ce que ça mérite de changer drastiquement ? Question rhétorique, car si certains diront qu’on en a marre de ces téléfilms pas intéressants, d’autres comme nous diront qu’il ne fait pas de mal en période des fêtes de fin d’année, de se mettre au chaud devant un film plein de bons sentiments quitte à ce que fondamentalement l’on trouve ça niais au possible dans d’autres conditions et à une autre période. En même temps, pourquoi consommer un film de Noël en plein été. Last Christmas comporte tout ce que vous pouvez attendre d’un film de Noël qui marquera autant les esprits qu’un téléfilm de l’après-midi. Néanmoins, Paul Feig réussit à recréer la magie de Noël et des films de Noël grâce au scénario co-écrit par Emma Thompson et à son sens de la direction artistique.

Le cinéaste britannique aime ce qui est beau, il aime les beaux habits et les beaux décors. Le film de Noël est en ce sens parfait, car il peut se permettre d’user et abuser des décorations de Noël pour enjoliver des décors qui en une autre période de l’année, n’auraient pas la même saveur. Tout en sachant que l’histoire se déroule à Londres, Londres n’étant pas la ville la plus dégueulasse du monde non plus. Si le découpage est aussi fade qu’un chocolat chaud industriel, enchaînant la même séquence advitam nauséam (plan large, puis champ/contre champ discussion en plan moyen avec un choix de focale alternant entre 50 et 80 mm pour casser la profondeur de champ), les décors surélèvent le tout. Ils sont beaux, scintillants et inculquent au film son esprit « Noël » tant désiré. De son bord, le scénario co-écrit par Emma Thompson est intéressant, car il réussit par petite touche à faire de Last Christmas un film de noël moderne. Un film qui traite de notre société sans détour, en abordant le problème des laissés pour compte (immigrants, Brexit, sans domiciles fixes) tout en restant un film de Noël. Ce n’est pas un film social et les problèmes sociaux, ils les voient par le judas de la bienveillance naïve des fêtes de fin d’année, mais c’est toujours bien d’en parler et de ne pas occulter ces problèmes. Il est certain que mis en scène de cette manière, hors du contexte de la période des fêtes, le traitement réservé à ces problèmes sociaux auraient de quoi soulever vents et marrées tout en demeurant respectueux de ses sujets. Il est un scénario prévisible, aux situations téléphonées, et qui aurait mérité de retravailler sa fin qui a de quoi hérisser les poils du ridicule. Un ridicule qu’on lui pardonne volontiers non pas parce qu’il s’agit d’un film de noël, mais purement parce qu’elle est logique vis-à-vis de la caractérisation du personnage principal et du message que l’histoire tant à développer une heure et trente durant.

Stéréotypé jusqu’à l’ossature, Last Christmas l’est également dans la caractérisation de son personnage principal. Un personnage présenté de manière extrêmement classique, aux tourments peu surprenants dans le cadre d’un film tel que celui-ci, mais rendus attachante grâce à l’incarnation de son actrice. Si elle peine à convaincre dans d’autres registres (coucou Terminator Genisys) Emilia Clarke excelle dans la comédie romantique. Son sourire communicatif permet de la rendre attachante, même si l’actrice prend fondamentalement bien plus de place que son personnage dont on oublie le prénom au bout de quelques minutes. Elle est naturelle, enjouée, drôle et rapidement attachante. On s’attache à ce stéréotype de la jeune femme moderne qui profite de la vie, mais se cherche autant sur le plan professionnel que personnel. C’est encore une fois extrêmement classique, mais ça fonctionne et n’est pas déplaisant à regarder malgré ces ficelles qui nous étranglent de plus en plus au fur et à mesure de l’avancée du scénario. Last Christmas, le « salade tomate oignon » du film de Noël.

Paul Feig nous fait une complète, le menu maxi best of du film de Noël. La cinématographie est en elle-même assez fade, le scénario stéréotypé et prévisible, mais ça n’en fait fondamentalement pas un mauvais film comme vous avez pu le comprendre. Il n’est pas désagréable à regarder en tant que film de Noël. On sourit devant les situations, Emilia Clarke porte le film sur ses frêles épaules en étant drôle et attachante et la magie de Noël est belle et bien présente notamment grâce aux décors et à ce scénario qui dégouline de bienveillance. C’est par moment too much, trop sirupeux, mais c’est mignon et grâce à cette empathie que l’on ressent pour ce personnage, on en vient à aimer ça. Paul Feig demeure encore et toujours ce yes man et il a peut-être en ce sens, trouvé son genre de prédilection, celui qui n’a jamais évolué et qui n’a pas besoin d’évoluer : le film de Noël.

« Last Christmas fait le même effet que lorsqu’on regarde un gif avec un chaton qui tombe. C’est con, c’est prévisible (on sait qu’il va tomber le chat hein), c’est visuellement peu inspiré, mais tu souris de manière innocente et à la fin tu te dis : ohhhh c’est meugnon ! »


Commentaires Facebook

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *