L’Appel de la forêt, aurez-vous envie d’y répondre ?


Synopsis : « La paisible vie domestique de Buck, un chien au grand cœur, bascule lorsqu’il est brusquement arraché à sa maison en Californie et se retrouve enrôlé comme chien de traîneau dans les étendues sauvages du Yukon canadien pendant la ruée vers l’or des années 1890. Buck va devoir s’adapter et lutter pour survivre, jusqu’à finalement trouver sa véritable place dans le monde en devenant son propre maître. »


Les lumières de la salle de cinéma s’allument, tu te repositionnes sur ton siège pour avoir fière allure parce que la position “je m’installe comme à la maison” ce n’est pas trop ça, et là, ton ami(e) se retourne vers toi et te pose la question fatidique…

Vacances d’hiver, direction le Grand Nord canadien de la fin du 19e siècle, pour une adaptation de Jack London. C’est la cinquième fois que l’auteur américain voit son ouvrage, L’Appel de la forêt, adapté au cinéma, sans compter le nombre d’adaptation à la télévision. Dans son roman, London nous raconte comment un chien domestique vendu comme chien de traîneau va finalement découvrir ses instincts naturels par ce retour à la vie sauvage. Le roman est sombre, noir, froid avec notamment des scènes de violence insoutenable et un retour à l’état sauvage digne des théories de Darwin : “seul le plus fort va survivre”.

Produit pour tout public par Disney, le film est édulcoré de cette vision de la loi du plus fort. Si elle intervient quand Buck devient le chef de traîneau, cette lutte pour devenir le mâle dominant est simpliste et fait disparaître toute la cruauté bestiale contée dans le livre. Cette vision aseptisée est le reproche principal de cette adaptation : la vision du monde de Jack London devient binaire et extrêmement manichéenne. Il n’y a que le bien d’un côté et le mal de l’autre. Sans doute est-ce là, le côté reprise en main de l’histoire par Disney car au départ le film était développé par la Fox, racheté depuis par notre souris préférée.

Au point que malheureusement, certaines interprétations sont caricaturales à l’extrême. Si Harrison Ford, Omar Sy et Cara Gee remplissent leur rôle à la perfection sans trop en faire, Dan Stevens en méchant devient risible. Son obsession de l’or entraîne cette caricature de l’homme assoiffé de réussite au point d’écraser les autres et de sombrer dans une folie surjouée.

Pourtant tout est dans le livre pour créer un grand spectacle notamment les espaces naturels du Grand nord canadien. Cette magie naturelle est à mettre au crédit du réalisateur et de son directeur de la photographie, Janusz Kaminski. Habitué des films de Spielberg, Kaminski met sa patte pour sublimer les étendues de neige ou les moments de retour du printemps avec ces grandes forêts de sapins magnifiques. Un véritable voyage dans le passé nous est offert avec cette impression d’avoir sous les yeux un des documentaires Disney Nature par cette maîtrise incroyable de l’environnement et aussi des animaux.

Cependant les animaux sont en numériques. Si l’on peut comprendre cette volonté de ne pas faire souffrir d’animaux ou éviter l’emploi d’animaux de dressage, on peut regretter que depuis quelques temps, le numérique oblige à certains tours de passe-passe faisant disparaître la magie de l’histoire. Bien entendu, depuis Le Livre de la jungle, cette technique d’effets spéciaux a permis de créer la possibilité de donner la parole aux animaux. Pour cela, on passe par la motion capture qui offre à un acteur la possibilité de jouer le rôle de l’animal. Il sera ensuite intégralement numérisé pour devenir ici, le chien Buck. L’acteur, cascadeur et gymnaste Terry Notary prête ses traits au chien de L’Appel de la forêt. Puis il est ensuite numérisé pour créer l’illusion d’un véritable animal auprès du public. Avantage certain, cela permet aux acteurs d’avoir une personne en face d’eux à qui donner la réplique et non un fond vert avec obligation d’imaginer l’animal.

Pour Buck, les effets numériques sont malheureusement trop visibles. Ce qui ne gène pas dans la trilogie-préquel de La Planète des singes montre ici une limite flagrante. La faute à quoi ou à qui ? Sans doute parce qu’en voulant coller à la description du chien dans le livre de Jack London, les équipes ont voulu voir trop grand, pour impressionner le jeune public et créer une empathie lors des moments amusants de Buck. En effet, ce dernier représente quand même le chien adorable et protecteur auprès duquel les enfants pourraient bien avoir envie de se réfugier… mais au bout d’un moment la supercherie ne tient plus. Alors si par moment le spectateur a la véritable impression d’avoir un chien réel, certains effets trop appuyés font disparaître la magie. L’histoire écrite pour tous les publics pourra aussi lasser le spectateur, voire créer un léger ennui face à la prévisibilité du scénario.

Les scènes de départ chez le juge ne servent en rien l’histoire, elles semblent bâclées. Puis le passage avec Omar Sy et Cara Gee est correct, apportant le lot de moments de tensions dramatiques. Mais par moment, la relation Omar Sy-Buck rappelle fortement celle entre Krokmou et Harold… Il est utile de rappeler que Chris Sanders, le réalisateur, est en effet le père de Dragons. La seconde partie du film centré autour d’Harrison Ford est pleine de tendresse. En utilisant sa bougonnerie légendaire et ce côté paternaliste découvert avec le calamiteux dernier épisode d’Indiana Jones ou encore en père de Kylo Ren dans Star Wars, l’acteur américain réussit à nous attendrir… mais la confrontation avec Dan Stevens tourne à la vaste blague tant tout est prévisible ! Reste alors le final et le retour à la nature bien en-deçà de ce que l’on est en droit d’attendre par rapport au roman.

L’Appel de la forêt n’est pas un mauvais film. Il offre un réel spectacle visuel limité par les effets numériques. Les grandes étendues canadiennes sont magnifiées et les personnages attachants mais l’animation de Buck bloque par moment toute émotion. La voix-off continuelle d’Harrison Ford se veut aussi trop explicative pour nous immerger pleinement dans l’histoire. Enfin la psychologie des personnages est tellement binaire qu’elle éloigne des souvenirs de lecture d’enfant de l’œuvre un tant soit peu noir de Jack London. Un divertissement honnête limité par les effets spéciaux qui montrent bien que le naturel de l’animal est sans doute plus important que la volonté du tout numérique. Mais comment en vouloir à Disney qui par ce biais réussit à ne pas utiliser d’animaux réels et entre pleinement dans l’envie d’éviter toute souffrance ou exploitation animale sur les tournages.


« L’Appel de la forêt n’est pas un mauvais film. Il offre un réel spectacle visuel limité par les effets numériques. »


Commentaires Facebook

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *