L’Amour réalisé par Marc Bisaillon [Sortie de Séance Cinéma]

Synopsis : « Alex, jeune homme dans la vingtaine, écoule des jours paisibles à Sept-Îles, avec Rose sa mère, Laurent son beau-père et sa sœur cadette. Sous des allures des plus normales, ce garçon doux et attentionné cache en réalité une personnalité trouble, marquée par une relation toxique entretenue durant l’enfance avec son géniteur, passionné d’armes à feu de fort calibre. Un jour, Alex quitte en secret le foyer familial dans la vieille voiture rafistolée par son beau-père, mais le bazou tombe en panne durant le voyage. Alex demande alors à son père de venir le chercher. Ce dernier, qui vit désormais dans le Maine, accepte, ravi de retrouver son fils après une longue absence. Lorsque Rose se rend compte de la disparition de son fils, il est trop tard pour changer le cours des choses… »


Les lumières de la salle de cinéma s’allument, tu te repositionnes sur ton siège pour avoir fière allure parce que la position “je m’installe comme à la maison” ce n’est pas trop ça, et là, ton ami(e) se retourne vers toi et te pose la question fatidique…

Si certains pays d’Europe n’ont aucun problème à montrer leurs films dans les salles françaises, et ce, même avec un parterre de salles extrêmement réduit, ce n’est néanmoins même pas le cas d’autres régions francophones. En écrivant cela, on pense avant tout et surtout au Québec. S’il n’est pas aussi riche et développé que le cinéma français (pas la même culture, pas le même rapport au cinéma, une population bien moindre…), il regorge de films et surtout d’artisans et passionnés qui le font vivre et évoluer année après année. Une jeune génération montante du côté de la technique avec de jeunes réalisateurs et réalisatrices pleins de talents. On vous avait parlé du projet commun Montréal Dead End, il en est l’exemple et la preuve parfaite. Subsiste également des réalisateurs plus âgés, mais dont la carrière ne fait néanmoins que commencer, choisissant chaque projet méticuleusement. Après La Lâcheté en 2007 puis La Vérité en 2011, le cinéaste québécois Marc Bisaillon aura attendu 2018 pour dévoiler L’Amour. Un film que l’on pourrait qualifier comme la troisième œuvre d’une étude de la psychologie humaine dans ce qu’elle a de plus sombre et anxiogène.

L’Amour conte l’histoire du jeune Alex, 20 ans, qui un beau jour va décider de quitter sa mère et son beau-père afin de retourner vivre avec son père. Le synopsis est tout aussi simple. Il se résume en une ligne, mais ce n’est pas pour autant que l’histoire est aussi simple et vite exécutée. Plusieurs questions subsistent à la lecture d’un tel synopsis. Qui est Alex ? Qu’est-ce qui n’allait pas dans cette famille recomposée ? Pourquoi les quitte-t-il si soudainement ? Et pourquoi décide-t-il d’aller chez son père au lieu de prendre son indépendance ? Quatre questions qui font forger le récit et trouver leurs réponses tout au long de l’avancée de l’histoire. Néanmoins, aucune de ces questions ne va être le fil conducteur de l’histoire que nous raconte le film. Ou plutôt, nous ne savons en aucun cas quel est le réel fil conducteur de cette histoire mis à part le personnage principal. Qu’est-ce que Marc Bisaillon cherche à nous raconter avec le film L’Amour ? L’Amour est la libre adaptation d’un fait divers ayant eu lieu en 2006. S’il n’en est pas l’adaptation exacte, il faut bien fonctionnaliser l’histoire afin que cette dernière puisse tenir en un film à la durée environnant l’heure et trente, il en reprend néanmoins les grandes lignes. Et le véritable problème du film surgit à ce moment. L’Amour est un film écrit et réalisé par un cinéaste qui a conscience des problèmes inhérents au genre à part entière qu’est l’adaptation de fais réels, ainsi que du biopic. Si le spectateur s’est renseigné sur le projet en amont, il en connaît donc les tenants et aboutissants. Pour cela, il faut éviter d’employer une narration linéaire et tenter de le surprendre en déconstruisant cette même attente. Chercher à surprendre le spectateur.

Si l’histoire part d’un point A pour arrivée à un point B, suivant la continuité des actes, Marc Bisaillon semble chercher à certains moments de surprendre le spectateur en déconstruisant la temporalité du récit par le montage. Montrer des actes après que des personnages n’aient eu l’information que ces mêmes actes ont été commis. Montrer la réaction avant l’action. Est-ce voulu et réellement le cas ? C’est assez flou et confus, mais ça a néanmoins tendance à permettre au spectateur d’être attaché au récit. Un récit bien trop attaché au fait divers et qui porte à bras le corps cette volonté de coller à la vérité et aboutir à la même conclusion, donc amener avec logique cette même conclusion. Le scénario se concentre là dessus au détriment des personnages bien trop sous-développés et exploités. On aimerait en savoir plus sur chacun d’eux et même sur le personnage principal. Si le film use de flashbacks, ces derniers auraient mérité d’être encore plus présents, car importants et extrêmement forts dans ce qu’ils montrent. Néanmoins, le film a une force et non des moindres : le fait divers en question est incroyable. Incroyable de noirceur et pessimiste envers la nature humaine. Rien que pour cette histoire, ce qu’elle montre et dit avec force sur la nature humaine, le film mérite que l’on s’y attarde. À cela, il ne faut pas omettre les excellentes prestations des acteurs et actrices. Premiers comme seconds rôles, tous vraiment très cons et convaincant sans pour autant nous bouleverser et nous marquer tel que Sophie Dupuis avait su le faire en dirigeant l’équipe du film Chien de Garde.

Il manque cette animosité et ce désespoir dans le regard des acteurs et actrices dont les personnages font à un moment où l’autre face à l’inconscience, au désespoir et au trouble. Quelques fragilités de montage (simple ping-pong verbal lors des phases de dialogues qui donne un aspect trop théâtral à la limite de la captation par moment) et dans la direction d’acteurs et d’actrices empêchent les personnages de littéralement prendre vie afin de marquer de leurs empreintes respectives le spectateur. L’Amour est un film à l’histoire extrêmement forte incarnée par un très bon casting, mais qui se fait manger par le fait qu’il soit la libre adaptation d’un fait divers. Bouleversé par ce fait réel, le cinéaste cherche à retranscrire sa force, mais à trop vouloir le coller il en oublie le reste. Il en oublie d’offrir un réel point de vue à son film. Un film qui aurait mérité d’être d’avantage centré sur ces personnages quitte à trouver un concept qui ne sort pas d’une région ou qui se concentre sur un seul et même personnage. Ça manque d’un concept, ça manque d’audace et de détachement afin de littéralement marquer et bouleverser. L’Amour est un film qui, comme tout autre du genre, mérite son moment de visionnage, mais qui n’arrive malheureusement pas à dépasser le simple stade de film convenable.

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