L’Amant Double réalisé par François Ozon [Critique | Cannes 2017]

Synopsis : “Chloé, une jeune femme fragile, tombe amoureuse de son psychothérapeute, Paul. Quelques mois plus tard, ils s’installent ensemble, mais elle découvre que son amant lui a caché une partie de son identité.”


Du 17 au 27 mai 2017, nous sommes au 70e Festival de Cannes. Entre coups de cœur et coups de gueule, émerveillements et maux de tête, retrouvez nos avis sur les films vus durant ce festival pas comme les autres. Des avis courts, mais pas trop et écrits à chaud, afin de vous offrir un premier avis sur les films qui feront, ou non, prochainement l’actualité.

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Troisième Festival de Cannes pour François Ozon, réalisateur subversif, transgressif capable du meilleur (Huit Femmes) comme du juste convenable (Billy). Pour sa nouvelle réalisation, L’Amant Double, il propose un thriller érotique et psychologique, voire psychiatrique. En se frottant au genre, il délaisse le drame dans lequel il excelle (Frantz ou encore Une Nouvelle Amie). Il choisit de traiter le thème des jumeaux, plus précisément des jumeaux cannibales ou parasites pour plonger Chloé dans la détresse entre deux frères psychiatres que tout semble opposer. Inutile d’en ajouter, François Ozon va jouer avec plaisir de cette confusion des sens et des personnes pour distiller en son interprète principale (Marine Vacth encore une fois parfaite et déboussolée) et en nous, simple spectateur, le doute sur l’existence de ces jumeaux. Et par moment, il réussit à nous plonger dans un suspense digne d’un Hitchcock teinté de quelques nuances de Lynch. Est-ce suffisant pour en faire un grand film ? Que reste-t-il quand les références sont usées et ressassées ?

Au jeu du chat et de la souris, Chloé pourrait bien y laisser sa vie…

Malheureusement, il ne reste rien si ce n’est quelques idées intéressantes et un scénario sur le papier qui a perdu toutes ses facultés de plaisir en étant transposé à l’écran. Ozon aime manipuler le spectateur et ses acteurs : il joue sans cesse sur la duplicité pour entraîner le public sur des fausses pistes. Porté par deux acteurs de qualité, L’Amant Double réussit le pari d’intriguer et en même temps de dérouter au point de provoquer l’ennui. L’ambiance qu’il crée autour de Chloé est impeccable : que ce soit dans le musée, chez elle ou chez sa voisine (inquiétant Myriam Boyer), le réalisateur plonge l’héroïne dans un univers aseptisé, voire clinique. La meilleure preuve étant les moments d’errance de Marine Vacht dans son grand appartement. Elle traine son mal-être dans une sorte de grande tunique digne d’une camisole d’hôpital psychiatrique. Cependant en créant cette atmosphère aseptisée, le réalisateur perd le spectateur en route. Il paralyse le film et l’histoire créant un sentiment d’attente. Si au départ, on accompagne Chloé dans chacune de ses séances chez le psy, elles deviennent ensuite un enchaînement de scènes troubles et sexuelles. Et même si les acteurs sont beaux, encore plus nus, l’inutilité de l’accumulation de scènes d’amour ou de sexe cru à l’envi (la scène de la ceinture étant clairement inutile au film) desservent le propos.

De là, il plonge le spectateur dans l’attente, l’ennuie et en oublie son propos initial pourtant intéressant : celui de la gémellité. Elle devient ici un simple prétexte pour entraîner le spectateur dans des faux semblants. L’Amant double devient alors ce film froid qui à la différence du film Jeune et Jolie (qui créait le malaise et dans le même temps laissé une trace dans les mémoires), se laisse regarder et s’oublie très vite. Cela est d’autant plus dommageable que le twist final, loin d’être prévisible, était original. En filmant ces corps qui se cherchent pour mieux se perdre dans le sexe et non plus l’amour, François Ozon en oublie le côté subversif et malsain qui aurait pu offrir un grand thriller.

En résumé, c’est un thriller psychologico-érotique assagi que nous offre le réalisateur. Si les acteurs principaux sont parfaits, le film tout en étant par moment coquin perd la véritable tension sexuelle qui habitait Swimming Pool par exemple. L’histoire est loin d’être malsaine, mais ne suscite ni le malaise, ni l’empathie pour son héroïne. En se détachant finalement trop de son personnage principal, il n’arrive pas à nous entraîner avec elle. On reste à ses côtés à la recherche d’une vérité qui tarde à venir. Et ces lenteurs brisent la force du film et son propos, Ozon passant de fait à côté de son sujet.

Pour rappel, ce film est interdit aux moins de 12 ans.

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