La Villa réalisé par Robert Guédiguian [Sortie de Séance Cinéma]


Synopsis : “Dans une calanque près de Marseille, au creux de l’hiver, Angèle, Joseph et Armand, se rassemblent autour de leur père vieillissant. C’est le moment pour eux de mesurer ce qu’ils ont conservé de l’idéal qu’il leur a transmis, du monde de fraternité qu’il avait bâti dans ce lieu magique, autour d’un restaurant ouvrier dont Armand, le fils ainé, continue de s’occuper. Lorsque de nouveaux arrivants venus de la mer vont bouleverser leurs réflexions… ”

Les lumières de la salle de cinéma s’allument, tu te repositionnes sur ton siège pour avoir fière allure parce que la position “je m’installe comme à la maison” ce n’est pas trop ça, et là, ton ami(e) se retourne vers toi et te pose la question fatidique…

Du haut de ses 65 ans, Robert Guédiguian fait partie de ces cinéastes dont aujourd’hui on n’attend plus rien. Ces cinéastes qui n’ont de prime abord plus rien à prouver. Film après film, année après année, Robert Guédiguian ajoute une nouvelle pierre à un édifice aujourd’hui conséquent tant par la qualité des œuvres produites que par leur quantité. Néanmoins, il est de ces cinéastes qui film après film prône un même message, ne renouvelant à aucun moment une filmographie qui radote. Tels un Claude Lelouch (dans une moindre mesure), un André Téchiné ou encore un Ken Loach, Robert Guédiguian développe un cinéma dont le point d’ordre est l’égalité sociale. À l’image des précédents, Robert Guédiguian possède cependant quelques fulgurances cinématographiques à son compteur. Quelques œuvres qui sortent du lot, car plus brutale et aride, ainsi qu’au développement de cette même thématique, mais par le prisme d’un genre autre que celui auquel il a jusque-là habitué le spectateur. On pense à L’Armée du Crime ou encore à son avant-dernier film en date : Une Histoire de Fou. Avec La Villa, le cinéaste français revient à ces premières amours et à la fresque romantique.

La Villa c’est la réunion de trois artistes qui vont faire face à l’arrivée par la mer de personnages dont l’insouciance de la jeunesse va bouleverser leurs façons respectives de concevoir la vie et la vieillesse. L’histoire de ce film est un prétexte afin d’illustrer avec le plus de souplesse possible la passation de pouvoir entre la vieillesse et la jeunesse. Robert Guédiguian se projette dans le rôle du père vieillissant, mais observateur et quelque part metteur en scène, d’une volonté de rapprochement entre la représentation de l’ancienne génération et la représentation de la jeunesse. Ariane Ascaride et Jean-Pierre Darroussin, deux artistes idolâtrés par la nouvelle génération qui a grandi en les voyant interpréter de grands et beaux rôles au cinéma ou au théâtre. Ils représentent quelque chose de l’ordre du fantasme pour eux, à l’image de cette jeunesse belle, fougueuse et entreprenante qui donne à ces artistes vieillissants l’impression de rester jeunes. Un sous-texte métaphysique dont ne se cache pas Robert Guédiguian en faisant par exemple, interpréter le rôle d’une comédienne de théâtre à Ariane Ascaride. Il cache davantage son jeu par le biais des personnages secondaires, quant à eux dotés de personnalités qui vont dénotés, tout en étant lié au contexte du film (un médecin qui va pouvoir aider en temps voulu et un pécheur qui rappel la mer qui cloisonne les personnages et leurs permet de s’évader aussi physiquement que mentalement). Et encore, le rapprochement est souvent assez aisé.

Sur le papier, Robert Guédiguian s’en sort avec les honneurs grâce à un scénario qui joue finement avec les axes de lectures. Un scénario qui tient la route, se révèle cohérent et tient le spectateur en haleine grâce à un développement intéressant des personnages. Intéressant, mais pas pour autant surprenant. À aucun moment, Robert Guédiguian ne surprend ou ne se révèle plus acerbe qu’il ne l’a toujours été. Malgré sa dimension sociale (beaucoup trop survolée et qui finalement n’apporte rien au récit), le film est léger et ne se permet aucun jugement envers les actes réalisés par les personnages. Tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil… et alors ? La Villa est la représentation d’un moment de vie, mais un moment de vie où il ne se passe fondamentalement rien. Il y a ce double axe de lecture qui va être intéressant pour le cinéphile, mais uniquement pour ce dernier. Robert Guédiguian démontre tout de même une certaine capacité à mettre en scène une certaine théâtralité humaine. Certains dialogues et certains choix de mise en scène donnent une dimension théâtrale intéressante aux séquences en question. Démontrant en sus que derrière cette représentation par moment grandiloquente et haute en couleurs (premier axe de lecture), se cachent des personnes bien réelles (second axe de lecture). Quelques situations qui donnent du piquant à une œuvre extrêmement longue, lente et au démarrage pénible à cause d’une mise en scène morne et statique. Un parti pris voulu et assumé, mais qui demande un moment d’adaptation et un sentiment de lenteur perpétuel au film dans sa globalité.

Du haut de ses 1h47 (générique inclus), le ressenti s’approche aisément des 2h30, notamment à cause de cette mise en scène qui manque d’extériorisation et de mouvement. Mise en scène à l’image de ce père, représentation du réalisateur qui regarde ses acteurs se faire face. Si le film trouve un intérêt au travers de ce face à face générationnel qui fait implicitement échos à la filmographie du cinéaste, ce dernier reste malheureusement minime face à la longueur et la lenteur éprouvante de l’œuvre. Reste néanmoins des acteurs et actrices remarquables avec lesquels joue Robert Guédiguian trouvant en chacun d’eux une spontanéité, une théâtralité volontaire dans la façon de jouer ou encore une étincelle dans le regard qui réussira tant bien que mal à conserver l’attention du spectateur.

La Villa est disponible en France en DVD, Blu-Ray et VoD

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