La Saveur des Rāmen réalisé par Eric Khoo [Sortie de Séance Cinéma]

Synopsis : «Masato, jeune chef de Rāmen au Japon, a toujours rêvé de partir à Singapour pour retrouver le goût des plats que lui cuisinait sa mère quand il était enfant. Alors qu’il entreprend le voyage culinaire d’une vie, il découvre des secrets familiaux profondément enfouis. Trouvera-t-il la recette pour réconcilier les souvenirs du passé ? »


Les lumières de la salle de cinéma s’allument, tu te repositionnes sur ton siège pour avoir fière allure parce que la position “je m’installe comme à la maison” ce n’est pas trop ça, et là, ton ami(e) se retourne vers toi et te pose la question fatidique…

C’était il y a deux ans. Eric Khoo débarquait dans le paysage du cinéma avec son film en plusieurs parties : Hotel Singapura. Plusieurs histoires en une autour de l’évolution d’un hôtel à Singapour qui oscillait entre tendresse, surprise, fête et surtout malaise. Il revient avec un drame touchant La saveur des rāmen. En deux ans, le réalisateur a réussi à condenser tout ce qui a fait son cinéma pour offrir une oeuvre familiale. Elle parle avec pudeur du deuil, de la transmission et de cuisine. Cette dernière réconforte et soulage l’âme en plus d’exercer sa fonction première : nourrir. Mais avant d’entrer dans l’histoire et sa critique, il est utile de vous présenter ces fameux rāmen. Ce sont des plats japonais composés de pâtes dans un bouillon à base de poisson ou de viande avec un assaisonnement au miso ou à la sauce soja. Mais contrairement à ce que l’on pense, ce plat est d’origine chinoise. Il a été importé au Japon au début du XXe siècle. Le cadre gustatif étant posé, nous pouvons présenter l’histoire émouvante qui donne envie de célébrer la famille en se mettant à table. Le nouveau film d’Eric Khoo est une célébration des souvenirs, de l’enfance, du temps et des meurtrissures du passé. La saveur des rāmen donne envie de mordre la vie à pleines dents. Le film rappelle l’importance de se retrouver en famille autour d’un bon plat. La nourriture n’est pas un prétexte à construire une histoire, elle est la base même de la rencontre.

Dans ce drame familial, le réalisateur revient également sur l’histoire qui lie Singapour au Japon durant la Seconde Guerre mondiale. De manière douce et pourtant terrible, il parvient à expliquer au détour d’une exposition, ce que les Singapouriens ont subi dans les années 1939-1945. C’est aussi cette histoire qui permet de présenter et d’introduire le personnage de Madame Lee, la grand-mère du jeune Masato. Ce dernier part à la recherche de ses origines à Singapour et de cet oncle qu’il n’a pas revu depuis ses 10 ans et surtout cette grand-mère. Porté avec la sincérité et la douceur des traits du jeune Takumi Saitoh, ce fils cherche juste à rendre hommage. Hommage à la fois à la cuisine de son père qui vient de disparaître et à sa mère, disparue d’une douloureuse maladie, alors que le jeune Masato n’avait que 10 ans. Le père est japonais et la mère est singapourienne. Cet amour impossible est l’objet du retour aux sources qu’opère le jeune homme. Il comprend vite que sa grand-mère ne pouvait tolérer cette union parce que la guerre est venue s’interposer entre les deux pays. Et pourtant… pourtant avec de l’amour et de la cuisine, alors tout semble possible. Et pour permettre une réconciliation, il faudra alors un journal intime, celui de la mère de Masato. Cette dernière est portée par la douceur et la grâce de Jeannette Aw Ee-Ping.

Ce qu’il y a d’admirable dans cette histoire, c’est que les scénaristes Tan Fong Cheng et Wong Kim Hoh réussissent à mêler le japonais, le mandarin et l’anglais pour que chacun, sans parler la langue de l’autre, se comprenne. Bien entendu, pour les spectateurs, il y aura les sous-titres mais quel langage commun peut alors remplacer celui des hommes ? La cuisine tout simplement ! Chaque séquence culinaire servant de fil conducteur dans la recherche du passé de la mère de Masato. Et la création du plus merveilleux des rāmen, associé à la soupe de porc chinoise appelée bak kut teh, la communication se noue. La nourriture devient le ciment entre les peuples et les cultures, entre les êtres, entre une grand-mère et un petit-fils qu’elle observait des cuisines parce qu’elle ne pouvait admettre qu’elle l’aimait. La saveur des rāmen provoque un bien-être en sortant de la salle mais crée surtout une envie : celle de partager un bon repas entre amis, en famille, avec l’être aimé. Voilà un reproche attribué au film : si vous allez le découvrir sans avoir mangé, il pourra vous paraître insoutenable par moment tant la nourriture est appétissante. La saveur des rāmen est un film d’une simplicité déroutante, qui sans la cuisine serait un simple retour aux sources sans charme. Ici, la cuisine pimente, agrémente, assaisonne le scénario pour entraîner le spectateur dans cette famille qui se cherche, se rencontre, se reconnaît et se compose enfin.


«Le nouveau film d’Eric Khoo est une célébration des souvenirs, de l’enfance, du temps et des meurtrissures du passé. »


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