La Plateforme, un thriller high-concept entre Cube et Snowpiercer


Synopsis : « Dans une prison-tour, une dalle transportant de la nourriture descend d’étage en étage, un système qui favorise les premiers servis et affame les derniers. »


Les lumières de la salle de cinéma s’allument, tu te repositionnes sur ton siège pour avoir fière allure parce que la position “je m’installe comme à la maison” ce n’est pas trop ça, et là, ton ami(e) se retourne vers toi et te pose la question fatidique…

Le cinéma de genre espagnol, à l’image du genre sud-coréen, est réputé pour son talent à dénicher de jeunes auteurs dont les premières œuvres s’affirment comme de véritables propositions de cinéma avec une identité forte. De Juan Antonio Bayona (L’Orphelinat, 2008) à Rodrigo Sorogoyen (Que Dios Nos Perdone (2016), El Reino (2018)), le genre espagnol se démarque par un cinéma atypique qui ne ressemble à nul autre. Premier long-métrage du cinéaste Galder Gaztelu-UrrutiaLa Plateforme intrigue avant tout par son high-concept aux influences évidentes, entre le Cube de Vincenzo Natali (1997) et le Snowpiercer de Bong Joon-Ho (2013). 

De la même manière que les six prisonniers du Cube, nous découvrons le concept de La Plateforme en même temps que son personnage principal, Goreng (Ivan Massagué), se réveillant à l’intérieur d’une prison verticale avec un codétenu qui partage son étage, la prison ayant la forme d’une fosse sans fin. Une plateforme remplie de nourriture descend au fur à mesure, s’arrêtant quelques secondes à chaque étage pour permettre aux détenus de se nourrir avec ce qui reste du repas, les prisonniers d’en bas étant évidemment moins rassasiés que ceux d’en haut, voire mourant de faim pour les plus faibles. Chaque mois, les prisonniers sont endormis par un gaz, se réveillant à un autre étage, plus haut ou plus bas, avec un nouveau camarade, dont certains peuvent avoir des tendances psychotiques, voir cannibales, en clair, prêt à tout pour survivre.

Dès les premières minutes du long-métrage, le concept de La Plateforme est exposé, avec des règles propres à son univers, une mécanique parfaitement huilée dans sa hiérarchie verticale, à l’image de celle horizontale du Transperceneige, le train gigantesque, de Snowpiercer. Le film de Galder Gaztelu-Urrutia partage avec celui de Bong Joon-ho un concept métaphorique, une dénonciation du mode de vie capitaliste où il est question d’une machine fonctionnant avec sa propre logique dont le personnage principal, un homme ordinaire, va perturber la mécanique de cette structure, menant une révolte en descendant les étages de la fosse, quant il est question d’aller à l’avant du train dans Snowpiercer : trouver une issue comme les personnages de Cube

Le cinéaste emprunte à ce dernier film sa cruauté viscérale, La Plateforme étant construite comme une immense métaphore quasi littéraire dans ses fulgurances oniriques, citant Don Quichotte, livre que le personnage apporte avec lui dans la fosse, les détenus étant autorisés à posséder un seul unique et objet, tandis que d’autres apportent un couteau ou un chien. La Plateforme devient presque, par moment, une réflexion philosophique sur la condition de l’homme face au capitalisme, véritable reflet du comportement humain en société, avant de virer dans un versant plus horrifique, plus proche d’un Saw de James Wan (2004) dans sa violence et sa cruauté, avec un propos nihiliste où l’humanité est définie comme une véritable saloperie, ne pensant qu’a sa propre survie au détriment de celle des autres. Une réplique d’un personnage résonne avec ce constat : « Le changement n’est jamais spontanée ». Pour briser le cycle d’une machine à la mécanique huilée, une révolte doit être provoquée. Un constat assez similaire à celui du Snowpiercer de Bong Joon-ho, où le train devenait la métaphore d’une machine infernale, une boucle qui ne fait que se répéter dans sa hiérarchisation des classes. 

La Plateforme divisera bien plus qu’un Snowpiercer dans sa métaphore, parfois un peu trop cryptique dans son propos, la faute à un final brusque et rapide qui pose plus de questions qu’il ne donne de réponses au spectateur. La Plateforme n’en reste moins un premier long-métrage réussi qui s’impose comme une véritable proposition de cinéma de genre pour un auteur prometteur. 


« Avec son high-concept malsain à la Cube, sa réflexion sur une société capitaliste à la Snowpiercer et sa cruauté viscérale à la SawLa Plateforme est un premier long-métrage réussi, inscrivant son cinéaste parmi les auteurs prometteurs du genre espagnol.  »

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