La Fille au Bracelet, une coupable trop parfaite ?


Synopsis : « Lise, 18 ans, vit dans un quartier résidentiel sans histoire et vient d’avoir son bac. Mais depuis deux ans, Lise porte un bracelet car elle est accusée d’avoir assassiné sa meilleure amie. »


Les lumières de la salle de cinéma s’allument, tu te repositionnes sur ton siège pour avoir fière allure parce que la position “je m’installe comme à la maison” ce n’est pas trop ça, et là, ton ami(e) se retourne vers toi et te pose la question fatidique…

Qui est Lise ? Une bonne amie ? Une amante particulière ? Une meurtrière ? Inspiré d’un fait divers argentin déjà proposé à l’écran en 2019, Stéphane Demoustier décide de reprendre l’histoire de Gonzalo Tabal, Acusada, en la racontant du point de vue de la famille et non pas uniquement de Lise, la présumée coupable ou innocente ? De nouveau le réalisateur français s’inspire d’une histoire vraie pour conter une histoire comme il l’avait fait avec Terre battue en 2014.

Tout l’art de cette version française est de laisser planer le doute quant à sa culpabilité. Qui est-elle vraiment ? Une fille de son temps libre et libérée : amoureuse de qui elle veut et aussi joueuse et dangereuse ? Ou cette fille mutique, comme absente d’elle-même ? En découvrant Melissa Guers, le réalisateur réussit le pari de provoquer l’intérêt du spectateur pour un film à l’atmosphère particulière : celui du film de procès dont les Américains sont friands. Stéphane Demoustier s’est énormément documenté au point de donner l’impression de se retrouver par moment dans les meilleurs documentaires de Raymond Depardon par la structure de la narration. Il se focalise sur le procès en mettant dans l’ombre tout ce qui pourrait parasiter son histoire et le récit. Il laisse le soin au spectateur de combler certains vides pour se faire son opinion sur Lise.

Si on veut s’amuser à la comparaison avec Acusada, on se rend vite compte que l’intérêt est ici de connaître la personnalité de Lise par le biais de son entourage plus que de comprendre les retentissements du meurtre dans la vie des citoyens, dans leur quotidien. Si le film argentin plaçait les médias au centre de l’attention, permettant à Dolores (Lise dans la version originale) d’avoir un miroir déformant et de peut-être manipuler le spectateur, La fille au bracelet souhaite comprendre comment un crime peut avoir une influence sur la vie d’une famille.

Dans le rôle du père déboussolé mais tenant bon pour maintenir la réputation de sa fille… ou sans doute de la sienne, Roschdy Zem impose sa carrure quand Chiara Mastroianni, son épouse, semble désabusée par toute cette histoire. Malgré tout ce que le père de Lise apprend au procès, il continue de soutenir sa fille envers et contre tous. Cependant ce qu’il découvre des mœurs libérées de son enfant, est le reflet de l’adolescence actuelle à l’heure des réseaux sociaux. S’il n’exploite pas les médias, le réalisateur utilise les moyens de communication de la jeunesse pour insister sur la façon dont une vidéo peut détruire une vie, une réputation et entraîner de funestes conséquences.

Cependant à aucun moment, Stéphane Demoustier ne juge son personnage principal. Il laisse le soin au spectateur de se faire sa propre idée. En confiant le rôle de l’avocate de la partie civile à sa sœur, il place Anaïs Demoustier dans une situation étrange. Dans un entre-deux car ni trop âgée pour la mettre en opposition directe avec l’accusée, ni trop proche du monde des adultes pour lui permettre de comprendre l’acte qu’aurait commis Lise. L’actrice assoit dans son jeu une force de confrontation déjà développée dans Alice et le maire, et renforcée ici par le huis clos étouffant du procès.

La force du film est cet étau qui se resserre sans cesse sur le spectateur au fur et à mesure des révélations et de l’avancée du jugement. Un étau subit notamment par la partition musicale de Carla Pallone, véritable élément de tension sur les personnages. Et malgré les moments à l’extérieur du tribunal, l’oxygène se fait rare. La demeure de Lise est une prison dont elle ne sort que rarement car coincée par son bracelet électronique. Quant à la maison de la plage, elle est à l’abandon… prête à être vidée pour révéler sans doute les derniers indices qui pourraient bien faire plonger la jeune fille.

Sans effet de scène, sans esbroufe, le procès suit son cours avec son lot de révélations très vite mises à mal et contredites par la défense ou l’accusation. Au jeu du ping-pong, Anaïs Demoustier trouve en Anne Mercier, une adversaire à sa hauteur. Avec son côté austère et prête à en découdre, cette dernière impose sa voix rauque pour renforcer ses questions et obliger le spectateur à tendre l’oreille pour écouter sa cliente. Les deux plaidoiries finales sont exemplaires de concision… et aucune des deux ne fera pencher la balance plus d’un côté que de l’autre auprès du spectateur. C’est tout l’art de ce film : réussir à emporter le public dans le procès pour le laisser à la porte des jurés à attendre le verdict car il reste finalement dans le flou.

Malgré une lenteur assumée, La fille au bracelet repose sur une intrigue suffisamment habile pour qui aura envie d’en découdre avec cette jeune fille mutique et par moment antipathique. Qui est Lise au final ? La question n’est jamais réellement résolue même quand le verdict est énoncée car ce dernier plan ultime sur le bracelet permet de douter. Mais de douter de quoi : l’innocence ou de la culpabilité de la jeune femme ? Sans rien dévoiler, ce plan reste longtemps en tête car il oblige le spectateur à se refaire tout le film du procès pour comprendre si le verdict est juste ou s’il a laissé passer quelque chose pour faire peser la balance dans un sens ou un autre.

En choisissant l’inconnue Melissa Guers, Stéphane Demoustier réussit le pari de rendre son film de procès à la fois crédible et quasi-documentaire. La sensation d’étouffement provoquée par le tribunal et ses murs rouges renforcent ce mal-être et ce malaise qui court durant tout le film. Par cette réalisation, sans doute la plus accessible à ce jour du réalisateur, La fille au bracelet s’inscrit dans la tradition des films de procès réussis même si par moment la lenteur peut provoquer un ennui… comme celui que semble ressentir Lise derrière sa paroi de verre à attendre le verdict. Après tout, pourquoi ce procès puisque tout le monde estime qu’elle est coupable ? Voilà l’ultime pirouette de l’actrice. Brillant !


« Malgré une lenteur assumée, La fille au bracelet repose sur une intrigue suffisamment habile pour qui aura envie d’en découdre avec cette jeune fille mutique et par moment antipathique. »


Commentaires Facebook

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *