La Fête est Finie réalisé par Marie Garel-Weiss [Sortie de Séance Vidéo]

Synopsis : « C’est l’histoire d’une renaissance, celle de Céleste et Sihem. Arrivées le même jour dans un centre de désintoxication, elles vont sceller une amitié indestructible. Celle-ci sera autant une force qu’un obstacle lorsque, virées du centre, elles se retrouvent livrées à elles-mêmes, à l’épreuve du monde réel et de ses tentations. Le vrai combat commence alors, celui de l’abstinence et de la liberté, celui vers la vie. »

Tu éteins les lumières de ton salon, tu allumes ta télé ou ton ordinateur et lance le film. Oui, l’on n’est pas dans une salle de cinéma, mais bien dans un salon pour regarder un film en DVD, Blu-Ray ou VoD. Certains films n’ont pas le privilège de la sortie cinéma, mais se savourent tout de même chez soi.

Sorti fin février 2018, le premier film de Marie Garel-Weiss porte un nom particulier : La Fête est Finie. Une fête particulière puisque deux jeunes femmes, Céleste et Sihem, se rencontrent dans un centre de désintoxication. Encore une énième histoire où le pathos sera présent ? Un récit de vie misérabiliste sur la rencontre d’une jeune SDF droguée avec une jeune femme qui plonge dans les expédients toxiques pour oublier un drame personnel ? La réalisatrice décide de ne pas suivre cette voie d’un cinéma français d’auteur où l’espoir n’existe pas. Un cinéma sociétal et social qui a eu tendance ces derniers temps à montrer une réalité française sans aucun espoir. Une certaine réalité du quotidien nécessaire mais qui a eu tendance à faire fuir les spectateurs des salles récemment. La preuve en est avec l’insuccès du film En Guerre avec Vincent Lindon sorti en mai dernier. Marie Garel-Weiss évite tout les pièges de la misère en offrant un film généreux. Et pourtant, il faut réussir à passer le premier quart d’heure pour avoir envie de s’accrocher à Céleste et Sihem. Le démarrage du film est âpre, difficile et pourrait vous empêcher de suivre le récit jusqu’au final lumineux. Ce n’est qu’une fois dans le centre de désintoxication que le film vous happe pour ne plus vous lâcher.

« Une histoire de survie. Une claque de cinéma révélant une nouvelle réalisatrice, un nouvel espoir du cinéma et confirmant le pouvoir d’une actrice. Et en plus le film est optimiste à 100% »

Ce premier film n’est pas sans rappeler La Vie Rêvée des Anges d’Erick Zonca qui à l’époque (en 1998) révéla Natacha Régnier et apporta enfin la place de premier rang que méritait Élodie Bouchez. Mais si ce film axait son histoire sur le drame de deux écorchées vives, la réalisatrice décide ici de montrer un combat pour tenter de relever la tête. Un combat pour sortir de l’enfer de la drogue et peut-être s’offrir un monde meilleur. Dans cette histoire de vie, Marie Garel-Weiss raconte comment deux femmes que tout oppose, réussissent à se reconnaître dans cette non-acceptation de leur situation. Non pas celle de deux droguées mais celles de deux femmes qui sont obligées de suivre une cure de désintoxication. C’est de cette haine de pointer leur problème qu’elle vont se reconnaître et tout faire pour remonter. Mais les inimitiés des autres pensionnaires, la volonté de ne pas suivre les règles imposées, entraîneront le renvoi très rapide du centre.

C’est à ce moment que l’histoire prend une autre tournure. Le retour à la vie réelle. Et les tentations : la vie facile, la drogue, les rechutes et la toxicité d’une amitié qui aurait pu être tellement différente. Et c’est quand Céleste et Sihem se séparent que la renaissance peut s’opérer. Parce que seule Céleste doit se battre. Seule, elle va comprendre qu’elle doit tout aux autres mais qu’elle doit lutter contre son pire ennemie : elle-même. Seule, elle doit réussir à revivre, s’accepter et changer. Un changement aussi bien physique que mental. Portée par les prestations à vif de Zita Hanrot et Clémence Boisnard,  cette Fête est finie sonne l’avènement d’un nouveau genre de film sociétal. Une histoire où l’espoir peut renaître. Une histoire où le misérabilisme peut être battu par l’envie de sortir la tête de l’eau et toujours le poing levé. Mais le film n’est pas porté par sa photographie sombre et par moment terne. Si le travail de Samuel Lehu reprend celui qu’il avait mis en place dans Mercenaire, il est terni par l’action d’Olivier Fontenay. L’étalonneur décide d’ancrer les images dans un univers grisé où le salut semble impossible. Et c’est cette grisaille qui parfois désarçonne les spectateurs pour les rebuter à entrer dans une histoire pourtant lumineuse au plus elle se dévoile devant vos yeux.

Heureusement, les actrices savent se sortir de cette grisaille pour proposer un jeu ouvert. Un jeu qui réussit à emmener le spectateur dans leur dérive et leur volonté de s’en sortir. Le casting qui les entoure apporte les touches d’évolution des personnages. Que ce soit pour s’opposer à elles (comme Christine Citti ou encore la sous-exploitée Marie Denarnaud) ou pour tenter de leur dégager un horizon mais sans leur tendre pleinement la main pour faciliter leur vie (Martine Schambacher). Céleste et Sihem devront surmonter tous les obstacles pour devenir ces jeunes pousses qui cherchent la lumière, qui veulent grandir mais qui ont besoin d’être protégées. Avec sans doute une réponse : partager sa détresse et ses combats avec d’autres semble être la clé. Si Zita Hanrot est une nouvelle fois impeccable, elle laisse exister Clémence Boisnard qui éclate pleinement dans ce premier film. Son visage solaire illumine l’écran quand elle montre la volonté d’échapper à cette spirale infernale de la drogue. Et tout l’enjeu de la réalisatrice est de capter cette lumière, cette énergie brute pour nous la livrer dans tout son naturel. Et là, c’est une réussite !

La Fête est Finie est une claque. Le film révèle deux talents et confirme l’importance de Zita Hanrot dans le cinéma français. Si Marie Garel-Weiss réussit le subtil équilibre entre histoire brute de décoffrage et optimisme pour une vie meilleure, elle révèle aussi Clémence Boisnard, récompensée à juste titre du Swann d’or de la révélation féminine au dernier Festival de Film de Cabourg. Un joli bijou de film !


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