La Danseuse (Critique | 2016) réalisé par Stéphanie Di Giusto

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Synopsis : “Loïe Fuller est née dans le grand ouest américain. Rien ne destine cette fille de ferme à devenir la gloire des cabarets parisiens de la Belle Epoque et encore moins à danser à l’Opéra de Paris. Cachée sous des mètres de soie, les bras prolongés de longues baguettes en bois, Loïe réinvente son corps sur scène et émerveille chaque soir un peu plus. Même si les efforts physiques doivent lui briser le dos, même si la puissance des éclairages doit lui brûler les yeux, elle ne cessera de perfectionner sa danse. Mais sa rencontre avec Isadora Duncan, jeune prodige avide de gloire, va précipiter la chute de cette icône du début du 20ème siècle.”

Si l’on était du genre à ne pas faire dans la mi-mesure et à critiquer trop sévèrement et pour aucune raison ou presque, l’on pourrait dire que le biopic ou le film inspiré d’une histoire vraie, est un genre à part entière qui pourrait causer la perte du cinéma original. La perte d’un cinéma créatif, original et audacieux qui se repose sur des personnages, une histoire et/ou un background pouvant être déjà connu des spectateurs. Bien évidemment, c’est totalement faux. Oui le biopic ou le film inspiré d’une histoire vraie est un genre délicat au cœur duquel il s’avère souvent difficile de trouver la perle qui nous fera frémir, mais cette perle, elle existe, à l’image de l’audace d’un ou d’une réalisatrice. Je vous vois déjà venir et faire la liaison entre la phrase qui précède et le film qui va être ici objet d’une critique. Sauf que non. Non, le film La Danseuse n’est pas une perle, n’est pas un grand film, mais c’est un bon film. Un long-métrage qui n’est autre qu’une première réalisation, réussissant grâce à ses diverses qualités et au talent d’une équipe technique, à offrir aux spectateurs de véritables moments de grâces, de beaux moments de cinéma.

Réaliser un film qui aura pour personnage principal : la danseuse Loïe Fuller. À-ton déjà vu plus audacieux au cinéma et plus précisément dans le genre formaté qu’est le biopic et le film inspiré d’une histoire vraie ? Il faut une certaine audace pour rendre hommage à la danseuse américaine de la Belle Époque, à celle qui fût l’une des pionnières de la danse moderne et la créatrice de la Danse Serpentine. Pour son premier long-métrage, la Française Stéphanie Di Giusto décida de mettre en lumière celle qui aujourd’hui est dans l’ombre la plus obscure. Beaucoup connaissent la Danse Serpentine, cette chorégraphie endiablée durant laquelle une danseuse fait tournoyer de la soie blanche autour d’elle. Une soie qui ne restera pas blanche, mais dont la blancheur sera utilisée afin de faire réfléchir des couleurs diffusées par des projecteurs situées autour d’elle, se représentant sur une piste des plus réduites, dans le noir le plus complet et à 2.50 mètres du sol. Un spectacle prodigieux auquel Stéphanie Di Giusto fait parfaitement honneur, par le biais de scènes de danse des plus fascinantes, sublimées par une direction de la photographie divine. Benoît Debie et toute l’étendue de son immense talent démontré en à peine deux minutes, tant dans l’utilisation de lumières artificielles que naturelles. Sans oublier le judicieux placement des sources de lumière afin de donner du corps aux personnages, en plus de sublimer l’imagerie globale du long-métrage. Il est avec son équipe à l’image des 25 techniciens qui ont permis le montage du spectacle de danse de Loïe Fuller. Sans ce dirigeant technique de grand talent, ce spectacle n’aurait pas la même saveur, cette véritable beauté artistique. Filmées et montées tels des combats de boxe brutaux et percutants, les chorégraphies emportent et transportent le spectateur. En corrélation avec les musiques choisies, le montage est dynamique et permet aux séquences de dégager une énergie et de faire transparaître la fougue et la folie d’une danseuse prête à tout pour réussir et pour mettre à bien son projet, son oeuvre d’art. Une transe dont elle ne sortira pas indemne, à l’image d’un spectateur qui se souviendra avant tout d’une chose : de cette danse prodigieuse.

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Les séquences de danse et plus particulièrement la première représentation de Loïe Fuller sont le point central du récit. Le véritable climax ne va pour une fois, ne pas se situer à la fin du long-métrage, mais en son cœur. Il y aura un avant la première représentation et un après. Usant d’un schéma narratif linéaire partant d’un point A, qui va être l’émancipation de la protagoniste, allant jusqu’à un point B, à savoir… la fin du film, ce n’est pas en son scénario que le film trouvera son originalité. En plus d’être des plus conventionnel, ce schéma narratif impose des lenteurs et des longueurs. Le scénario académique en tout point, est riche en personnages, en relations conflictuelles et dispose d’un background des plus conséquent. Film d’époque oblige. Cependant, c’est grâce à cette narration linéaire et à ce côté académique qu’il va s’en sortir et réussir à faire s’entremêler avec logique et fluidité les différents et nombreux arcs narratifs. Loïe Fuller va rester au centre du cadre, ne va jamais en sortir, contrairement aux personnages secondaires qui gravitent autour d’elle sans en prendre la lumière. C’est elle qui prend toute la lumière, même lorsqu’elle va être mise au sol. Le scénario va s’appuyer sur ce qui va arriver à ce personnage afin de l’enrichir et également de caractériser chaque personnages secondaires qui ne seront pas uniquement de simples faire-valoir. Ils ont tous leur(s) intérêt(s), leur(s) utilité(s). La mise en scène aura beau être didactique et assez sommaire, le scénario est suffisamment intéressant et bien écrit pour interpeller et captiver le spectateur.

Le casting n’étant pas en reste, Soko la première, incarne à merveille cette danseuse trouble et troublée, souvent difficile à cerner, car ambivalente et caractérielle, mais au combien rendue passionnante par la justesse du jeu de cette actrice. La justesse également de la caméra de Stéphanie Di Giusto qui ne va en faire une héroïne ou une victime, mais bien une femme humaine qui a fait de bons et de mauvais choix dans sa vie et ayant décidée d’accorder sa confiance aux bonnes ou aux mauvaises personnes. Cependant, on notera que si les actrices réussissent à surprendre – Lily-Rose Depp fait preuve d’une retenue et d’une élégance à la fois déroutante et envoûtante – grâce à des personnages travaillés, mais surtout bien interprétés, les acteurs quant à eux, agacent. Gaspar Ulliel en tête. Ce dernier ressasse encore et toujours les mêmes mimiques, la même intonation de voix et la même gestuelle depuis le début de sa carrière. Il en fait des tonnes, surjoue constamment et énerve. C’est partiellement le personnage qui veut ça, mais en s’enfermant depuis toujours dans ce même type de personnage, ça ne sert ni l’un ni l’autre, bien au contraire.


En Conclusion :

La Danseuse est un biopic académique qui dispose d’une narration linéaire, de quelques faiblesses dans le rythme, ainsi que d’un casting perfectible. C’est un film inspiré d’une histoire vraie qui a ses défauts, mais c’est surtout une première réalisation véritablement bluffante. Une première réalisation d’une grande maîtrise technique et scénaristique. Visuellement magnifique, Stéphanie Di Giusto ne perd jamais de vue sa protagoniste, mais ne resserre pas pour autant ses cadres uniquement sur elle. Elle lui donne de l’air, donne de l’importance aux décors, aux environnements et jongle habilement entre une large palette de types de plans. Un film à l’imagerie sublimée par le travail de Benoît Debie à la photographie et celui de Thomas Bidegain à la collaboration scénaristique. Stéphanie Di Giusto a su s’entourer pour finaliser son projet de longue date (plus de trois ans rien que pour écrire le script) et lui donner vie de la plus belle des manières, malgré quelques imperfections. Didactique et académique certes, mais d’une maîtrise incroyable pour une première réalisation et interprétée avec brio par une Soko en transe.

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