La Bonne épouse, leçon de féminisme trop scolaire


Synopsis : « Tenir son foyer et se plier au devoir conjugal sans moufter : c’est ce qu’enseigne avec ardeur Paulette Van Der Beck dans son école ménagère. Ses certitudes vacillent quand elle se retrouve veuve et ruinée. Est-ce le retour de son premier amour ou le vent de liberté de mai 68 ? Et si la bonne épouse devenait une femme libre ? »


Les lumières de la salle de cinéma s’allument, tu te repositionnes sur ton siège pour avoir fière allure parce que la position “je m’installe comme à la maison” ce n’est pas trop ça, et là, ton ami(e) se retourne vers toi et te pose la question fatidique…

Après Sage Femme qui opposait Catherine Frot à Catherine Deneuve, Martin Provost revient avec une histoire à la lisière de Mai 68 et des évènements qui vont libérer la femme et la France dans une certaine fraîcheur et avec une dose de bonne humeur incroyable. La Bonne épouse évoque ces écoles de jeunes filles formant les futures et bonnes épouses, les futures et bonnes ménagères “responsable des achats” comme on le dit trop souvent aujourd’hui.

La reconstitution est impeccable : on se sent réellement au cœur de cette école ménagère avec les costumes d’époque, les décors où fleurent bon cette France d’un ancien temps, celle du général de Gaulle… une France où la femme doit être à sa place : celle de la gestion du foyer de la maison et nulle part ailleurs. Tout y passe : la cuisine, le repassage, les cours d’hygiène , le potager et surtout les règles de bonne conduite au nombre de sept.

Toutes sorties du livre des bonnes manières, elles ouvrent le film et posent le début de l’histoire de cette institution gérée par Paulette Van der Beck qu’incarne Juliette Binoche et surtout Sœur Thérèse, portée par la folie douce de Noémie Lvovsky. Le récit suit l’évolution de ces maîtresses de maison à laquelle il faut ajouter Gilberte (que joue Yolande Moreau) et en filigrane la libération des jeunes filles de cette école dont quatre sont mises en avant. On aimerait d’ailleurs par moments passer plus de temps avec elles pour voir leurs portraits traités plus en profondeur. À la faveur d’un évènement aussi tragique que burlesque dans sa réalisation, la mort du seul homme de cette maison, Robert Van der Beck joué par François Berléand, l’histoire se mue alors en plaidoyer féministe mais avec lenteur et parfois à reculons.

La scène de la mort de Robert, à la façon d’une poule sans tête qui court encore un peu, est symbolique de l’hésitation du réalisateur : tragique ou burlesque. Pourtant en interview, Martin Provost explique qu’il signe une comédie féministe où l’humour et le drame sont intimement liés. “Un peu comme la vie”. Aussi cette valse hésitation entraîne l’oscillation du film entre ces deux extrêmes au point par moment de susciter un ennui poli. Un ennui poli malgré la présence d’actrices de haut rang que sont Juliette Binoche, Yolande Moreau et Noémie Lvovsky.

Ces stars ne le sont pas, “je travaille avec de grands acteurs” insiste Martin Provost. Ses actrices démarrent au quart de tour pour partir vers le drame de haute tenue ou vaciller dans la comédie enlevée et totalement barrée au rythme du scénario très écrit. Cette folie douce se ressent par moment lors des retrouvailles entre Juliette Binoche et Edouard Baer. Cette folie est approchée lorsque les quatre copines (Fuchs, Ziegler, Des-Deux-Ponts et Schwartz) se retrouvent pour danser après l’enterrement et écoute Menie Grégoire parler d’orgasme féminin et de clitoris. Le monde change, le monde bouge autour de ces femmes mais alors qu’elles pourraient faire partie de cette révolution, elles semblent attendre l’étincelle qui ne viendra qu’en toute fin.

Pourtant il y a des idées géniales dans ce scénario : planter le décor en Alsace, faire appel à Armelle pour une vraie-fausse émission de télévision, l’évasion en pleine nuit de Fuchs ou encore l’essayage de pantalon de Juliette Binoche… scène qui révèle le changement dans l’attitude du personnage. D’épouse défunte et corsetée, elle peut envisager une vie de femme libérée et affranchie de tout homme. La scène finale offre une véritable parenthèse enchantée et donne une vision claire de ce qu’est La Bonne épouse : une comédie satirique poussant par moment les curseurs pour offrir le portrait d’un féminisme heureux et joyeux affranchi des codes.

Mais Martin Provost ne réussit jamais à choisir à quel moment il peut continuer à dépasser les limites au point de manquer sa cible par moment : la dénonciation en règle d’un patriarcat rance et pourri. En quelque sorte, en signant une histoire d’école ménagère, il reste trop scolaire dans sa démonstration. Il lui manque du mordant, un petit côté grinçant qui aurait défrisé ces “ménagères”. Et c’est là que le bât blesse car le film a beaucoup de potentiel dans sa construction mais certaines scènes tombent parfois comme un cheveu sur la soupe. Un exemple flagrant est celui de la scène de pendaison de la jeune Yvette, dramatique mais prévisible sauf qu’elle intervient au moment le moins attendu… comme un ajout dans l’histoire parce qu’il fait que cette scène soit là.

Malgré cette faiblesse, d’autres scènes permettent aussi au spectateur de ne pas être passif face à l’histoire. La découverte de l’amoureux secret de Paulette par Gilberte, incarnée par Yolande Moreau, apporte un véritable moment de questionnement : comment va réagir Gilberte ? Pourquoi prend-elle cette paire de ciseaux ? Comment comprendre sa réaction finalement solaire ? Chacun se fera son propre avis. Et ce soleil resplendit très souvent dans les scènes remarquablement mises en place par un tracé clair… évoquant de nouveau l’amour de Martin Provost pour la peinture comme dans Séraphine ou encore certains plans prévis et rigoureux dans une certaine ligne claire de la bande dessinée.

Ce portrait de femmes, mues par la volonté de s’affranchir de la tutelle patriarcale, est souvent réussi, mais il est freiné par un scénario trop écrit ne laissant aucune place à l’improvisation. En situant la fin du film en plein Mai 68, le réalisateur permet au vent du changement de souffler sur l’histoire mais au moment où il pourrait rabattre les cartes et tout envoyer en l’air, la tornade se transforme en une brise légère comme si le réalisateur marchait finalement à reculons vers cette révolution étudiante qui changera définitivement Paris et toute la France. La Bonne épouse est l’histoire d’une révolution féministe que le réalisateur effleure à chaque fois mais qu’il n’embrasse pas toujours.


« Ce portrait de femmes, mues par la volonté de s’affranchir de la tutelle patriarcale, est souvent réussi, mais il est freiné par un scénario trop écrit ne laissant aucune place à l’improvisation. »


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