La Belle Époque, entre satire et nostalgie

Synopsis : « Victor, un sexagénaire désabusé, voit sa vie bouleversée le jour où Antoine, un brillant entrepreneur, lui propose une attraction d’un genre nouveau : mélangeant artifices théâtraux et reconstitution historique, cette entreprise propose à ses clients de replonger dans l’époque de leur choix. Victor choisit alors de revivre la semaine la plus marquante de sa vie : celle où, 40 ans plus tôt, il rencontra le grand amour… »


Les lumières de la salle de cinéma s’allument, tu te repositionnes sur ton siège pour avoir fière allure parce que la position “je m’installe comme à la maison” ce n’est pas trop ça, et là, ton ami(e) se retourne vers toi et te pose la question fatidique…

Présenté hors-compétition au dernier Festival de Cannes, La Belle époque est le deuxième long-métrage de l’acteur Nicolas Bedos, deux après Monsieur & Madame Adelman (2017). Un deuxième film que le cinéaste introduit comme une satire. La Belle époque débute avec la mise en abyme d’un film dans le film, où les clients d’une agence de reconstitutions d’époques historiques se font attaquer par des hommes de couleurs cagoulés, alors qu’ils sont en pleine reconstitution d’une maison coloniale, servis par des « nègres de maisons » joués par des comédiens. Dès cette scène d’introduction, on reconnaît la patte provocatrice du comédien-auteur et son goût pour les polémiques. Cette première scène n’est que le début d’une fausse mini-série pour une plateforme de streaming digitale fictive que découvre Victor (un Daniel Auteuil mélancolique), un sexagénaire dépassé par l’évolution des nouvelles technologies de notre époque contemporaine. Son fils, réalisateur, lui dit qu’il s’agit d’une « satire ». On pourrait avoir l’impression que Nicolas Bedos nous prévient que ce nous allons voir est une satire sur notre époque et son rapport à la nostalgie. 

La Belle Époque nous raconte donc l’histoire de Victor, qui se voit offrir par son fils un cadeau spécial, une attraction proposée par une entreprise consistant à reconstituer une époque historique de son choix. Victor fait le choix de replonger en 1974, le jour où il a rencontré son grand amour dans un bistrot nommé « La Belle époque ». Tout comme Victor, nous sommes alors plongés dans les rouages de cette reconstitution, de ses artifices théâtreux, à travers le personnage d’Antoine (Guillaume Canet), un scénariste et metteur en scène caché derrière des miroirs transparents, pilotant cette magnifique illusion en ajustant la lumière, en faisant bouger le décor, en donnant des indications aux comédiens en leur parlant à partir de petites oreillettes. Tout doit être le plus réaliste possible pour que le client soit plongé dans la nostalgie de ses souvenirs, pour renouer avec son grand amour et les sentiments disparus.

Au-delà d’être une belle mise en abyme de la magie illusionniste du théâtre et du cinéma, La belle époque nous parle de l’histoire d’amour d’un couple, ce qui était déjà le cas dans le premier long-métrage du cinéaste. Il y a dans La Belle époque une touchante mélancolie qui se dégage de cette nostalgie dont les artifices de la reconstitution en font avant tout une satire sur un moment où tout est prétexte à la nostalgie. Mais il est question d’une douce satire avec un regard bienveillant et tendre envers ces personnages. Nicolas Bedos s’entoure d’une distribution élégante composée d’un Daniel Auteuil bien trop rare, d’un Guillaume Canet très drôle, d’une Fanny Ardant sublime, d’un Pierre Arditi tout aussi touchant et bien d’autres encore, sans oublier Doria Tillier. Une direction d’acteurs exemplaire où l’on ressent un véritable plaisir à voir le cinéaste s’amuser en dirigeant ses acteurs. 

Une écriture de dialogues aux petits oignons, oscillant entre une certaine légèreté dans le ton et une véritable mélancolie que la mise en scène finit par emporter avec un sens du romanesque extrêmement plaisant, où la vie devient le théâtre de la nostalgie d’une Belle Époque


« Pour son deuxième long-métrage, Nicolas Bedos signe une satire mélancolique sur la nostalgie des souvenirs, doublée d’un bel hommage au pouvoir illusionniste du cinéma, portée par une direction d’acteurs exemplaire. »


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