L’Extraordinaire Mr. Rogers, tendre et (trop ?) délicat à l’image de son personnage

Synopsis : « L’histoire de Fred Rogers, un homme de télé américain dont le programme éducatif Mister Rogers’ Neighborhood a été suivi par des millions de téléspectateurs entre 1968 et 2001. A l’occasion d’une rencontre en vue d’écrire un article sur ce sujet, un journaliste du magazine Esquire va découvrir un homme à l’opposé de ce qu’il en pensait a priori. »


Les lumières de la salle de cinéma s’allument, tu te repositionnes sur ton siège pour avoir fière allure parce que la position “je m’installe comme à la maison” ce n’est pas trop ça, et là, ton ami(e) se retourne vers toi et te pose la question fatidique…

Jeune cinéaste prolifique Marielle Heller nous gratifie d’ores et déjà d’un troisième long-métrage en l’espace de quatre ans de carrière (en tant que cinéaste connue). Tout en ayant fait un crochet par les plateaux de la série Casual, diffusée sur la plateforme de streaming Hulu. Si vous ne connaissez pas son nom, rien de bien anormal. Marielle Heller est de celle dont les œuvres ont pour le moment du mal à s’exporter au-delà de l’océan Atlantique. Son dernier film en date, Can You Ever Forgive Me?, aura mis plus de 6 mois à trouver quelques salles en France malgré des nominations à la Cérémonie des Oscars 2019. Un premier grand pas aurait pu être franchi avec ce troisième long-métrage, mais confinement oblige, L’Extraordinaire Mr. Rogers a vu sa sortie sur les écrans français purement annulée au profit d’une sortie en vidéo à la demande. Ce qui n’est finalement pas une si mauvaise idée, si on en prévisualise les embouteillages qui se profilent à l’horizon. Pour rappel L’Extraordinaire Mr. Rogers n’est pas de première fraîcheur, a déjà connu une sortie cinéma puis en vidéo sur les continents américains. Quitte à offrir de la visibilité à un film déjà disponible sur certaines plateformes de téléchargement illégales, autant ouvrir les portes de la vidéo à la demande, actuellement en plein essor et certainement loin d’avoir dit ses derniers mots. D’autant plus que le film va rejoindre le catalogue de la plateforme Amazon Prime Vidéo, aux côtés d’une autre production Sony Pictures Entertainement : Bloodshoot. Entre vous et nous, ne nous voilons pas la face, L’Extraordinaire Mr. Rogers est un film qui, aussi bon soit-il, ne parle que difficilement au public français.

Émission de télévision qui aura fait les beaux jours de la chaîne CBC Télévision aux États-Unis, Mister Rogers’ Neighborhood était une émission éducative pour enfants, transcendée par la popularité de son animateur. Fred Rogers, aussi appelé Mr Rogers, une personnalité publique connue pour avoir consacré l’entièreté de sa carrière à divertir et éduquer avec bienveillance les plus jeunes. Soit gentil avec tes voisins et sois heureux. Durant chaque épisode, les équipes illustraient, par le prisme des scénettes drôles et mignonnes (avec des marionnettes, des gags visuels…), des questionnements et drames auxquels les enfants devront faire face, au cours de leur existence. Les préparés en douceur et leur inculquer un savoir vivre tout en les divertissants. Un ton, une douceur, une bienveillance que l’on ressent ne serait-ce qu’au travers du générique chanté par Mr Rogers. « Won’t You Be My Neighbor? », une chanson douce et bienveillante, aux paroles éminemment enfantines et délicates, car avant tout et surtout destiné aux très jeunes, en pleine phase d’apprentissage. Fred Rogers, la figure même de ce grand-père de substitution. Celui qui vous réconforte, vous écoutes et vous dis comment aller mieux afin que vous soyez heureux. Celui dont le simple sourire et la voix apaisante peut vous provoquer un sentiment de bien-être. Tel était et restera l’image de Fred Rogers, tel est l’image qu’a exploité la cinéaste Marielle Heller dans son film L’Extraordinaire Mr. Rogers.

S’il donne son nom au film, il n’en est pas pour autant le personnage principal. C’est l’image de Mr Rogers qui intéresse la cinéaste. Ce qu’il renvoyait et ce don de provoquer de belles émotions chez les autres. Utiliser la bienveillance et la douceur, presque surréaliste de cet homme afin de guérir un journaliste d’investigation aux pensées troublées par des problèmes d’ordre familiales. Guérir son obstination, ses sautes d’humeur et sa volonté maladive de montrer la face cachée (sombre) du monde grâce à la personnalité publique dont l’homme serait aussi attentif, bienveillant et heureux que le personnage. Manière de développer une narration mêlant émission de télévision et moments de réalité intradiégétique. Donnant lieu à des séquences inspirées qui mettent l’accent sur l’aspect introspectif de l’émission et permettent une nouvelle fois de faire l’amalgame entre Mr Rogers (l’animateur) et Fred Rogers (la personne). Si Marielle Heller réussi à développer une oeuvre tendre et délicate, à l’image de celui dont on chantonne cette chanson aussi belle que agaçante, subsiste néanmoins l’usage du conditionnel : l’homme serait aussi heureux que le personnage. Une question qui subsiste et qui demeure après le visionnage. Cette impression de ne finalement pas connaître cet homme. Avoir eu l’envie de savoir s’il avait également des doutes, des problèmes, s’il avait à son tour besoin d’une oreille attentive. Par son plan final, Marielle Heller explicite directement que là n’est pas sa volonté avec L’Extraordinaire Mr. Rogers. Que oui, Fred Rogers est un être humain qui a des doutes et des faiblesses, mais ce n’est pas ce qui l’intéresse elle. Un plan aussi beau artistiquement que riche de sens et important pour la bonne compréhension des intentions de la cinéaste.

L’Extraordinaire Mr Rogers est un film très simple, mais exécuté avec cohérence et maîtrise. Une histoire aux rebondissements prévisibles, peu d’arcs narratifs qui vont venir s’entremêler et une mise en scène assez douce et délicate. Un tout servi par un découpage fonctionnel qui cherche à ne pas surcharger chaque scène du plan de trop. Allonger les plans, ne pas découper si ce n’est pas utile afin de faire transparaître les émotions, ne pas insuffler par le montage (ou n’importe quel autre aspect technique) un rythme qui ne correspondrait pas au tempérament de Mr Rogers. Créer un film à l’image de, où Mr Rogers apparaît tel le psychanalyste de celui qui en a besoin (le journaliste d’investigation Lloyd en l’occurrence). Un personnage principal à l’histoire anodine qui va renforcer l’aura et la portée bénéfique du tempérament et de la bienveillance de Mr Rogers. Personnage néanmoins incarné avec force et justesse par un Matthew Rhys dont le jeu et le charisme gagne en densité au fil des années et des projets. Dire que Tom Hanks n’est pas le choix idéal, serait renier une carrière et la popularité d’un homme qui n’est plus à démontrer. Il est cet acteur parfait et cet homme que l’on sait gentil et généreux. L’acteur parfait pour une exécution qui l’est tout autant dans un film que l’on pourrait critiquer pour sa simplicité apparente et son histoire sans grande prétention, mais que l’on préfère aimer pour sa cohérence globale et sa douceur, à l’image de Mr Rogers.

Disponible en Vidéo à la Demande en France depuis le 22 avril 2020.

« S’il n’a pas le caractère et la mise en scène de The Beaver, Un Ami Extraordinaire est un drame qui aborde le drame avec la douceur et la bienveillance propre à Mr Rogers. »


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