Koko-di Koko-da, un cauchemar sans fin aussi cathartique qu’éprouvant


Synopsis : « Pour surmonter les problèmes que traverse leur couple, Elin et Tobias partent camper au coeur de la forêt suédoise. Mais des fantômes de leur passé resurgissent et, plus que jamais, les mettent à l’épreuve. »


Les lumières de la salle de cinéma s’allument, tu te repositionnes sur ton siège pour avoir fière allure parce que la position “je m’installe comme à la maison” ce n’est pas trop ça, et là, ton ami(e) se retourne vers toi et te pose la question fatidique…

Présenté lors de la dernière édition de l’Étrange Festival, Koko-di Koko-da nous arrive avec une distribution assez maigre (une vingtaine de salles), précédé d’une réputation d’OVNI cinématographique dans le paysage du cinéma de genre actuel. Deuxième long-métrage d’un certain Johannes Nyholm, cinéaste suédois dont le premier film est passé inaperçu, Koko-di Koko-da débute comme un drame suivant le deuil d’un couple qui vient de perdre son unique enfant, avant de basculer totalement dans un conte folklorique cruel sous influence scandinave, où le couple part en road-trip pour vivre un cauchemar sans fin, piégé dans une boucle temporelle où d’étranges personnages de conte viennent les torturer avant de les tuer dans leur tente au milieu d’une forêt sortie tout droit d’un livre pour enfants. Bref, de quoi vous passer l’envie de faire du camping. 

Dans sa forme, les influences de Koko-di Koko-da paraissent aux premiers abords assez évidentes et peu originales. Le film de Johannes Nyholm est un étrange mélange entre le concept d’Un Jour sans fin d’Harold Ramis (1993), l’univers d’Alice au pays des merveilles de Lewis Carroll (1865) et le sadisme tortur porn du Funny Games U.S de Michael Haneke (2007). Un mélange d’influences aussi improbable que rafraîchissant, tant Koko-di Koko-da compense son manque d’originalité par une vraie proposition d’auteur dans le fond. Le film est ce que l’on appelle une expérience de cinéma dérangeante et éprouvante, qui derrière son procédé de boucle temporelle cache un effet cathartique. En effet, Johannes Nyholm nous invite à vivre le deuil d’un couple et ses conséquences sur ce dernier à travers un comique de répétition aussi ludique qu’éprouvant.

On pourrait reprocher au cinéaste suédois un sentiment de lassitude dans son high-concept : le ludisme de ses boucles s’épuisant vite et se renouvelant peu, se reposant sur son sadisme éprouvant, parfois même déplaisant. Autant dire que Koko-di Koko-da peut très vite rebuter le spectateur au cœur peu accroché, tant l’expérience peut-être difficile à vivre et retorse. Johannes Nyholm nous place dans une position de voyeur, nous oblige à assister encore et encore à la mort de ce couple dans d’atroces souffrances, tel des personnages de jeux vidéos, les boucles se concluant constamment sur des plans larges semblables à des écrans de “Game Over”. Mais le véritable tour de force du cinéaste est de nous faire ressentir, à travers ce procédé de mise en scène, la culpabilité de ce couple vis-à-vis de la mort de leur enfant, illustrée par des personnages de cantine, issus d’une boîte à musique qu’ils avaient offert à leur petite fille en guise de cadeau d’anniversaire, le jour de sa mort. 

Koko-di Koko-da devient alors un cauchemar qui emprunte aux rêves oniriques de David Lynch. Le film illustre la thématique du deuil à travers des séquences d’animation qui prennent la forme d’un théâtre d’ombres chinoises, animées par le cinéaste lui-même. Il déploye une poésie morbide et funèbre aussi lyrique que poignante, le drame de ce couple ressurgissant dans le fantastique pour conclure la boucle à travers une dernière séquence plutôt émouvante, tout en laissant des indices pour permettre au spectateur une libre interprétation de ce cauchemar éprouvant sans lui donner toutes les clés de sa métaphore.

Tout est loin d’être parfait dans Koko-di Koko-da. Le deuxième long-métrage du cinéaste suédois est un film composé de fulgurances esthétiques mais aussi bourré de défauts, se laissant aller par moments dans un sadisme peu utile, se renouvelant peu dans son ludisme lié à son sous-genre, traduisant au passage un manque d’originalité dans son concept et ses influences. Mais ce sont toutes ces imperfections qui font le charme de ce petit OVNI cinématographique qu’est Koko-di Koko-da


« Koko-di Koko-da est un conte cruel et retorse qui divisera assurément son public. Aussi imparfait que rafraîchissant, il s’agit néanmoins d’une véritable expérience de cinéma cathartique et éprouvante. »


Avertissement : des scènes, des propos ou des images peuvent heurter la sensibilité des spectateurs.

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