Katie Says Goodbye réalisé par Wayne Roberts [Sortie de Séance Cinéma]

Synopsis : « Katie, jeune femme du sud ouest américain rêve d’une nouvelle vie à San Francisco. Elle vit ses premiers amours et se révèle d’une honnêteté désarmante. Son empathie compulsive envers les autres fait d’elle une proie facile. Sa ténacité et sa jeunesse seront mis à l’épreuve par ceux qu’elle aime le plus au monde. »

 Les lumières de la salle de cinéma s’allument, tu te repositionnes sur ton siège pour avoir fière allure parce que la position “je m’installe comme à la maison” ce n’est pas trop ça, et là, ton ami(e) se retourne vers toi et te pose la question fatidique…

Au-delà des films qui sortent en salles chaque semaine, et ce, en France comme en Amérique du Nord, il y a ceux qui font le tour de festivals durant des mois, voire des années. Des films indépendants, qui souvent n’ont rien coûté ou que très peu comparé à l’incomparable. Et comme dans les films qui ont le droit à des sorties salles sans tarder, on y trouve tout et son contraire. Des films amateurs et peu intéressants, ainsi que de véritables merveilles d’émotions auxquelles on ne s’attendait en rien. Majoritairement, ces belles surprises cinématographiques se retrouvent en compétition dans des festivals tels que le Toronto International Film Festival, le Deauville Film Festival ou encore le Sundance Film Festival. S’il n’a pas été à Sundance, le film Katie Says Goodbye s’est bel et bien retrouvé en compétition officielle au sein des deux premiers cités. Depuis septembre 2016, Katie Says Goodbye écume les festivals du monde entier à la recherche de son public. Seize festivals pour être précis et ce n’est pas un hasard. Si le film plaît et tape dans l’œil des programmeurs d’un festival, vous pouvez être sûre que ce ne sera pas le seul ou le dernier. Au fil des festivals, au fil des présentations et des projections, le film s’est fait une petite réputation et a su grandir petit à petit en attendant d’être officiellement présenté au public. Trouvera-t-il son public? Saura-t-il fédérer? Le bouche-à-oreille suffira-t-il afin de créer un petit engouement autour du film?

“Une histoire d’amour, d’émancipation et de prise de conscience donc banale dans sa forme, mais au combien bouleversante.”


Premier long-métrage écrit et réalisé, par Wayne Roberts, qui fait ici son entrée dans le monde du cinéma par la grande porte, Katie Says Goodbye ne vous laissera pas indifférent. Il y a des films que l’on voit et que l’on oublie. Il y a des films dont le premier plan nous éblouit avant que le tout ne s’enfonce petit à petit dans l’obscurité et nous paraisse fade et désuet. Et il y a des films dont le premier plan ne marque pas, qui ne cherchent pas à plaire au premier regard, mais qui happent le spectateur et le marque sur le long terme. Katie Says Goodbye est un film sur l’émancipation, un film sur la découverte de soi, sur le bonheur fulgurant de certains instants et sur le malheur pouvant s’abattre à n’importe quel moment. Un film hautement et profondément humain, qui à aucun moment ne va chercher à se servir d’une naïveté factice dans le but de créer une empathie qui sera tout aussi factice. Le réalisateur Wayne Roberts se sert du média artistique qu’est le cinéma pour donner vie à des personnages qui vont par leurs actions mettre en place une histoire. Raconter une histoire. Une histoire extrêmement simple dans la forme adoptée. Contée à l’aide d’une structure narrative académique, Katie Says Goodbye repose sur un scénario en trois actes dont l’élément perturbateur ne sera autre que l’amour et l’attirance de Katie pour Bruno, nouveau mécanicien employé dans le garage du coin. Une histoire d’amour, d’émancipation et de prise de conscience donc banale dans sa forme, mais au combien bouleversante.

Utiliser les codes habituels du cinéma, et plus particulièrement, à l’élaboration d’un scénario n’est jamais une mauvaise chose si ce dernier a une certaine profondeur et prend le temps de développer convenablement ses personnages. Élément valable que l’on parle cinéma d’horreur, d’un drame, d’une comédie ou d’un film de science-fiction par exemple. À l’image du film The Strangers (dont on vous parle à l’occasion de la sortie de sa suite The Strangers: Prey at Night), Katie Says Goodbye dispose d’un scénario qui s’intéresse à ses personnages et particulièrement à son personnage principal. Katie est décrite comme une personne positive, bienveillante, honnête, gentille et toujours là pour aider et donner le sourire à ceux qui le désirent. Rendre les gens autour d’elle heureux, la rend heureuse jusqu’au moment où elle va se rendre compte que certains actes ne doivent pas être commis et qu’ils amèneront des répercussions. Montrer son quotidien (s’occuper de sa mère, aller au travail, s’occuper des factures…) et répéter ces actions qu’elle réitère chaque jour quitte à ce que le début du film paraisse long. Une prise de risque louable et nécessaire dans le cas présent afin de lier le personnage de Katie aux spectateurs. Si les personnages secondaires qui rôdent autour d’elle ne semblent être que des faire-valoir (excepté Bruno qui a une véritable histoire et va par son arrivée relancer le récit), ils vont apporter au personnage ce dont elle a besoin au moment propice. Si certains seront honnêtes et bienveillants envers elle, d’autres joueront avec et profiterons de sa gentillesse naturelle. Au travers de ce village perdu au milieu de nulle part, Wayne Roberts développe un écosystème réduit à son paroxysme, mais qui réunit tout le nécessaire afin de créer une métaphore réaliste de la vie. Le bien, le mal, les bons choix et les mauvais, tout ce qui permet à tout à chacun d’avancer et de mûrir.

Pour sa première réalisation, Wayne Roberts réalise un beau travail sur la notion du point de vue. La caméra ne lâche à aucun moment Katie. Elle est de tous les plans et chaque moment d’émotion, chaque expression vont être captés et mis en valeur. Les gros plans sont légions, faisant entrer le spectateur dans l’intimité du personnage. Le spectateur est avec elle, l’observe, la suit, sans ressentir une impression de voyeurisme. Bien au contraire, il l’accompagne et la soutient afin qu’elle prenne les choix qui la mèneront sur un chemin de vie qui la rendra heureuse. Choix artistique cohérent à l’intention première du scénario dont l’élément charnier est Katie. À l’image de la direction artistique, hautement significative. Les couleurs sont douces, les ombres et scènes de nuit sont minoritaires, seulement présentes lors des moments de doutes et de questionnement. Même si insalubres et sales, les intérieurs disposent de couleurs pastel très douces, assez ternes et non agressives, à l’image du personnage. Un beau film, doux et agréable en surface, mais bouleversant et difficile intérieurement. Katie Says Goodbye se démarque grâce son humanisme brutal et redoutable. Une brutalité qui le rend réaliste, loin des œuvres cinématographiques aux personnages uniquement tourmentés en surface. Remarquée dans la série Bates Motel, Olivia Cooke rayonne, émerveille, tétanise et bouleverse. Elle porte remarquablement le film sur ses frêles, mais solides épaules. Une palette d’expressions impressionnantes et une conviction dans le regard. Elle semble être capable de tout et prouve en cette année 2018 (Katie Says Goodbye, Thoroughbred, Ready Player One) qu’elle fait partie intégrante de la relève du cinéma.



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