Juste la Fin du Monde (Critique | 2016) réalisé par Xavier Dolan

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Synopsis : “Après douze ans d’absence, un écrivain retourne dans son village natal pour annoncer à sa famille sa mort prochaine.
Ce sont les retrouvailles avec le cercle familial où l’on se dit l’amour que l’on se porte à travers les éternelles querelles, et où l’on dit malgré nous les rancœurs qui parlent au nom du doute et de la solitude.”

Arrogant, prétentieux, surestimé, mais aussi grandiose, talentueux, prodigieux… énormément d’adjectifs peuvent et ont été utilisés pour parler de Xavier Dolan. On aime ou on n’aime pas, mais impossible de nier la ténacité et le talent dont fait preuve le réalisateur québécois. L’on peut être insensible à son cinéma, un cinéma fort qui ne fait pas dans la dentelle et que l’on remarque à des lieux. L’on sait en voyant un film que c’est un film réalisé par Xavier Dolan grâce à des tocs. Tocs de mise en scène, mais avant tout d’écriture et technique. Des tocs représentatifs de son cinéma, mais dont il pourrait s’émanciper afin de le faire grandir à son image. Xavier Dolan est un jeune réalisateur. Du haut de ses 27 ans, il a déjà à son actif sept réalisations, mais pas que puisqu’il est également acteur, monteur, costumier, scénariste… C’est absolument prodigieux et il est de ce fait, difficile de nier l’évidence, celle qu’il est un grand qu’on le veuille ou non. Pour sa septième réalisation, il a décidé de s’attaquer à une pièce de théâtre écrite par l’auteur  Jean-Luc Lagarce et pas des moindres : Juste la Fin du Monde. Depuis sa projection lors du Festival de Cannes 2016, l’on entend tout et rien à la fois sur ce film. Décevant, insupportable ou grandiose ? Et si ce n’était “que” – et c’est déjà pas mal – le film de la maturité pour ce cinéaste précoce ?

Avec Mommy, Xavier Dolan semble avoir fait l’unanimité (ou presque), là où, un film comme Juste la Fin de Monde divise et divisera. Adaptation d’une pièce de théâtre, ce nouveau long-métrage en reprend les codes sans grande surprise, et ce, notamment dans sa mise en scène. Extrêmement sobre, peu de mouvements amples et de déplacement de la part des personnages. Comme si le réalisateur s’effaçait derrière ses acteurs. Le travail sur la spatialité des lieux utilisés est quasiment nul. Ce qui va en dérouter plus d’un. À l’instar de la phrase écrite en amont au commencement du long-métrage, ce qui va arriver à cette famille peut arriver n’importe où, n’importe quand. Cependant, le réalisateur reste metteur en scène et dirige ses acteurs, fait en sorte que se croise leurs regards et dirige leurs regards afin de faire parler les personnages. De beaux moments se font uniquement par des champ/contre-champ sans paroles. Simplement des regards qui en disent long et marquent un temps de pause entre deux hurlements. Juste la Fin du Monde est un film bruyant, bavard, mais un film qui réussit donc à dire plus de choses que par la simple utilisation de dialogues. Dialogues qui contiennent du bon et du moins bon, majoritairement crus et sans langue de bois offrant aux personnages des caractérisations immédiates.

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Hystériques chacun dans leur genre, ils vont en groupe, se chamailler sans cesse, avant de redevenir calmes et humains en tête à tête. Des personnages “dolaniens” en somme. Des personnages qui hurlent, qui ont des choses à dire et qui s’expriment avec force, mais ne sont pas que ça. À l’instar de tout être humain, ils se donnent une image lorsqu’ils sont en groupe, mais ne sont également pas forcément que ça. L’humain est fait de nuances et d’incertitudes. Grâce à de remarquables acteurs et à une écriture assez habile – quoi que aussi malhabile lorsqu’il est question de faire évoluer le récit – l’on ressent cette part d’humanité existante en chacun des personnages. Là où Vincent Cassel déchire littéralement le spectateur grâce à des montées de colères et ces fameuses incertitudes faisant de son personnage un personnage nuancé et touchant, Léa Seydoux exaspère. Cette dernière ne sait nuancer son jeu et ne fait que de brayer encore et toujours sans chercher à voir au-delà de cette rage insupportable. Marion Cotillard quant à elle, impressionnerait presque en ne surjouant pas, grâce à un personnage calme et tendre, qui à l’inverse des autres, ne demande qu’à exploser, à s’exprimer. Des personnages tous plus ou moins insupportables sur le papier, mais en parfaite corrélation avec cette atmosphère oppressive que cherche à créer le réalisateur.

N’importe où, n’importe quand. Aucun repère spatiaux temporels, une abstraction totale des décors et un cadrage qui serre au plus haut point les acteurs. Xavier Dolan signe avec Juste la Fin du Monde une réalisation des plus particulières, mais peut-être sa plus inspirées, originale et intéressante, car parlante et assumée d’un bout à l’autre. Dans chacun de ses films, il est question de liberté, de gain d’espace et par opposition, d’étouffement. Les personnages ne respirent plus, enfermés par un monde, un entourage qui ne leur correspond pas, ne les comprennent pas. Pour cette nouvelle réalisation, il use des possibilités offertes par le cinéma pour le faire comprendre, mais surtout, faire ressentir cette même sensation d’étouffement aux spectateurs. Accumulant gros plan sur gros plan et ne laissant à aucun moment – ou presque, ce qui fera défaut au film qui aurait mérité d’aller encore plus loin en étant moins long par moment – le spectateur respirer. Ce dernier est, à l’image de ce jeune homme qui retrouve sa famille après des années d’absence volontaire, oppressé. Oppressé par le cadre de la caméra, oppressé par des personnages secondaires hystériques qui gravitent autour de lui et ne le laissent à aucun moment. Ne prenant que très peu la parole, ce protagoniste va prendre place du spectateur et inversement. Le spectateur va pouvoir grâce à ce choix opéré à la réalisation, prendre place à l’intérieur de ce conflit familial et ressentir cette ferveur, cette intensité presque fiévreuse subie par le protagoniste. A cela on ajoutera une jolie gestion de la lumière, qui, même si exagérée par moment afin d’appuyer des symboles un peu lourds, permet d’avoir de beaux plans et d’apprécier davantage le jeu des acteurs.


En Conclusion :

Juste la Fin du Monde, juste son film le plus abouti ? Xavier Dolan a toujours des tocs. Une séquence “clipesque” inutile, car rabotant ce qui a déjà été dit de manière sous-jacente au travers de dialogues, des choix musicaux incompréhensibles et qui n’apportent rien au film, voire l’ampute dans la construction de son atmosphère globale. Malgré ces tocs qui sont ici de véritables défauts, le réalisateur québécois signe son film de la maturité. Un long-métrage dont le parti pris en déroutera plus d’un, mais fera également sa force. Des cadres qui resserrent au plus les visages, des joutes verbales vulgaires qui n’en finissent plus, une lumière qui vient écraser des personnages hystériques… C’est oppressant, et même si quelques séquences auraient méritées d’être écourtées afin d’aller encore plus loin dans le concept, le spectateur ne verra se profiler la lumière et la liberté avant le plan final. Porté par son concept d’enfermement et un casting emporté par un Vincent Cassel qui aura rarement été aussi bouleversant, Xavier Dolan étonne sans pour autant épater avec une septième réalisation de qualité.

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