Just Mercy (La Voie de la Justice), une œuvre qui nous veut du bien par l’exemplaire Destin Daniel Cretton

Synopsis : « Le combat historique du jeune avocat Bryan Stevenson.  Après ses études à l’université de Harvard, Bryan Stevenson aurait pu se lancer dans une carrière des plus lucratives. Il décide pourtant de se rendre en Alabama pour défendre ceux qui ont été condamnés à tort, avec le soutien d’une militante locale, Eva Ansley. Un de ses premiers cas – le plus incendiaire – est celui de Walter McMillian qui, en 1987, est condamné à mort pour le meurtre retentissant d’une jeune fille de 18 ans. Et ce en dépit d’un grand nombre de preuves attestant de son innocence et d’un unique témoignage à son encontre provenant d’un criminel aux motivations douteuses. Au fil des années, Bryan se retrouve empêtré dans un imbroglio de manœuvres juridiques et politiques. Il doit aussi faire face à un racisme manifeste et intransigeant alors qu’il se bat pour Walter et d’autres comme lui au sein d’un système hostile. »

Les lumières de la salle de cinéma s’allument, tu te repositionnes sur ton siège pour avoir fière allure parce que la position “je m’installe comme à la maison” ce n’est pas trop ça, et là, ton ami(e) se retourne vers toi et te pose la question fatidique…

Faire preuve d’humilité. Ne surtout pas sombrer dans l’esbroufe par une accumulation d’effets de style afin d’aller chercher le spectateur en son for intérieur. Réalisateur derrière les poignants Short Term 12 et The Glass Castle, Destin Daniel Cretton ne change pas de fusil d’épaule et s’impose comme un cinéaste humaniste bien plus important qu’on ne pourrait le croire. Un nom qui ne marque pas les mémoires, mais un panel de réalisations qui font du bien. Voir de nombreuses œuvres cinématographiques et participer, de près comme de loin, à la création d’œuvres cinématographiques, c’est se rendre compte que l’on se plonge dans une recherche constante d’originalité et de créativité. On aime voir de nouvelles choses. Découvrir des cinéastes qui prennent des risques afin de ne pas faire comme les autres afin de créer une œuvre unique, à leur image. Si toutes les histoires ont déjà été racontées en l’espace de 100 ans, il existe encore et toujours des moyens nouveaux pour raconter ces mêmes histoires. Le cinéma évolue en fonction de changements sociaux que l’on subit ; le cinéma évolue en fonction des œuvres que l’on visualise ; le cinéma évolue et ne cessera d’évoluer, mais s’il y a fondamentalement bien une chose qui n’évoluera pas : la sincérité avec laquelle seront racontées les histoires.

Just Mercy raconte l’histoire d’un jeune avocat, qui après avoir obtenu son diplôme à la prestigieuse Harvard Academy, décide de déménager dans l’état de l’Alabama afin de se consacrer à la défense de personnes qui ont été condamnées à tort et se retrouvent à attendre leur soit ôtée la vie, depuis le couloir de la mort. S’il choisit de mettre en image cette histoire vraie, ce n’est pas pour la facilité d’adapter un fait réel. Tel qu’une grande majorité des productions qui se retrouvent dans un cas similaire. Il est un fait réel parfaitement ancré dans la filmographie du cinéaste. L’histoire d’un jeune homme afro-américain diplômé et éduqué, qui décide d’aller à l’encontre d’une société raciste et patriarcale. Une histoire fondée sur la force humaniste d’un jeune homme qui veut mettre sa réflexion et son expérience au service des autres. Cinéaste humaniste et d’une bienveillance rare, Destin Daniel Cretton trouve en Bryan Stevenson une projection fictive de taille. La représentation même des valeurs qu’il transmet à son public depuis le début de sa carrière. Une filmographie fondée sur la simplicité et la bienveillance de personnages qui trouvent la paix lorsqu’ils se mettent au service d’une cause. Au service de ceux qui en ont besoin.

Une fois n’est pas coutume, le cinéaste Destin Daniel Cretton signe avec Just Mercy un long-métrage d’une élégante sobriété. Tant dans son découpage que dans son cadrage ou sa gestion des éclairages, le cinéaste épure au plus que possible. Le rejet volontaire de toute notion de stylisation par la technique pour se rapprocher de l’histoire et de l’émotion. L’utilisation de longues focales lors de monologues (créer un détachement entre le personnage qui parle et tout le reste pour que le spectateur créé un focus sur lui et les mots prononcés), mais également de focales plus courtes pour les plans de contextualisation (entre 24 et 50 mm pour se rapprocher de l’œil humain), prouve une volonté de recherche de la simplicité et d’un regard terre-à-terre sur les situations et les personnages. Ce qui va par moment donner au spectateur une impression de facilité visuelle, de plans plats et fondamentalement peu stimulants. Créer par cette sobriété extrême, un regard avant tout humain sur des personnages que le cinéaste aime profondément. La stimulation est néanmoins là, elle est présente et se fait ressentir sur le long terme. Elle va être émotionnelle et va se révéler finalement plus forte lorsque l’on se rend compte à quel point l’on est attaché à ces personnages. À ces condamnés à mort qui ne devraient pas l’être, mais également à ce jeune avocat dont l’abnégation inculque au film cette tension palpable à l’égard d’une cause qui nous tient également à cœur.

Une oeuvre juste et bienveillante à l’égard de ses personnages à l’image de la générosité dont fait preuve Bryan Stevenson. Un cinéaste Destin Daniel Cretton qui se met au service de ses personnages, au service d’incarnation aussi juste que naturelle du premier au plus petit second rôle. Au-delà d’être un metteur en scène aussi humble que de talent, Destin Daniel Cretton fait preuve d’intelligence dans l’écriture de ses personnages et sa direction d’acteur. Des acteurs qui font preuve de justesse afin de réussir à développer la bonne émotion au moment opportun. Une justesse d’interprétation de la part de Jamie Foxx, Michael B. Jordan, Rafe Spall, Rob Morgan (absolument bouleversant) ou encore O’Shea Jackson Jr, mais également une justesse trouvée dans l’écriture des personnages afin de ne jamais sombrer dans un récit manichéen et moraliste décrétant avec vulgarité et généralité que le peuple blanc est raciste et le peuple noir opprimé. Destin Daniel Cretton évite cet écueil avec naturel grâce à un large et beau panel de personnages secondaires qui ne sont clairement, pas que de simple faire-valoir envers le protagoniste et son arc narratif. Ils font partie d’une société, qui vit et évolue de par elle-même. On n’en dira pas autant du personnage incarné par Brie Larson qui, malgré quelques beaux moments de partage avec le personnage principal, n’apporte rien à l’histoire mis à part : être physiquement présente. On ne dira pas qu’elle est uniquement présente pour remplir un quota. Ce qui n’est aucunement le cas, adaptation de personnages ayant réellement existé oblige, c’est sa non-utilisation qui fait ici défaut.

D’un film qui aurait pu être simpliste et peu entraînant, car consensuel et fade à cause du regard d’un réalisateur détaché de la cause qui porte le protagoniste, Just Mercy devient un film bouleversant grâce à cette même simplicité. Le regard d’un auteur, la sincérité d’un auteur qui transparaît à chaque plan grâce à une humilité qui se dégage dans la manière de filmer et de mettre en scène ses personnages. Aucun rapport de forces tant cette mise en scène, aucune confrontation à proprement parler, mais simplement une entre-aide mutuelle pour combattre l’injustice, le racisme et le négationnisme. Destin Daniel Cretton ne cherche à aucun moment à sombrer dans le pathos pour tirer la larme chez le spectateur, alors que les sujets tendent vers ça. Se servir de la bienveillance, du positivisme et de l’abnégation du protagoniste pour faire de Just Mercy un drame bouleversant, mais souriant. Un film porté par une énergie positive, un film qui donne le sourire et porte à croire que tout est possible si vous le voulez et faites tout pour que ça arrive. Un film qui fait du bien alors qu’il traite de sujets forts sans jamais renier la dureté âpre et cruelle des sujets en question. Vous en sortirez avec la gorge nouée, avec des moments forts en tête, mais également avec le sourire et l’esprit léger.

« Se dégage de cette sobriété formelle, une humilité et une bienveillance rare à l’égard de l’histoire et des personnages. »


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