Julieta (Critique l 2016) réalisé par Pedro Almodovar

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Synopsis : “Julieta s’apprête à quitter Madrid définitivement lorsqu’une rencontre fortuite avec Bea, l’amie d’enfance de sa fille Antía la pousse à changer ses projets. Bea lui apprend qu’elle a croisé Antía une semaine plus tôt. Julieta se met alors à nourrir l’espoir de retrouvailles avec sa fille qu’elle n’a pas vu depuis des années. Elle décide de lui écrire tout ce qu’elle a gardé secret depuis toujours.
Julieta parle du destin, de la culpabilité, de la lutte d’une mère pour survivre à l’incertitude, et de ce mystère insondable qui nous pousse à abandonner les êtres que nous aimons en les effaçant de notre vie comme s’ils n’avaient jamais existé.”

Il est compliqué d’écrire la critique d’un film d’un réalisateur qu’on admire. Il est difficile de trouver les mots justes pour ne pas dénaturer l’objet visionné sur grand écran… et surtout rester objectif. Pourtant, c’est là tout l’art du critique (si tant est que vus vouliez bien me prêter cette fonction). Julieta est le 20e film de Pedro Almodovar et je suis à la fois heureux de me retrouver en territoire connu, conquis d’avance par un réalisateur que j’affectionne particulièrement et en même temps inquiet d’être potentiellement déçu. Après des Amants passagers foutraques et délirants, où le propos de la crise espagnole était amené avec beaucoup de finesse, Pedro revient au drame et au portrait de femmes.

Julieta s’inscrit dans la continuité des Étreintes brisées et La Piel Que Habito : des films où le drame se joue à rebours pour mieux comprendre la situation de départ. Et si l’humour était assez présent, on rit peu avec Julieta (si ce n’est lors des passages ubuesques de Rossy de Palma à la choucroute improbable). Pedro adapte ici les nouvelles d’Alice Munro pour proposer un portrait de femme sur le fil. Un portrait d’une femme entourée de fantômes et de morts… où le suicide est la composante principale : suicide d’un homme, suicide d’un amour, suicide d’une famille. Aussi ce sentiment de tristesse permanent envahit le film et enveloppe le spectateur pour ne pas le quitter, laissant une sensation de profond vide à la sortie du cinéma.

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Si l’on retrouve la musicalité si particulière des dialogues composés par Almodovar, on retrouve Madrid comme point de cute d’une vie alors qu’elle était le départ de Tout sur ma Mère. En ce sens, un parallèle touchant peut être fait, car Manuela (interprétée par Cecilia Roth) perdait son fils et cherchait en tentant de retrouver son mari à combler un vide, ici Julieta cherche dans ce vide à combler : le moyen de retrouver sa fille qui a disparu de sa vie.

Par un jeu de lumière habile et très coloré, Pedro Almodovar crée l’ambiance nécessaire à la découverte du poids du fardeau  que porte Emma Suarez (sublime Julieta). En se confiant à nous, bien plus qu’à Antia, sa fille, elle cherche à comprendre ce qui dans son passé a provoqué sa fuite. Grâce au récit en flashback, on découvre la confession de Julieta jeune, éclatante Adriana Ugarte, qui ne comprend ni son père, ni son mari, ni sa vie. Et de cet état d’insatisfaction naît l’irréparable.

Et si le final en forme d’interrogation (Julieta pourra-t-elle renouer le dialogue avec Antia ?) nous laisse sur notre faim, le déroulement de l’histoire nous entraîne au bord du gouffre. Car Almodovar livre là le portrait d’une femme dépressive et obsédée par une seule question : “pourquoi sont-ils partis ?”


En Conclusion :

Bien qu’un cran en-dessous de Tout sur ma mère (à mon sens le chef-d’oeuvre de Pedro), Julieta n’est pas un film mineur dans la production du réalisateur ibérique. Il s’agit d’un film assagi, posé qui permet à Almodovar de faire le point sur son cinéma… une sorte de parenthèse pour mieux repartir vers les sommets après la réception critique désastreuse des Amants passagers. Ce portrait d’une mère, d’une femme au bord du vie et de la dépression, semble être le reflet du réalisateur à une époque de sa vie où la mort habite chaque plan. Dans ce drame, par moment austère, c’est l’absence qui est le cœur de l’histoire dont celle de l’humour, offrant cette saveur si particulière à Julieta incarnée par deux actrices impeccables.

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