Judy, le fabuleux destin de Renée Zellweger

Synopsis : « La légende du showbiz Judy Garland se rend à Londres pour présenter son spectacle à guichets fermés au cabaret Talk of the Town. Il y a déjà 30 ans qu’elle est devenue une vedette internationale pour son rôle dans Le magicien d’Oz. Si sa voix n’est plus ce qu’elle était, elle n’a rien perdu de son intensité dramatique. Alors qu’elle répète ses numéros, se querelle avec la direction, charme les musiciens et se remémore des souvenirs avec des amis, son esprit et sa chaleur transparaissent. »

Les lumières de la salle de cinéma s’allument, tu te repositionnes sur ton siège pour avoir fière allure parce que la position “je m’installe comme à la maison” ce n’est pas trop ça, et là, ton ami(e) se retourne vers toi et te pose la question fatidique…

Une fois n’est pas coutume le film dont il est question est un biopic. « Adapté d’un fait réel » ; « Libre adaptation d’un fait réel » ; « Biopic » ; « Inspiré par des personnes ayant réellement existé »… Fondamentalement, découvrir un film aussi original que créatif est aujourd’hui devenu quelque chose d’aussi rare que de voir un réel chef-d’œuvre. Peu de films 100% originaux, beaucoup de films qui puisent dans la réalité ou dans nos vidéothèques. On consomme de manière logique, facile et parfois même avec un certain plaisir, ce même cinéma qui éveille quelque chose en chacun d’entre nous. Rocketman en est le parfait exemple. Biopic musical dont la structure narrative repose sur un classicisme factuel, mais qui réussissait à nous gagner et nous enivrer grâce à une mise en scène pêchue et créative, ainsi qu’à une direction artistique absolument fabuleuse. Réussir à créer en cohérence avec le cœur du propos que cherche à déclamer le film (que ce soit un événement ou une personne), sans pour autant renouveler un genre. Un parmi tant d’autres, un qui va fondamentalement être rehaussé par le visionnage de nouveaux venus qui s’enfoncent volontairement dans une forme de classicisme aujourd’hui ringarde et pas intéressante.

Scénariste, réalisateur, mais également directeur de théâtre originaire de la ville de Londres au Royaume-Uni, Rupert Goold signe avec Judy un biopic conventionnel, enfargé par le simple fait qu’il raconte un pan de l’histoire. Le pan d’une personnalité publique et historique dont il ne sait se défaire afin d’aller au-delà de cette même personnalité publique. Tel que son titre le laisse présumer, Judy est un film qui se concentre sur la personnalité publique Judy Garland. Tel que son titre le laisse présager, il est exclusivement un film sur Judy Garland. Judy est prédominante, Judy est importante, Judy est de tous les plans, Judy mange l’écran. Si le film Judy réussit tant bien que mal à emporter et transporter le spectateur, c’est grâce à l’incarnation de l’actrice Renée Zellweger. Retour tonitruant sous le feu des projecteurs pour une actrice que l’on avait perdu de vue depuis le succès international de la trilogie Bridget Jones. Changement de registre, changements physiques pour une actrice qui se donne corps et âme dans un rôle qui pour elle, semblait être la dernière carte à jouer pour espérer redevenir quelqu’un. Ce qui permet à Judy de ne pas être qu’un simple biopic aussi consensuel qu’archétypal c’est l’omniprésence de ce double sens. Le film Judy nous présente une Judy Garland fatiguée, éreintée par la vie et dont la voix déraille.

Une chanteuse qui n’est plus, mais qui a toujours l’envie d’être et dont le charisme est resté intact suite à ces nombreuses années de silence. Une chanteuse qui ne peut se passer de la scène, de l’amour de son public. Une chanteuse incarnée avec force, courage et conviction par une actrice qui n’a plus peur et qui a elle aussi besoin d’être sous le feu des projecteurs. Renée Zellweger est la représentation même de Judy Garland à ce moment précis de la vie de cette dernière. L’actrice britannique donne absolument tout ce qu’elle a pour ce rôle. Donner du corps et une certaine forme de vérité en cette incarnation. On ne voit plus l’actrice, on ne voit que le personnage. Un personnage détestable. Hautaine et autoritaire, car fatiguée et sur le déclin, mais que l’on aime justement parce qu’elle est détestable. Qu’il est bon de découvrir et suivre un personnage qui a du cran, qui n’est pas simplement sur le déclin et recroquevillé sur elle-même. Elle a du caractère et le scénario le démontre avec assiduité, appuyant justement par la mise en scène sur ce fort caractère. Là est la subtilité scénaristique et de mise en scène qui permet au film Judy de ne pas être qu’un petit biopic consensuel.

Ce personnage, ce personnage authentique, détestable et naturel loin des archétypes hollywoodiens lisses et choyés par un scénario qui va leur permettre de se remettre en question afin de devenir une belle personne. Elle devient une belle personne au contact de celles et ceux qui l’entourent et qui persévèrent à l’aimer malgré tout. Des personnages secondaires essentiels, mais qui malheureusement n’ont pas la lumière nécessaire à cause d’un focus bien trop prédominant sur le personnage principal. En ne laissant pas la place aux autres, qui ne vivent ici que par procuration, Rupert Goold ampute une œuvre qui aurait pu être grande. Une œuvre qui aurait pu être la peinture d’un moment de la grande époque hollywoodienne, la peinture d’un moment de notre société, la peinture sans détour d’une famille détruite par l’égocentrisme d’une mère rongé par le business ou ne serait-ce qu’une œuvre à l’univers correctement établi afin de garantir l’immersion du spectateur. Plusieurs mois après son visionnement, ne demeure dans notre mémoire qu’une contre-plongée sur Judy Garland sous le feu des projecteurs, qu’un panel de plans sur Judy Garland, mais rien d’autre.

Judy, l’histoire d’un film sauvé par le choix de son actrice principale dont la carrière fait directement écho à ce que traverse le personnage qu’elle interprète. Une incarnation plus qu’une simple interprétation. Renée Zellweger est incroyable, une réelle force de la nature dans un rôle de composition parfait pour la saison des prix. Malheureusement, aux yeux du réalisateur et de son script, il n’y a qu’elle. Il n’y a aucune place pour les autres, pour celles et ceux qui vont l’aider, qui sont essentiels pour elle. Aucune place pour la création d’un univers, pour donner du cachet et un background à un film qui n’est finalement qu’une belle page Wikipédia remarquablement incarnée par son actrice principale. Judy n’en demeure pas moins un film joliment conçu, mais qui n’a aucunement cette once de créativité technique qui va lui permettre d’être autre chose qu’un biopic consensuel sauvé par son personnage principal.

« Fondamentalement académique, Judy est une Œuvre d’une sincérité palpable, qui trouve sa singularité dans une cinématographie resplendissante et un panel d’acteur.rice.s absolument brillant.e.s. »


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