John Wick: Chapter 3 – Parabellum, l’élégance au service de l’action et du plaisir

Synopsis : John Wick a transgressé une règle fondamentale : il a tué à l’intérieur même de l’Hôtel Continental. “Excommunié”, tous les services liés au Continental lui sont fermés et sa tête mise à prix. John se retrouve sans soutien, traqué par tous les plus dangereux tueurs du monde.


Les lumières de la salle de cinéma s’allument, tu te repositionnes sur ton siège pour avoir fière allure parce que la position “je m’installe comme à la maison” ce n’est pas trop ça, et là, ton ami(e) se retourne vers toi et te pose la question fatidique…

John Wick. John Wick c’est un style. John Wick c’est une élégance. John Wick c’est une manière de faire les choses. John Wick c’est la représentation de quelque chose auquel on s’est habitué avec le temps. Difficile aujourd’hui de le concevoir, mais ce qui était simplement connu et attendu de quelques aficionados en 2014, est aujourd’hui devenu une marque à part entière. Bien plus que le simple patronyme du personnage principal, John Wick c’est une marque et des attentes. Si Jurassic Park a ses dinosaures, John Wick a son black suit. Si John Wick premier du nom était un film intimiste aux chorégraphies impressionnantes, mais aux scènes d’action qui se limitaient à des environnements plus confinés pour plus de facilité à mettre en scène et à réaliser avec un budget serré, John Wick: Chapter 2 a définitivement lancé la machine. John Wick évolue dorénavant dans un univers qui possède ses propres règles. Un univers qui épisode après épisode, ne cesse de s’étendre, ne cesse de se développer, et ce, sur de nombreux points. De plus en plus de personnages secondaires, des décors qui deviennent des points névralgiques et une cohérence globale qui va permettre au cinéaste Chad Stahelski de s’en donner à cœur joie.

Tel que l’en attestent les titres (Chapter 2, Chapter 3…), ainsi que les génériques d’introductions des films en question, John Wick est une licence conçue à la manière d’une série télévisée. Les chapitres se suivent et s’enchaînent sans temps mort, apportant à chaque nouvel épisode de nouveaux personnages, de nouveaux lieux, ainsi que de nouveaux rebondissements afin que les personnages puissent continuer à évoluer tout en développant l’univers dans lequel ils vivent. Si le premier film s’émancipait d’une quelconque logique ou d’un quelconque univers régi par des lois, ne cherchant pas forcément à placer l’action dans notre société ou dans une société tierce, il en posait néanmoins les bases. Du Continental à la monnaie, en passant par le background aussi redouté que fantasmé du Babayaga, les bases d’une fondation qui est aujourd’hui devenue la Chapelle Sixtine de l’ancienne doublure cascade de Keanu Reeves (Chad Stahelski ndlr). Alors oui, ne me faites pas dire ce que je n’ai pas écrit. La franchise John Wick n’est pas un chef-d’oeuvre comparable à la Chapelle Sixtine, mais elle est la Chapelle Sixtine de Chad Stahelski. Cascadeur aujourd’hui également cinéaste, Chad Stahelski ne carbure pas uniquement à la vitamine B12. C’est un homme d’action, il aime le mouvement et il est un artiste du mouvement. Celui qui a dédié sa vie à l’action, lui rend fièrement hommage avec une saga dont chaque segment d’action est une chorégraphie artistique à part entière.

Aidé par ses équipes, Chad Stahelski a bâti avec John Wick un univers cohérent qui s’émancipe des règles de notre société tout en en conservant certains éléments et certaines pièces maîtresses, à commencer par le concept de vie et de mort. Par exemple, s’ils le voulaient, ils auraient pu nous faire croire qu’un homme comme John Wick pouvait mourir puis revenir à la vie. Un simple exemple de règles qui évidemment ne fonctionnerait pas dans le cas d’une licence comme celle-ci, car non-cohérente avec l’univers maintenant développé au travers de films. Si John Wick est une licence qui fonctionne et dont les scènes d’action fonctionnent, c’est avant tout grâce à la création de cet univers régi par ces propres règles (il n’y a pas de police, pas de tribunal…), ainsi que d’une réelle cohérence artistique. Il est un univers où les lumières sont vives, où la lumière de l’extérieure est bleue, où l’art moderne se confronte au baroque puis au gothique, où la musique classique va servir de nappe musicale à une séquence violente et où chaque personnage est d’une élégance incroyable (un soin immense apporté aux costumes de chaque personnage afin de le caractériser sans avoir à le faire par le dialogue ou quelques plans qui casseraient le rythme de l’action). Pris un à un et indépendamment les uns des autres, chaque élément ne fonctionnerait pas dans un autre film (régie par ses propres règles), mais ici ils forment un tout cohérent parce que l’on nous a fait comprendre que c’était normal.

Alors oui, que l’on parle de John Wick, de John Wick: Chapter 2 ou encore de John Wick: Chapter 3 – Parabellum, il n’y a aucun film qui va faire frémir le spectateur grâce à son histoire. Les films sont prévisibles, certaines séquences sont téléphonées et ils reposent sur des structures narratives aussi classiques que manichéennes. Néanmoins, ce ne sont pas pour autant des films aux scénarios ridicules ou navrants. Chacun apporte sa pierre à la construction d’un édifice. Développement d’un univers et des lois qui le régisse, de personnages principaux comme secondaires ou encore de décors dont le Continental véritable cœur de cet univers qui s’étend au-delà des frontières américaines avec cet épisode. John Wick n’est pas une saga à la dramaturgie exacerbée qui va poser des problématiques sur notre société, c’est un bac à sable, mais un bac à sable maîtrisé et qui, grâce à sa cohérence artistique et à la création pièce par pièce de son univers, permet au réalisateur d’enchaîner les scènes d’action sans perdre la moindre seconde. Là est fondamentalement l’intérêt d’un bon film de combat : réussir à plonger le spectateur dans un univers où il va prendre plaisir à regarder des scènes d’action sans se dire à chaque instant “c’est surréaliste”.

Au-delà de ça, subsiste les scènes d’action en elles-mêmes et que dire… En cette époque où le surdécoupage est encore beaucoup trop exploité et où les cinéastes et chorégraphes ne semblent avoir rien appris des films mis en scènes par Gareth Evans, John Wick: Chapter 3 – Parabellum se hisse fièrement en tant porte étendard du cinéma d’action. Cascadeur depuis ses débuts dans le cinéma, doublure de Keanu Reeves pour la trilogie Matrix, mais également de Brandon Lee sur le tournage du malheureux The Crow pour ne citer que ces films, Chad Stahelski prouve qu’il faut pratiquer ou du moins avoir une bonne connaissance de l’art que l’on souhaite mettre en scène avant de passer à l’acte. Sans surprises et pour notre plus grand plaisir, John Wick: Chapter 3 – Parabellum est un enchaînement de chorégraphies d’une précision chirurgicale, de véritables ballets où les assaillants et victimes interagissent directement les uns avec les autres, créant un dynamisme et des séquences toutes plus belles les unes que les autres. De la maîtrise des chorégraphies, ainsi que du placement de la caméra afin d’avoir l’assaillant et la victime dans un même plan, va naître l’intensité et le dynamisme. D’une fluidité et d’une lisibilité remarquable, John Wick: Chapter 3 – Parabellum impressionne de bout en bout, nous captive et nous relâche qu’une fois le générique de fin lancé. Une maîtrise qui, une fois n’est pas coutume, prouve que le combat et les arts martiaux peuvent être un art aussi élégant et gracieux qu’un ballet ou une danse contemporaine. C’est intense, dynamique et brutal, car les chorégraphies le veulent, mais c’est avant tout d’une beauté et d’une élégance admirable.

Toujours plus, encore plus, on en veut plus. Si le premier film posait des bases ensuite développées et propulsées par un second opus qui osait davantage, ce troisième chapitre va au-delà des attentes. Tout en restant crédible, vis-à-vis de l’univers, le réalisateur et son équipe osent absolument tous et s’enfoncent dans le sériesque ubuesque des plus démesurées aussi jubilatoire qu’incroyable à regarder. Un épisode qui ose également l’humour et la dérision tel que c’était le cas dans le premier épisode. Se servir de l’aura du Babayaga afin de mettre en avant le respect envers ce dernier, d’assaillant fondamentalement là pour le tuer et empocher la prime. Ce qui donne lieu à quelques moments vraiment très drôles. Néanmoins, à trop en faire et à trop s’enfoncer dans la série b régressive et jubilatoire as fuck, le cinéaste ne viendrait pas lui-même à outrepasser, au travers de rebondissements scénaristiques, certaines règles mises en place film après film ? Ce sont ces mêmes choix qui nous laissent sur notre faim vis-à-vis de ce John Wick: Chapter 3 – Parabellum. Quelques “rebondissements” scénaristiques qui ne servent qu’à démontrer que, même s’il est le summum de la franchise en terme de cinématographie, de beauté dans les chorégraphies d’action et d’intensité, il n’est qu’un épisode de transition entre le chapitre 2 et les futurs films et séries télévisées. Là où on aurait peut-être davantage aimé que la saga s’achève sur cet épisode monstrueusement jubilatoire et d’une maîtrise cinématographique complètement débile. De la gestion des éclairages à la colorimétrie, en passant par le découpage, le montage et les mouvements de caméra. C’est d’une beauté édifiante, renforçant non sans soucis le plaisir du spectateur venu voir un homme (très bien épaulé) remettre les compteurs à zéro à l’aide de ses points et de tout ce qui peut servir d’armes. 


« Point culminant d’une saga d’action aussi jubilatoire dans sa cinématographie que dans sa frénésie des mouvements. »


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