J’irai où tu iras, Géraldine Nakache retrouve sa voix


Synopsis : « Vali et Mina sont deux sœurs que tout oppose, éloignées par les épreuves de la vie. L’une est chanteuse, rêveuse et émotive. L’autre est thérapeute, distante et rationnelle. Leur père aimant finit par trouver l’occasion rêvée pour les rassembler le temps d’un week-end et tenter de les réconcilier : Vali a décroché une audition à Paris et c’est Mina qui va devoir l’y emmener malgré son mépris pour la passion de sa sœur.
C’est une histoire de retrouvailles, une histoire d’amour entre deux sœurs, l’histoire d’une famille qui s’aime mais qui ne sait plus se le dire. »


Les lumières de la salle de cinéma s’allument, tu te repositionnes sur ton siège pour avoir fière allure parce que la position “je m’installe comme à la maison” ce n’est pas trop ça, et là, ton ami(e) se retourne vers toi et te pose la question fatidique…

Voici le premier film en solo de Géraldine Nakache. Pour J’irai où tu iras, elle se sépare d’Hervé Mimran, parti de son côté, réaliser Un homme pressé avec Fabrice Luchini en 2018. C’est peu de dire que ce film est très attendu : le public souhaite retrouver la jeune femme qui avait signé Tout ce qui brille, cette petite merveille cinématographique, portrait de la jeunesse qui vit au-delà du périphérique parisien et rêve de ces lumières qui brillent au risque de se brûler les ailes. Comédie satirique et réaliste, les deux réalisateurs avaient marqué durablement les esprits avec un cinéma sensible et vraie qui ne sombrait pas dans le pathos ou l’apitoiement de certains films de “banlieue”.

Puis ce fut au tour du second long, toujours cosigné avec Hervé Mimran. Si Nous York prenait le contre-pied total de Tout ce qui brille, les deux réalisateurs se sont rendus compte que le virage étaient trop abrupt. Le spleen continu de l’histoire engloutissait le public dans un état de déprime tel que l’échec du film est a posteriori logique. Surtout, le scénario n’osait pas aller au bout de ses idées et les personnages n’étaient que des esquisses de ce qu’ils auraient dû être : la ville américaine les révélant pleinement pour leur permettre d’aboutir leurs rêves. Le point fort était Baptiste Lecaplain dont le jeu était bridé pour ne pas lui permettre d’assumer ce qu’il ressentait au plus profond de lui et que pouvait enfin lui permettre et lui offrir une ville comme New York, où tout est censé être possible.

Après cet échec, les compères se sont faits discrets derrière la caméra. Retour à la case départ donc pour Géraldine Nakache mais en solo cette fois. Et même si elle demande à Leïla Bekthi de l’accompagner de nouveau, la force du duo se trouve augmentée cette fois d’une idée brillante : les deux actrices ne sont plus des amies mais des sœurs… fâchées mais des sœurs tout de même. On pense alors à Romane Bohringer et Elsa Zylberstein dans Mina Tannenbaum. Si ces deux jeunes femmes se sont éloignées, c’est parce que la mort d’une mère est venue créer une barrière invisible. Quand Vali (jouée par Géraldine Nakache) s’est réfugiée dans le chant pour s’ouvrir de nouvelles voies, Mina interprétée par Leïla Bekhti est devenue art thérapeute pour soigner les maux des autres. Pourtant, à la faveur d’un père drôle, touchant et omniprésent, les deux sœurs vont être obligées de se revoir et se parler… Vali doit passer les auditions finales pour accomplir son rêve : devenir choriste de Céline Dion, sauf que cette fois, son père ne l’accompagnera pas… Il entre en chimiothérapie sans le lui dire et il met dans la confidence Mina pour qu’elle gère sa sœur.

Sur le modèle des opposés s’attirent, la réalisatrice construit son road-movie autour de la personnalité de deux femmes aussi différentes et opposées que sont le jour et la nuit. Si l’une est chanteuse, choriste et rêve de paillettes, hilarante Géraldine Nakache, l’autre est dévouée et se dédie entièrement à ses patients pour combler un vide mais s’enferme seule chez elle. Vali est extravertie quand Mina est plus sur la réserve. Pourtant elle ont deux points communs : elles sont aussi paumée en amour l’une que l’autre et feraient tout pour leur père. Dans ce rôle, Patrick Timsit endosse la carapace du farceur, de l’homme toujours souriant pour mieux préserver ses filles. Avec douceur et une retenue contenue, il pose les bases d’un possible rapprochement entre les deux jeunes femmes. Et si l’une est dans le secret de la chimiothérapie et de la maladie qui couve, l’autre est protégée pour réussir cet ultime étape pour accomplir le rêve de sa vie.

Voici notre duo magique et enchantée sur les routes de France pour aller dans la capitale et approcher le rêve : être dans l’ombre de Céline Dion, au moment où René est au plus mal. En se servant de la mort du mari et manager de la star québécoise, Géraldine Nakache offre au scénario le rebondissement inattendu : les deux sœurs seront obligées de rester ensemble puisque l’audition finale est reportée de deux jours. Dans cette galerie d’artistes en devenir, la réalisatrice a su trouver des gueules de cinéma, tour à tour pathétique, looser magnifique, l’actrice-réalisatrice nous réussit pourtant à nous les faire aimer car leur interprétation sonne vraie. Ce sont d’un seul coup toutes les galères d’un acteur pour décrocher son audition qui apparaissent sur l’écran : le stress, l’envie, la joie, la peur d’échouer…

Au milieu de cet environnement particulier, un petit poisson va se débattre, Mila en sœur toujours prête à se moquer, sourde à tout cet univers qui se résume pour elle en un paradoxe : l’étrangeté de vouloir être choriste. En effet, le choriste est cette personne derrière, caché dans le noir, dans l’ombre de quelqu’un qui fait le métier dont on rêve. Alors le voyage en voiture sur fond d’échauffement vocal devient un moment épique, drôle et bien senti. Il révèle la personnalité des deux jeunes femmes et également une complicité qui unit les sœurs, prête à renaître. L’audition entraîne son moment de délire avec la découverte de ce monde à part, celui des fans dont le drame de la mort de René dans la vie de Céline Dion révèle que la vie d’une star pour ces choristes annule tout ce qui les entoure. Le drame d’une star est plus fort que les drames intimes et personnels qu’ils pourraient rencontrer. Leïla Bekhti interprète à la perfection cette femme qui par amour pour son père va accepter que la mort d’une personne inconnue pour elle puisse avoir un impact dans la vie de sa sœur… avec certaines limites pourtant car les digues du secret pourraient bien céder sous le poids de la cohabitation avec les choristes.

La partie hébergement de toute cette bande d’allumés au centre de laquelle illumine une Pascale Arbillot dépassée et à côté de la plaque, en manque de famille, est hilarante. Dans ce petit monde à huis clos, les personnalités se révèlent, les mesquineries apparaissent au grand jour tout comme les traîtrises. Peut-être qu’alors la vérité pourra enfin émerger pour permettre à Vali de comprendre la vacuité de son existence à courir après une chimère, devenir choriste de Céline Dion, quand autour d’elle, son véritable univers pourrait s’effondrer. Si on pourra reprocher la scène de mariage un brin longuette et en décalage totale avec le tempo de l’histoire, sa conclusion sera pourtant nécessaire pour mieux comprendre ce qui a éloigné les deux héroïnes. Avec douceur, Géraldine Nakache aborde la question dans ce film la question de l’amour des siens : jusqu’où peut-on aller par amour pour eux ? Sans doute jusqu’au bout de leurs rêves et ce, quel qu’en soit le prix. Et c’est ce que va tenter de faire Leïla Bekhti, même si… En abordant la famille, les concessions faites pour l’autre ou encore le phénomène de l’éphémère d’être une star, Géraldine Nakache dessine en filigrane le portrait d’une actrice qui remet tout à plat et se livre sous nos yeux pour nous demander de l’aimer à nouveau et de lui faire confiance. Avec sa famille dysfonctionnelle, le public n’aura qu’une seule envie, vouloir renouveler tout l’amour que l’on a pour l’actrice et vouloir (re)découvrir le travail de la réalisatrice et de son cinéma.

Avec une humilité retrouvée et une simplicité désarmante, l’actrice-réalisatrice réussit le pari de proposer une histoire toujours émouvante, jamais larmoyante, souvent drôle et constamment magique. Géraldine Nakache reprend le flambeau du film familial épuré avec juste ce qu’il faut de bons sentiments pour prendre le spectateur par la main et l’emmener dans un univers où la découverte de l’autre crée enfin l’étincelle de bonheur. Incroyablement rythmé, le film n’est jamais mièvre, il est aussi rehaussé par les chansons et le joli filet de voix de Géraldine Nakache. En y ajoutant, l’envoûtante bande originale signée par la chanteuse Camille, une merveille, le film alors gagne en profondeur. J’irai où tu iras est une belle surprise. Ce premier film en solo laisse entrevoir tout ce que la réalisatrice peut encore livrer et délivrer : un cinéma familial et social qui fait du bien tout en interrogeant ses héros sur leur rapport à l’autre et leur propre égoïsme au détriment du bonheur de celles et ceux qui nous entourent. Avec cette histoire, Géraldine Nakache nous touche de nouveau en plein cœur : bravo !


« Avec douceur, Géraldine Nakache aborde la question dans ce film la question de l’amour des siens : jusqu’où peut-on aller par amour pour eux ? Sans doute jusqu’au bout de leurs rêves et ce, quel qu’en soit le prix. »


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