Jeune Juliette, l’adolescence québécoise à la sauce Hugues


Synopsis : « Juliette est effrontée, malicieuse, un peu grosse et menteuse. Elle n’est pas vraiment populaire au collège, mais c’est pas grave : c’est tous des cons ! Juliette a 14 ans et elle croit en ses rêves. Pourtant, les dernières semaines de cours se montreront très agitées et vont bousculer ses certitudes sur l’amour, l’amitié et la famille… »


Les lumières de la salle de cinéma s’allument, tu te repositionnes sur ton siège pour avoir fière allure parce que la position “je m’installe comme à la maison” ce n’est pas trop ça, et là, ton ami(e) se retourne vers toi et te pose la question fatidique…

Pour qui ne connaît pas Anne Émond, découvrir Jeune Juliette sera un véritable petit bonheur. Malgré une carrière débutée il y a plus de 20 ans déjà, la réalisatrice québécoise débarque chez nous pour la première fois et nous offre une véritable sucrerie de cinéma. Une chronique adolescente où tous les codes de la comédie américaine sont présent mais avec ce petit supplément d’âme que l’on retrouve chez John Hugues.

Pourquoi comparer avec John Hugues ? Le grain de l’image rappelle les années 1980 dont Breakfast Club dirigé par ledit réalisateur donc. En choisissant de filmer en 35mm et non en numérique, Anne Émond recrée ce cinéma de l’adolescence où tout est possible : les premières amours, les espoirs, les échecs, les premières déceptions, les ruptures qui font mal et surtout la découverte de ce que l’on est, qui l’on est et qui l’on aime. On appelle cela : le coming-of-age story ou passage de l’adolescence à l’âge adulte.

Bien entendu, la Jeune Juliette est encore dans le secondaire et c’est son grand-frère qui va partir en université mais son intelligence, sa force de caractère et son énergie montrent une jeune femme prête à conquérir le monde malgré les coups qu’elle ne va cesser de prendre. Anne Émond peint le portrait d’une jeune adolescente en surpoids. Elle est entourée d’un frère et d’un père aimant mais elle est moquée dans son bahut et n’est épaulée que par une amie fidèle et sincère. Pourtant Juliette traverse les mots et les maux de l’adolescence en portant fière allure et toujours en restant digne. Son intelligence est ce qui lui permet de comprendre comment évoluer et passer au travers de cette période tellement ingrate.

Par sa justesse de ton, Anne Émond livre quelques morceaux de son adolescence. Par sa simplicité et son humour, la réalisatrice parle à tout le monde. Chaque situation vécue par Juliette, son frère, sa meilleure amie, le petit nouveau différent à accompagner auront des résonances chez chaque spectateur. Il en va de même avec les petites hypocrisies et crasses que se font les élèves entre eux comme les soirées où l’on n’est pas invité, les séances de sport insupportables et ces moments où seuls les profs croient en vous. Il faut le reconnaître, ce sentiment scolaire est commun à tous les adolescents : le scénario, bien que situé au Canada, est transposable en France. La force de Jeune Juliette est de réussir à créer un univers intemporel pour faire de cette tranche de vie adolescente, une histoire universelle.

Ainsi tout est étudié avec une précision millimétrée pour ne pas dater le récit : les téléphones portables sont présents mais les jeunes ne communiquent pas entre eux par SMS. Les ordinateurs fonctionnent avec le net mais on a parfois l’impression qu’ils sont datés des premiers balbutiements du web. La communication entre parents et ados est toujours difficile : comme il est compliqué de tout dire à son père quand on est une jeune fille consciente de sa différence.

La différence justement évoquée par l’intermédiaire du personnage d’Arnaud, jeune surdoué atteint du syndrome d’Asperger, que joue avec beaucoup d’humour le jeune Gabriel Baudet… c’est lors d’une confrontation avec la mère du jeune garçon que Juliette comprend que si elle n’est pas touchée par une maladie alors elle est ordinaire, “normale” (comme je déteste ce mot mais il apparaît clairement en filigrane dans la bouche de Maud, la mère d’Arnaud). Pourtant elle connaît cette différence : Juliette est en surpoids, obèse et victime des railleries… mais comme ce n’est pas une maladie et que c’est de son fait, pourquoi oserait-elle se plaindre ? Après tout, elle peut faire régime.

Film sur l’acceptation de soi, Jeune Juliette raconte aussi la force qu’il faut pour tenir face aux coups durs de l’adolescence, au moment où le corps change, où tout devient plus compliqué, où des choix se dessinent pour marquer l’entrée dans l’âge adulte. Qui aimer ? Qui suivre ? Qui sera le modèle ? Pourquoi les parents ne nous comprennent pas ? Même si pour cette dernière phrase, Juliette et son amie Léane ont une chance inouïe : une mère trop cool pour la seconde et un père aimant, bien plus malin qu’il n’y paraît pour l’héroïne.

Enfin la réussite de l’histoire tient grâce au casting impeccable. Au premier rang duquel, on découvre Alexane Jamieson. Véritable révélation, véritable force et héroïne indispensable pour représenter cette jeune fille qui construit son chemin, traverse la vie et l’école avec sensibilité et humour pour afficher le portrait d’une adolescente bien dans sa peau, un peu affabulatrice (mais n’y a-t-il pas “fabuleux” dans affabulatrice ?) et terriblement attachante. Pour l’épauler, la meilleure amie ultime est portée avec une douceur non feinte par Léanne Désilets. Une fois réunies, ce duo devient “bitchy” au possible pour le plus grand bonheur du spectateur. Les hommes ne sont pas en reste : si Antoine Desrochers n’est qu’une caricature de beau gosse dont rêvent les jeunes filles adolescentes, Christophe Levac en grand frère protecteur et Robin Aubert en père généreux et attentif sont les deux points d’ancrage de la Jeune Juliette. En dirigeant sa petite troupe avec sincérité, justesse et simplicité, Anne Émond réussit le pari de renouveler le film pour ados en s’adressant à tout le monde. Un véritable bonheur… et forcément une envie de découvrir tout le cinéma de la réalisatrice. Une œuvre plus mature et épatante, voire troublante et déstabilisante. En clair, le travail d’une femme affranchie des cases dans lesquelles on pourrait la placer comme sa Jeune Juliette !


« En dirigeant sa petite troupe avec sincérité, justesse et simplicité, Anne Émond réussit le pari de renouveler le film pour ados en s’adressant à tout le monde. »


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