#Jesuislà, reconnexion avec le réel


Synopsis : « Stéphane mène une vie paisible au Pays Basque entre ses deux fils, aujourd’hui adultes, son ex-femme et son métier de chef cuisinier. Le petit frisson dont chacun rêve, il le trouve sur les réseaux sociaux où il échange au quotidien avec Soo, une jeune sud-coréenne. Sur un coup de tête, il décide de s’envoler pour la Corée dans l’espoir de la rencontrer. Dès son arrivée à l’aéroport de Séoul, un nouveau monde s’ouvre à lui… »


Les lumières de la salle de cinéma s’allument, tu te repositionnes sur ton siège pour avoir fière allure parce que la position “je m’installe comme à la maison” ce n’est pas trop ça, et là, ton ami(e) se retourne vers toi et te pose la question fatidique…

On attendait beaucoup de retrouvailles du duo qui nous a offert la comédie sentimentale drôle, décalée, délirante et humaine : Prête-moi ta main (2006). Retrouver Éric Lartigau et Alan Chabat pour une nouvelle comédie romantique où les réseaux sociaux sont au centre du jeu a quelque chose d’excitant. Depuis Vous avez un mess@ge avec Meg Ryan et Tom Hanks, les réseaux sociaux ont pris une place importante dans nos vies. Ils ont donné le meilleur du cinéma (Her de Spike Jonze ou encore Hard Candy de David Slade) ou le pire (les sagas avec smartphones pour terrifier les ados).

Pour cette comédie, Éric Lartigau place Alain Chabat dans le rôle de Stéphane, chef cuisinier, père de deux grands garçons qui mène une existence paisible avec son petit resto mais pourtant il lui manque un petit quelque chose. Alors comme pour beaucoup, ce petit quelque chose, il le trouve sur les réseaux sociaux avec une inconnue Soo, jeune sud-coréenne. D’échanges de photos en petit like, la passion grandit entre eux au point que suite à un incident, Stéphane décide sur un coup de tête de partir en Corée du Sud admirer les cerisiers en fleurs et surtout rencontrer Soo.

Le film se découpe en trois parties : la première dans le restaurant de Stéphane, la seconde dans l’attente de Soo à l’aéroport d’Incheon et la dernière dans la reconnexion avec le monde réel (pour ne rien dévoiler de l’intrigue finale). Coincé dans une vie sans doute trop paisible où le personnage incarné par Alain Chabat tourne en rond, on comprend vite que les réseaux sociaux sont l’échappatoire à la vie morose et mélancolique. Une vie où ce restaurateur semble déconnecté du monde qui l’entoure. Même s’il adore ses deux fils, il se rend compte qu’il ne comprend pas Ludo (joué par Jules Sagot) qui vient de se marier et qu’il semble loin de David (Ilian Bergala) pourtant cuisinier sur ses traces.

Stéphane ne semble heureux que lorsqu’il s’évade via les réseaux sociaux en Corée du Sud. À la suite d’un message qu’il prend comme une invitation pour découvrir les cerisiers, il part sur un coup de tête en Corée du Sud. Débute la seconde partie de l’histoire où Stéphane attend Soo dans l’aéroport. Un véritable microcosme s’ouvre à lui… dans l’espoir de voir apparaître sa dulcinée. Dans l’attente, il fait des rencontres et se frotte au choc des cultures. En Corée du Sud, personne ne lui parle, ne fait le pas vers lui. Même quand il engage la conversation, les échanges sont toujours limités. Pourtant il attend, il espère que Soo va arriver et comble son fil Instagram de photos et de rencontres dans l’aéroport pour lui signaler et lui signifier sa présence en mentionnant sans arrêt le fameux hashtag : #Jesuislà.

Là où le film devient malin, c’est que le réalisateur prend par la main le spectateur pour le mener dans un monde exceptionnel. Cet aéroport est une ville à lui seul et on peut tout y faire (le spa ou le cinéma offrent les distractions nécessaires). En l’entraînant avec lui, il permet la création d’un univers où le monde vibre avec Stéphane dans l’attente qu’il retrouve enfin Soo. De rencontres en hashtag, le réalisateur montre l’importance des réseaux sociaux dans nos vies qui ne rendent compte que d’une vie à 100 000 lieues de la réalité.

Sans jamais être une attaque contre les réseaux sociaux, Éric Lartigau insiste sur le fait que la photo postée n’est pas révélatrice de la réalité. Elle enjolive le monde qui nous entoure et raconte le merveilleux de la personne qui la poste, comme un écho au monde réel qui n’a plus sa place face au virtuel devenu nécessaire. Tout le monde se cache derrière son écran au risque de ne plus aller vers l’autre, ne plus comprendre l’autre mais surtout se perdre soi-même.

#Jesuislà raconte l’histoire d’un homme qui apprend à se reconnecter avec lui-même et surtout avec ses fils qu’il n’a finalement pas vu grandir. Le scénario laisse une part belle à l’émotion quand enfin Stéphane se décide à quitter l’aéroport. Sans doute est-ce là, le véritable reproche que l’on peut faire au film : le temps d’attente du personnage principal devient une trop longue attente pour le spectateur. Ce dernier a très vite compris depuis le moment où Stéphane a quitté la France que ce dernier a la possibilité de rencontrer Soo en allant là où elle travaille : il a la photo de la tour de son bureau, mais cette reconnexion avec le réel lui prend du temps, sans doute un peu trop, au point de créer une légère lassitude.

Cependant, Alain Chabat livre le meilleur de lui-même en Français espérant l’amour et incarnant le nouveau héros des réseaux sociaux : très vite remarqué, très vite photographié pour le mettre sur son propre fil Instagrame et au final, complètement isolé. Ce n’est que lorsque Stéphane comprend qu’il doit quitter la protection du cocon de l’aéroport que l’histoire se relance pour nous permettre de découvrir Soo… et surtout répondre à la question : existe-t-elle réellement ? Durant la première partie, même si Doona Bae est présente dans les photos et un échange par Skype, elle apparaît aussi telle une silhouette fantomatique dans le brouillard qui entoure Stéphane dans la montage, dans les espoirs qu’il porte vers une réelle rencontre… en choisissant la star sud-coréenne découverte en France grâce aux sœurs Wachowski dans Sense8, Éric Lartigau ajoute au mystère.

Alors pendant l’attente, le spectateur se demande la raison pour laquelle Soo n’est pas venue au rendez-vous. La raison pour laquelle elle a manqué ce Français qui a fait un si long voyage pour découvrir ce qu’elle voulait qu’il voit : les cerisiers en fleur. A-t-elle eu un accident ? Est-elle un mirage ? Est-ce une autre personne qui a pris une identité pour se cacher sur les réseaux sociaux ? En effet, l’histoire se base sur un fait divers d’un Suédois venu en Chine à la recherche d’une Chinoise rencontrée sur internet mais qui n’existait pas.

Dans la dernière partie du film, Éric Lartigau et Thomas Bidegain, le co-scénariste, réaffirment l’importance de l’iceberg des photos sur les réseaux sociaux. Elles ne montrent que 10% d’une réalité quand les 90% restant sont cachés. Cet iceberg est illustré par la notion de l’implicite énoncé par le concept coréen du “nunchi” : cette capacité d’écouter et décoder les émotions de l’autre sans qu’il ne les formule. Alain Chabat se frotte à cette réalité du nunchi et lui permet de s’apercevoir qu’il ne connaît pas Soo… que les réseaux sociaux ne racontent que ceux qu’ils veulent bien raconter et dévoiler… Sans être une charge contre notre monde ultraconnecté, Éric Lartigau raconte surtout l’histoire d’une redécouverte : celle du monde réel et de l’autre à côté de nous.

Si une profonde mélancolie court durant le film, laissant la spectateur un peu sonné en sortant de la salle, le film comporte aussi de réels moments de comédie. Il y a des moments très drôles comme lorsque le personnage incarné par Alain Chabat découvre un film sud-coréen où le doublage est très particulier et rappelle un peu Les Nuls (voilà pour la petite madeleine de Proust). Ou encore lors de ses échanges avec Suzanne incarnée par Blanche Gardin toujours à côté de la plaque. Et puis il y a la vie dans l’aéroport même s’il est dommage de voir que le temps passé dans ce lieu occupe une place trop grande par rapport au véritable sujet lui-même : la recherche de son moi intérieur…

L’histoire se situe en Corée du Sud mais pourrait se dérouler dans n’importe quelle grande capitale mondiale où la solitude est plus forte que la rencontre avec l’autre. En revanche, sans Alain Chabat, cette histoire n’aurait pas la même saveur. Ancré dans l’imaginaire collectif, il devient ce Français amoureux à qui l’on souhaite le meilleur, avec qui l’on tremble aussi (Soo est-elle réelle ? Vivante ? Garce finalement ?) et dont on aimerait qu’il soit de notre famille… car la force de #Jesuislà est de reconnecter la famille entre elles offrant les plus belles scènes finales du film.

Sans jamais critiquer les réseaux sociaux mais en nous permettant de prendre conscience que l’inconnu est finalement parfois à côté de nous et non à des milliers de kilomètres, Éric Lartigau signe une comédie universelle sur la solitude moderne provoquée par le tout connecté. De la simple quête d’un homme amoureux, Éric Lartigau nous offre un voyage vers cet étranger que l’on connaît peu : nous-même. #Jesuislà nous permet de nous poser pour reprendre enfin le temps de se reconnecter avec soi !

« Sans être une charge contre notre monde ultraconnecté, Éric Lartigau raconte surtout l’histoire d’une redécouverte : celle du monde réel et de l’autre à côté de nous. »


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