Jason Bourne (Critique | 2016) réalisé par Paul Greengrass

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Synopsis : “La traque de Jason Bourne par les services secrets américains se poursuit. Des îles Canaries à Londres en passant par Las Vegas…”

En 2004, Paul Greengrass et sa façon de faire plus que particulière (shaky-cam on parle de toi), donnaient un nouveau souffle à ce qui allait devenir la saga Jason Bourne. Adapté du roman éponyme écrit par Robert Ludlum et publié en 1980, La Mémoire dans la Peau avait fait sensation à sa sortie en salles. Réalisé par Doug Liman, ce film d’action sur fond d’espionnage avait engrangé un peu plus de 214 millions de dollars de recettes à l’international pour un budget estimé à 60 millions. Un joli succès pour un film au casting fait d’acteurs habitués aux seconds rôles, peu populaires (même si connus des cinéphiles pour certains) et au scénario mettant en avant un seul et unique personnage/acteur. Un personnage qui va chercher des réponses à ses questions, traquer son histoire et devenir par la suite iconique, offrant à son interprète une tout autre renommée. Mis à part un rôle de petit jeune débrouillard ayant des envies d’aventure en intégrant la bande de Mr. Ocean dans le film réalisé par Steven Soderberg, avant d’incarner Jason Bourne, Matt Damon n’avait pas encore touché au cinéma d’action. Du drame avec Will Hunting, de la comédie avec Dogma et même du cinéma de guerre avec Il Faut Sauver le Soldat Ryan. Malheureusement dans ce dernier, le fameux Ryan c’était lui. C’est le rôle de Jason Bourne qui va permettre à Matt Damon de se révéler d’une nouvelle manière et d’offrir à sa carrière le rôle iconique qui va lui ouvrir de nouvelles portes. Presque dix ans après la fin de la magnifique trilogie dédiée au personnage, Matt Damon est de retour dans un nouvel opus qu’on ne saurait caractériser. Jason Bourne, puisque c’est son titre, est bel et bien une suite à la trilogie initiale, mais ne serait-ce pas un reboot caché après une tentative ratée de reboot avec Jeremy Renner dans le rôle-titre ?

Jason Bourne est une marque. Une marque connue de tous même si ce n’est pas avec cette dernière que le studio Universal Pictures va engranger le milliard de dollars de recettes. Faire revenir Bourne c’est sortir du garage une formule un, quelque peu poussiéreuse, mais avec l’intime conviction que celle-ci va réussir à fracasser la concurrence avec le retour tant espéré du duo que les fans de la franchise attendaient tous de revoir : le duo Damon/Greengrass. Cependant, malgré le retour du duo une ombre plane au-dessus de ce Jason Bourne. L’ombre d’un quatrième film qui c’est accaparé un titre qu’il n’aurait jamais dû : Jason Bourne L’HéritageJason Bourne L’Héritage, où le sous-titre du quatrième opus de la saga littéraire écrite par Robert Ludlum aussi nommée La Peur dans la Peau. Suite à sa disparition des radars après les aventures de La Vengeance dans la Peau, David Webb est devenu professeur d’université et coule des jours paisibles, mais va être contraint d’endosser de nouveau le costume de celui qu’il souhaitait oublier : Jason Bourne. Absolument aucun rapport avec le film réalisé par Tony Gilroy alors qu’il en porte le titre. Le film cherchait exclusivement à surfer sur la vague Bourne (utilisant des termes comme Treadstone simplement pour faire des allusions à la trilogie initiale et sans chercher à aller plus en profondeur) et à engranger de l’argent facilement, tout en portant un titre à double sens : reboot et (fausse) adaptation du livre. Pour faire revenir Jason Bourne il fallait donc faire table rase de ce passé tout en contentant les fans. Oublier les livres, oublier ce quatrième livre au titre évocateur d’un reboot raté et revenir aux sources tout en laissant croire qu’il se pourrait que ce nouveau long-métrage soit le début d’autre chose.

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The Bourne Identity, Supremacy et Ultimatum ont toujours été des films d’action avant d’être des films d’espionnages. Des films d’action aux cascades spectaculaires, aux rythmes effrénés avec toujours cette envie première d’être très terre-à-terre. Une envie qui passe majoritairement par cette shaky-cam omniprésente et immersive, se rapprochant du cinéma d’investigation. L’on envoie le spectateur sur le terrain avec les personnages. Grâce à des scénarios bien menés et à une action bien construite prenant le temps, via un ou plusieurs plans, de justifier chaque action réalisée par un personnage, Paul Greengrass a toujours réussi à ne pas céder aux sirènes du surréalisme moderne. La Vengeance dans la Peau lorgnait vers ce surréalisme à la James Bond sans pour autant franchir le cap. Jason Bourne progresse dans cette lancée cherchant le spectaculaire au travers d’une grandiloquence brutale, mais réaliste. Réalisé intégralement à la caméra épaule, la fameuse shaky-cam qui a fait les grands jours de Paul Greengrass fait ici un come-back fracassant. Les plans sont courts, les mouvements omniprésents, mais grâce à une échelle de cadres variable qui ne fait pas dans la redondance des plans rapprochés cherchant uniquement à créer du dynamisme, ainsi qu’à un remarquable travail de montage, l’on obtient des scènes d’actions nerveuses, intenses et aux rythmes frénétiques. Jason Bourne c’est trois séquences d’action principales, trois séquences de haute volée remarquablement étudiées et construites reliées une à une par une histoire prétexte.

Contrairement aux trois premiers opus adapté des livres de Robert Ludlum et scénarisé par Tony Gilroy, Jason Bourne dispose d’un scénario écrit par Paul Greengrass, ainsi que Christopher Rousse. Christopher Rousse qui n’est autre que le monteur attitré de Paul Greengrass depuis 2004 et le film La Mort dans La Peau. C’est à ce dernier que l’on doit la frénésie et le dynamisme des films de la saga Bourne. Il réussit à sublimer une réalisation qui en tant normale paraîtrait illisible et nauséeuse à cause de ses nombreux mouvements. C’est ne pas surprenant de retrouver un film qui, en comparaison avec ses aînés, n’a aucune originalité. Sans surprises et prévisible à cause de ressorts scénaristiques déjà usés par le passé, Jason Bourne ne dispose pas d’une histoire exemplaire. Une histoire qui tient la route, mais faite d’incohérences et de raccourcis scénaristique afin de mettre l’action au premier plan. On reconnaîtra l’intelligence et la force des scénaristes, non pas au travers de l’histoire du film à proprement parler, mais bien par le biais de la construction des scènes d’action. De l’amorce au dénouement, les scènes sont remarquablement construites, utilisant avec intelligence leur environnement respectif (soulèvement du peuple, attroupement à une convention…) afin de nourrir et d’intensifier l’action. Ce qui va également permettre au scénario de survoler et uniquement de survoler, certaines thématiques, majoritairement politiques. Multipliant les points de vue afin de rendre cette action plus complète, lisible et immersive, le script n’en oublie jamais son point de vue principal, à savoir celui de Jason Bourne. Les scénaristes connaissent le personnage, connaissent son histoire, savent le mettre en valeur et rien que par la mise en scène, Paul Greengrass réussi à donner du corps à un Bourne aux répliques minimalistes. Une histoire prétexte afin de donner une cohérence à l’enchaînement des scènes d’action qui se suffisent à elle-même et qui, par la force de la mise en scène de Paul Greengrass, réussissent à nourrir le récit et à développer les différents personnages. Personnages stéréotypés et aux agissements prévisibles, mais qui suffisent amplement à faire vivre l’action, à lui donner la force nécessaire. Les prestations de Tommy Lee Jones, Alicia Vikander et Vincent Cassel ne marqueront pas le cinéma, mais donnent un certain cachet au film. Il ne faut pas se leurrer, de telles têtes d’affiches sont également présentes pour démontrer que l’accent est mis sur l’action, sur ces mêmes têtes d’affiche et non sur l’histoire du film, qui va être mise dans l’ombre le plus possible.


En Conclusion :

Oui, Jason Bourne est un film opportuniste. Opportuniste, car aucun nouveau film n’était nécessaire suite à une trilogie qui ne comptait pas de chefs-d’œuvre, mais composée de trois films complémentaires offrant à la fois des scènes d’action brutales et un scénario digne de l’excellent roman d’espionnage dont ils s’inspiraient. Jason Bourne n’est plus ce qu’il était, mais il est toujours. Il est un film d’action survitaminé, brutal et nerveux aux scènes d’action bien construite garantissant une immersion implacable aux spectateurs. Des séquences d’action qui nous en mettent plein la vue, à défaut de pouvoir plonger le spectateur dans une nouvelle aventure d’espionnage. L’espionnage est mis au placard, développant à la place les séquences d’action agrémenter d’une infiltration beaucoup plus présente et travaillée. Des moments d’infiltrations servant d’amorce et de mise en place pour les diverses scènes d’actions. Porté par un duo (réalisateur/monteur) qui fait toujours les grandes heures du cinéma d’action, ainsi qu’un Matt Damon dopé à l’adrénaline, ce Jason Bourne nous offre les plus beaux moments d’action de cet été 2016, pour ne pas dire de cette année 2016 avare en divertissements efficaces et solides.

[usr 3.5]


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