J’ai Perdu Mon Corps, l’animation à fleur de peau


Synopsis : « A Paris, Naoufel tombe amoureux de Gabrielle. Un peu plus loin dans la ville, une main coupée s’échappe d’un labo, bien décidée à retrouver son corps. S’engage alors une cavale vertigineuse à travers la ville, semée d’embûches et des souvenirs de sa vie jusqu’au terrible accident. Naoufel, la main, Gabrielle, tous trois retrouveront, d’une façon poétique et inattendue, le fil de leur histoire… »


Les lumières de la salle de cinéma s’allument, tu te repositionnes sur ton siège pour avoir fière allure parce que la position “je m’installe comme à la maison” ce n’est pas trop ça, et là, ton ami(e) se retourne vers toi et te pose la question fatidique…

Un film d’animation français est toujours une petite révolution. Notre pays est à la pointe de l’animation et elle réussit à se retrouver fréquemment dans la course aux Oscars. Avec J’ai perdu mon corps, Jérémy Clapin entre de plein pieds dans la cour des grands et remet les pendules à l’heure avec l’animation internationale. Le film permet au réalisateur français de ressentir le meilleur de l’animation américaine comme lorsque les studios Pixar parlent au cœur et à l’âme. Et on retrouve aussi le meilleur de l’animation japonaise puisque ce film réussit à parler aux plus jeunes et aux plus grands tels les meilleurs chef-d’œuvres d’Hayao Miyazaki comme Le voyage de Chihiro.

Multiprimé à Cannes et Annecy, acclamé dans chaque festival où il est présenté, J’ai perdu mon corps mérite sa réputation de très joli film d’animation surprenant et terriblement attachant. Pourtant le sujet n’est pas des plus évidents : trois histoires emmêlées et qui par moment s’interrompent dont celle de cette main à la recherche de son propriétaire. Même si le spectateur sait de suite à qui appartient la main, c’est le parcours pour retourner auprès de son propriétaire qui est le plus intéressant à comprendre. Pourquoi tant d’acharnement, pourquoi affronter tous les dangers pour retrouver son corps et cette question lancinante : comment a-t-elle perdu son corps ?

La force du film est de permettre au spectateur d’être actif pendant la projection : le cerveau toujours en éveil, comprendre pourquoi, comment ? J’ai perdu mon corps a ce petit plus : mêler l’enquête à une histoire d’amour et familial tout en douceur. Jérémy Clapin réussit à passer d’un récit à l’autre grâce à une mouche omniprésente, ciment de toutes les aventures et du drame… avec une mélancolie omniprésente. Elle berce l’histoire d’une langueur idéale pour s’attacher à Naoufel : comprendre son enfance, son arrivée en France et l’histoire d’amour naissante avec Gabrielle, jeune femme dont la livraison de pizza ne se pas déroule pas comme prévu : la scène de l’interphone est magique.

L’enfance de Naoufel est heureuse entre prise de son, musique et éveil par la découverte, ce bonheur prend au cœur et divertit mais le drame couve. Un drame dont la résolution est distillée par petites touches. Alors pendant ce temps, on s’attache à Naoufel vivant chez un oncle absent et un cousin obnubilé par le sexe. Des opposés qui pousseront Naoufel à faire autre chose et à aller vers la rencontre, à prendre un chemin différent que celui prévu. Le film est ce grand cri contre le destin et le sort qui peut s’acharner. Et si à un moment, il était possible de dévier du chemin tracé : “dribbler le destin, tout faire pour éviter qu’il nous rattrape, foncer tête baissée et croiser les doigts”. Ces mots forts résonnent parce que Naoufel a déjà connu la mort, celle de ses parents, et veut vivre mieux et plus vite, plus fort, plus grand… une histoire de survie en quelque sorte.

En adaptant le livre de Guillaume Laurant, scénariste fétiche de Jean-Pierre Jeunet, on lui doit Amélie Poulain et l’adaptation incroyable d’Un long dimanche de fiançailles, Jérémy Clapin réussit le tour de force de raconter une histoire dont les bases sont identiques mais en modifiant certains passages avec l’accord de l’auteur. Et de fait, Happy Hand, le titre du livre, est moins sombre. En démarrant de cette main qui part à la recherche de son corps, le réalisateur propose d’installer d’emblée une poésie plus présente que dans le livre où la rivalité entre les cousins ou encore la vengeance prenait toute la place. Et malgré les similitudes certaines, c’est une autre histoire qui s’écrira sous les yeux du lecteur du roman. Plus de légèreté par moment, plus de tension aussi et une envie réelle de comprendre pourquoi cette main tient tellement à retrouver son corps.

Avec une poésie non feinte, un trait précis dans le dessin, Jérémy Clapin réussit un premier film d’animation magnifique de puissance sur le destin et l’envie de le déjouer. Soutenu par la musique envoûtante et planante de Dan Levy (membre fondateur du groupe The Dø), J’ai perdu mon corps est une histoire adulte, réfléchie, incroyable et aboutie. Elle révèle un réalisateur de talent dont on attend désormais le prochain projet, avec une certaine impatience.


« Avec une poésie non feinte, un trait précis dans le dessin, Jérémy Clapin réussit un premier film d’animation magnifique de puissance sur le destin et l’envie de le déjouer. »


Avertissement : des scènes, des propos ou des images peuvent heurter la sensibilité des spectateurs.

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