Invisible Man, la relecture brillante d’un monstre mythique

Synopsis : « Cecilia Kass est en couple avec un brillant et riche scientifique. Ne supportant plus son comportement violent et tyrannique, elle prend la fuite une nuit et se réfugie auprès de sa sœur, leur ami d’enfance et sa fille adolescente. Mais quand l’homme se suicide en laissant à Cecilia une part importante de son immense fortune, celle-ci commence à se demander s’il est réellement mort. Tandis qu’une série de coïncidences inquiétantes menace la vie des êtres qu’elle aime, Cecilia cherche désespérément à prouver qu’elle est traquée par un homme que nul ne peut voir. Peu à peu, elle a le sentiment que sa raison vacille… »


Les lumières de la salle de cinéma s’allument, tu te repositionnes sur ton siège pour avoir fière allure parce que la position “je m’installe comme à la maison” ce n’est pas trop ça, et là, ton ami(e) se retourne vers toi et te pose la question fatidique…

Seulement un peu plus d’un an après sa très bonne Série B high-Tech Upgrade, le cinéaste Leigh Whannell s’empare de la figure de l’Homme Invisible, l’un des monstres phares des productions de la Hammer, aux côtés de DraculaFrankenstein et Cie. Un mythe déjà sujet à plusieurs adaptations, du classique de James Whale (1933) au Hollow Man de Paul Verhoeven (2000), en passant par toutes les variations qu’a connues le personnage, pour le meilleur et pour le pire. L’annonce d’une nouvelle adaptation estampillée Blumhouse Productions pouvait présager le pire comme le meilleur. Ce bon vieux Jason Blum est capable de produire des œuvres de cinéma de genre ambitieuses avec de véritables auteurs à la barre, tels que Jordan Peele et ses excellents Get Out (2017) et Us (2019), de réussir la résurrection d’un auteur oublié tel que M. Night Shyamalan avec le triple succès public et critique de The Visit (2015), Split (2017) et Glass (2019). Mais paradoxalement, Blumhouse est également capable de nous pondre des productions variant entre le nanar et le navet pour remplir les fonds de caisses de sa société de production, à l’image du récent Nightmare Island, sorti quelques semaines avant ce Invisible Man, probablement la pire production du studio à ce jour. En clair, Invisible Man s’annonçait comme un projet double tranchant. 

Puis, il y a le nom d’un cinéaste prometteur, Leigh Whannell, scénariste des films de James Wan (la saga Insidious (2010), Saw (2004)), qui rassure. Ayant fait ses débuts par la réalisation d’Insidious : Chapitre 3 (2015), le cinéaste avait créé la surprise avec son deuxième long-métrage, Upgrade (2018), une série B de SF High-Tech nerveuse et violente, déjà produite par Blumhouse, dans laquelle Leigh Whannell faisait preuve d’une certaine maîtrise dans ses scènes d’actions. Les premières images de cette relecture moderne de l’Homme Invisible intriguaient par sa note d’intention, celle d’épouser le point de vue de la victime, Cecillia (Elisabeth Moss), une jeune femme persécutée par son ex-compagnon, violent et légèrement sociopathe. Présumé mort, la jeune femme ressent pourtant sa présence invisible auprès d’elle. On aurait pu craindre une simple relecture à l’heure du mouvement #MeToo, mais Invisible Man s’avère bien plus subtil et profond qu’il n’y paraît. 

Dès les premières minutes du long-métrage, Leigh Whannell donne le ton à travers une scène d’introduction angoissante à souhait, où l’on retrouve l’esthétique épuré de son Upgrade, dans les murs d’une maison High-Tech quasi Hitchcockienne. Cette esthétique de l’épure à la fois élégante et étouffante, annonce la couleur du long-métrage. Des mouvements de caméra panoramiques très sobres aux plans-séquences qui laisse durer le plan fixe quand la caméra n’est pas en mouvement ou qu’elle ne filme pas l’action, Leigh Whannell crée l’angoisse en jouant sur l’attente du spectateur, instaurant un sentiment malaisant en filmant un couloir vide. Des trouvailles visuelles avec lesquelles Leigh Whannell cultive de purs moments d’angoisse, brillamment mis en scène, où l’absence devient une source d’angoisse omniprésente dans le long-métrage, Invisible Man possédant son lot de scènes marquantes. À la différence des précédentes adaptations qui jouaient avec la matière pour révéler la présence de son personnage, l’Homme Invisible de Leigh Whannell est totalement invisible, à quelques exceptions près. Le cinéaste s’empare du célèbre mythe pour le transformer en la métaphore d’un trauma, l’angoisse d’une femme persécutée pendant des années par un homme violent dont elle continue à sentir et craindre la présence, même après la mort de ce dernier. Mort auquel elle ne croit pas. Invisible Man s’émancipe de son statut de petite Série B maligne pour devenir à la fois un thriller psychologique intelligent, retorse et diablement efficace, et aussi un drame intimiste où le cinéaste laisse se déployer le talent de son actrice auquel il voue une confiance aveugle. Elisabeth Moss crève littéralement la toile dans chaque plan, une performance à la fois physique et émotionnelle qui impressionne. La mise en scène précise et réfléchie du cinéaste et les émotions de son actrice se combinent parfaitement pour faire éprouver au spectateur la lente descente dans la folie de son personnage féminin. 

Après une première partie où le cinéaste signe un brillant thriller psychologique d’une grande maîtrise où s’enchaine les scènes d’anthologies, Leigh Whannell délaisse légèrement le drame intimiste de son héroïne pour opérer un revirement dans sa deuxième partie, où le film verse dans la pure Série B nerveuse et violente, où l’on retrouve l’esthétique SF High-Tech futuriste et les scènes d’actions sophistiquées de son Upgrade. Un basculement pas déplaisant, tout aussi maîtrisé mais légèrement brutal. Une deuxième partie où une héroïne fragile et persécutée reprend le dessus sur son monstre, devenant un personnage féminin fort, badass, faisant face à sa hantise dans un climax violent et jouissif, mais auquel il manque peut-être la subtilité que cultive le cinéaste sur la première heure et demie du long-métrage. Un défaut mineur, tant le cinéaste fait preuve d’une grande maîtrise dès son troisième film. Leigh Whannell tient sans aucun doute son talent de sa collaboration avec le génial James Wan, issu de la bonne école horrifique. Après la surprise Upgrade, le cinéaste confirme avec Invisible Man son statut de jeune auteur prometteur au sein de l’écurie Blumhouse, aux côtés d’un Jordan Peele qui en est sans aucun doute l’étendard. On est donc très impatient de voir ce que Leigh Whannell nous réserve pour la suite. 


« Leigh Whannell revisite brillamment la figure de l’Homme Invisible de façon moderne et actuelle. Sous ses airs de petite Série B maligne et efficace, Invisible Man s’avère être un thriller psychologique d’une intelligence redoutable, portée par la performance démentielle d’Elisabeth Moss. » 

Ce film est interdit aux moins de 12 ans.

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