Indian Horse réalisé par Stephen S. Campanelli [Sortie de Séance Cinéma]


Synopsis : “ Follows the life of Canadian First Nations boy, Saul Indian Horse, as he survives residential school and life amongst the racism of the 1970s. A talented hockey player, Saul must find his own path as he battles sterotypes and alcoholism. ”

Les lumières de la salle de cinéma s’allument, tu te repositionnes sur ton siège pour avoir fière allure parce que la position “je m’installe comme à la maison” ce n’est pas trop ça, et là, ton ami(e) se retourne vers toi et te pose la question fatidique…

Juillet 2015 (novembre 2015 en Direct to DVD pour la France), sortait sur les écrans nord-américains le film d’action Momentum avec au casting Olga Kurylenko, James Purefoy et Morgan Freeman. Casting plutôt attrayant pour un long métrage finalement bien moins intéressant qu’on aurait pu le penser. Confus, brouillon à cause d’un montage et d’un découpage anarchique… Momentum ne nous aura malheureusement uniquement marqués à cause de sa médiocrité et par quelques idées de mise en scène pas inintéressantes tout de même. On généralise volontairement, puisque comme toute bonne production qui se respecte, tout n’était pas à jeter dans cette première réalisation signée Stephen S. Campanelli. Inconnu du grand public, tout comme des cinéphiles, mais connu des puristes, amateurs de technique et techniciens de profession. Réalisateur depuis peu, mais présent dans le monde du cinéma depuis plus trente ans maintenant. Cadreur de profession, Stephen S. Campanelli c’est notamment illustré en tant que camera operator et/ou steadycam operator de films comme Timecop, Twister, The Thin Red Line (équipe de Los Angeles), Romeo Must Die ou encore tous les longs-métrages réalisés par Clint Eastwood depuis Space Cowboys en 2000. Un cadreur de renom avec une filmographie aussi éclectique qu’impressionnante. Pas étonnant de le voir à la tête du projet Indian Horses, produit par un certain… Clint Eastwood.

“Par le prisme d’un seul homme, ce sont les l’histoires de tous les autochtones victimes de violences physiques et verbales qui sont racontés.”


Film à la dimension politique évidente, Indian Horse est une œuvre cinématographique immanquable pour celui qui aime aller au cinéma et souhaite en découvrir un peu plus sur l’histoire du Canada et de ses premières nations. Par le prisme d’un seul homme, Saul Indian Horse, c’est l’histoire de tous les hommes et femmes des Premières Nations qui sont racontés. Aussi nommés Indiens et Amérindiens, le terme Premières Nations représente les peuples autochtones canadiens autres que les Inuits et les Métis. On parle par exemple de Native Americans concernant les peuples autochtones américains. S’ils étaient les premiers habitants du territoire, ils ont été parqués par le gouvernement fédéral. Les descendants des premiers habitants du territoire et non de ceux qui y ont émigré durant les colonisations. Forcément moins cultivés que ceux qui sont arrivés avec les ressources ou qui se sont approprié des ressources, les autochtones ont été par la force des choses dépassés par une évolution exponentielle de la société environnante. Des êtres humains persécutés, violentés et insultés parce que de cultures et de couleurs de peaux différentes. Un passé qui ne semble fondamentalement pas si lointain que cela, pour ne pas dire toujours autant d’actualité. À l’inverse du cinéma patriotique que prône Clint Eastwood, l’intention du film Indian Horse est de dénoncer un racisme et un jugement effectué à l’encontre de descendants d’un peuple auxquels on a collé une image. Ici, l’image caricaturale de l’indien rendue célèbre grâce au cinéma et au genre du western. Une image dégradante pour ces personnes, puisque jamais montrées lors de l’âge d’or du western américain, comme des êtres humains nuancés tel l’homme blanc pouvait être montré. Une manipulation de l’image réelle pour glorifier l’homme blanc, qui a été subi de plein fouet par tous ces peuples. Et si l’histoire du film se déroule au milieu du XXe siècle, le rapprochement avec les ségrégations raciales et autres formes de racismes encore présentes aujourd’hui, est évident.

Développer un message noble et humain, tout en racontant un pan réel de notre histoire. Ne serait-ce que pour cet aspect éducatif, Indian Horse est un long-métrage dont le visionnage est nécessaire. Néanmoins, si le contexte et l’aspect historique du scénario sont intéressants, la forme l’est bien moins. Un récit qui s’étale sur plusieurs décennies afin de montrer aux spectateurs l’évolution d’un protagoniste au sein d’une société, dont le regard envers lui, n’évolue pas. S’il est purement fictionnel, Indian Horse pourrait être un biopic ou l’adaptation de la biographie d’un descendant d’un peuple autochtone. Un scénario linéaire et académique qui ne va changer ou jouer sur différents points de vues. Un parti pris scénaristique louable et qui permet au film de conserver une certaine cohérence tout en étant très accessible, mais qui ouvre la porte à tous les défauts inhérents à un tel parti pris. Certains moments de vie passés sous silence alors qu’ils auraient mérités d’être développés contrairement à d’autres peu utiles et inintéressants; des personnages secondaires réduits au simple rang de faire-valoir; un potentiel d’attachement émotionnel réduit à son minimum syndical…

Difficile, voir impossible de résumer trente à quarante ans d’histoire, ne serait-ce que d’une personne, sans devoir faire d’énormes concessions qui pourraient amputer le film. Concessions qui en l’occurrence, l’amputent de toute implication émotionnelle de la part du spectateur envers un ou plusieurs personnages qui font vivre l’histoire. Et ce, malgré la belle performance des trois acteurs qui incarnent le même personnage, mais à trois moments de vie différents (enfant, adolescent et adulte). Une structure narrative qui ne convainc pas donc pas à cause de son académisme, mais un film sauvé par son contexte historique et son aspect éducatif. Techniquement parlant, le cinéaste Stephen S. Campanelli soigne ses cadres avec un parti pris d’éclairage qui cherche à amplifier les sources naturelles ou artificielles. Il recherche la source de lumière ou l’ombre afin de faire de belles images dont certaines sortiront du lot grâce à leurs significations (symboliques ou créées par la mise en scène) au-delà de leurs beautés plastiques. Rien d’extraordinaire, d’extravagant ou de désagréable, une imagerie simplement belle et de qualité pour illustrer un aspect de notre société qui ne l’est pas autant. Un beau film, un film fort de par son propos, mais qui malheureusement est entaché par un récit bien trop riche et ambitieux pour un film d’à peine deux heures, pour réussir à développer correctement les thématiques abordées, tout en donnant un intérêt à tous les personnages qui méritent que l’on s’attarde et que l’on s’attache à eux.


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