If Beale Street Could Talk réalisé par Barry Jenkins [Sortie de Séance Cinéma]

Synopsis : « Harlem, dans les années 70. Tish et Fonny s’aiment depuis toujours et envisagent de se marier. Alors qu’ils s’apprêtent à avoir un enfant, le jeune homme, victime d’une erreur judiciaire, est arrêté et incarcéré. Avec l’aide de sa famille, Tish s’engage dans un combat acharné pour prouver l’innocence de Fonny et le faire libérer… »

Réalisateur qui a débuté sa carrière il y a plus de dix ans maintenant, Barry Jenkins est essentiellement reconnu pour son travail depuis 2016. 2016, puis le début de l’année 2017, avec le sacrement du film Moonlight dans autant de cérémonies dédiées au cinéma qu’il puisse en exister. Un cinéaste aujourd’hui reconnu par ses confrères grâce à un film reconnu par la presse, mais également le public. Immense succès, et pas seulement d’estime, en Europe, mais également aux Etats-Unis pour un film qui sur le papier n’a fondamentalement rien pour attirer les foules. Rien… c’est ce que l’on aurait pu croire, parce que finalement Moonlight c’est avant tout une décharge émotionnelle arrivée à point nommée. 2016 aura été l’année où femmes et hommes se sont réveillés communément avec cette envie de changer les choses. Racisme, sexisme… se battre pour que l’égalité et la liberté de chacun soit respecté. Qu’on l’aime ou qu’on ne l’aime pas (ce qui est mon cas), on ne peut que reconnaître la force du propos émis par le film. Un propos qui ne peut que toucher un minimum chacun d’entre nous grâce à une sensibilité. Cette sensibilité qui n’est autre que celle de son réalisateur : Barry Jenkins.

Si Moonlight avait en son temps réussi à trouver son public et à émouvoir une grande partie d’entre eux, ce n’était peut-être finalement que la partie émergée d’un auteur au talent insoupçonnable. S’il respecte les codes du cinéma (règle des 360…), ce qui fait fondamentalement la force d’un cinéaste comme Barry Jenkins est sa manière d’aller puiser la force émotionnelle en chacune des situations qu’il va mettre en scène. Il est ce metteur en scène qui donne l’impression de se questionner sans cesse à la recherche de la source émotionnelle de la séquence. C’est de la poésie visuelle et tel un véritable auteur de cinéma, chaque plan, chaque séquence va être l’occasion de faire transparaître une émotion. Lors du visionnement de Moonlight, on avait la sensation que le cinéaste ne trouvait pas toujours la bonne manière d’aller chercher l’émotion qu’il souhaitait faire transparaître à l’image à chaque instant. De ne pas toujours savoir comment montrer le meilleur de chacun.e des acteur.rice.s. Comme un coup d’essai, qui lui permet aujourd’hui d’atteindre le coup de maître. Une poésie visuelle d’une douceur inqualifiable en surface, mais d’une brutalité viscérale et affreuse dans les tripes.

Adaptation cinématographique du roman éponyme écrit par James Baldwin, Barry Jenkins trouve en ce roman les mots parfaits afin de bâtir une romance qui l’est tout autant. If Beale Street Could Talk part d’un postulat extrêmement simple. C’est un moment de vie. Une histoire qui n’a rien d’exceptionnelle sur le papier, mais qui va permettre en au cinéaste de raconter le combat sur plusieurs fronts d’une jeunesse à laquelle on a enlevé toute possibilité de vivre la vie qu’ils désirent. Entre les mains de n’importe quel autre réalisateur, If Beale Street Could Talk aurait été un drame touchant, peut-être insipide ou excellent, mais très certainement aucunement créatif ou mémorable. Barry Jenkins n’est pas magicien, et s’il réussit à faire ce que d’autres n’auraient pas pu faire tel que, c’est grâce à sa propre sensibilité qu’il met à contribution dans la création du film. Choisir le bon acteur, choisir la bonne actrice, les mettre en lumière de manière à ce qu’ils paraissent beaux à l’image et que leurs yeux puissent parler. Aller à l’essentiel et suivre le regard du ou des personnages, héros de séquence. Qu’il soit dirigé vers la caméra, vers un autre personnage ou dans le vide, le regard en dit bien plus sur l’état émotionnel des personnages, que bien des lignes de dialogues.

Les mots, magnifiques, sont ceux de James Baldwin, mais la manière de capter une étincelle de joie, de tendresse, d’affection ou de peur dans le regard de chacun.e des acteur.rice provient de la sensibilité du réalisateur Barry Jenkins. À l’heure où les metteurs en scène choisissent la carte de l’expressivité parfois outrancière, afin de heurter le spectateur et de montrer le désespoir d’un personnage, le réalisateur américain choisit donc la carte de la douceur. Il démontre avec force et fermeté qu’un simple regard caméra (sous entendant que l’objectif de la caméra n’est pas plus le spectateur que la femme qu’il aime dans le cadre d’un champ/contre champ) peut tout autant, voire davantage bouleverser qu’un cri de détresse. Avec ce dispositif à la simplicité, mais surtout à la subtilité, radicale, le cinéaste développe devant l’œil attentif du spectateur, un panel de personnages constamment dignes face à l’adversité et à l’apprêté de ce qu’on leur fait vivre. Une douceur, un véritable bonbon de tendresse en surface grâce à une photographie somptueuse et une direction artistique riche en couleurs toutes plus belles et moins agressives les unes que les autres (toujours choisies pour créer une atmosphère agréable et bienveillante), mais d’une brutalité interne. Les personnages ont mal, souffre et vivent des moments d’une difficulté extrême, mais conservent le sourire, restent droit et dignes pour montrer que rien ne pourra atteindre leurs joies de vivre.

Il va être question d’un plan, d’une ligne de dialogue ou d’une déclaration, mais quelque chose vous restera en mémoire suite au visionnage du film. If Beale Street Could Talk est un film hors normes tant il fait nous fait du bien. D’une beauté visuelle incroyable, Barry Jenkins et son équipe technique stylisent chacun des plans dans le but de sublimer ses interprètes. Mettre en valeur des interprètes d’exception afin que chaque émotion soit perceptible sans que ne le moindre son n’ai à sortir de leurs bouches. Une mise en image radieuse et bienveillante des mots d’un ouvrage dont l’auteur n’aurait pas pu rêver mieux. Sublimé par la nappe musicale envoûtante composée par Nicholas Britell, If Beale Street Could Talk est un de ses films dont on pourrait parler longtemps, mais on en reviendrait toujours au même qualificatif : merveilleux. 

Si Beale Street Pouvait Parler, au cinéma dès le 30 Janvier 2019 en France

« Barry Jenkins assume son statut d’auteur de cinéma en faisant honneur aux mots de James Baldwin. Doux en surface, mais brutal en son fort intérieur. Merveilleux. »


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