Hustlers (Queens), Jennifer Lopez et Constance Wu braquent Hollywood avec élégance

Synopsis : « Des stripteaseuses se lient d’amitié et décident de conjuguer leurs talents pour arnaquer et prendre leur revanche sur leurs riches clients de Wall Street. Leur plan fonctionne à merveille, mais argent et vie facile les poussent à prendre de plus en plus de risques… »


Les lumières de la salle de cinéma s’allument, tu te repositionnes sur ton siège pour avoir fière allure parce que la position “je m’installe comme à la maison” ce n’est pas trop ça, et là, ton ami(e) se retourne vers toi et te pose la question fatidique…

Il y a des films qui, sur le papier, ne nous envoient absolument aucuns signaux pour que l’on y prête attention. Ces derniers temps ce sont, dans mon cas, majoritairement des blockbuster dont les budgets dépassent allègrement les 50 millions de dollars. Très sincèrement, en cette année 2019 je ne retiens que le blockbuster auteuriste signé Quentin Tarantino (Once Upon A Time in… Hollywood ndlr) pour film qui m’a marqué et dont le budget dépasse les 100 millions de dollars. Le cinéma populaire s’avère de moins en moins convaincant, de moins en moins perspicace et provocant. Provoquant dans le sens de provoquer le spectateur, le pousser à sortir de ses gonds face à une œuvre qui ose et qui n’a pas peur de ne pas plonger tête la première dans le conventionnalisme ou le sensationnalisme à deux balles. L’on peut également être un film d’auteur au budget dérisoire et faire une œuvre lambda, bien faite, mais qui ne provoquera rien mis à part un ennui formel. Fort heureusement, l’on généralise et il existe -de nombreuses- œuvres qui nous surprennent. Des œuvres qui sur le papier n’ont rien d’aguichant, mais qui, une fois la première frame apparue, s’avèrent dégager une envie de bien faire et/ou une originalité qui fait plaisir à voir. Si originalité et créativité ne vont pas être maîtres mots de cet article, Hustlers est bel et bien un film qui nous a bousculés. Écrit et réalisé par Lorene Scafaria, Hustlers est de ces films vendus sur son casting. Un casting entièrement féminin dont l’actrice principale n’est, pour moi en tout cas, pas un gage de qualité sur le papier. Content de m’être trompé. Puisque oui Hustlers est un film de braquage peu commun qui peut aisément prétendre au titre de divertissement le plus engagé sur le plan humain et social de l’année 2019.

Penser cinéma social, c’est penser à des cinéastes éminemment auteuristes à l’image d’un certain Ken Loach, véritable maître en la matière. Qu’on le veuille ou non, chaque œuvre est politique. Que le cinéaste l’ai voulu ou non, une fois visible par tous et toutes, l’œuvre est offerte à la libre interprétation de chaque spectateur et spectatrice. Que l’on soit de droite, de gauche ou extrémiste, l’on verra en chaque œuvre un personnage, en un parti pris scénaristique ou de mise en scène, un message politique qui ira dans le sens de notre propre conviction politique ou non. Ce qui influera, ou non, sur notre réception de l’œuvre. Néanmoins, il y a des films qui s’attaquent frontalement ou de manière détournée, à des sujets politiques et sociaux. Hustlers en est un. S’il opte pour le point de vue de femmes qui exerce le métier de stripteaseuse, c’est pour finalement mieux parler du climat économique désastreux causé par le krach boursier de Wall Street en 2008. Traité d’un sujet complexe qu’est un crash boursier, mais avec le point de vue d’un personnage dont la vie n’a fondamentalement aucun lien avec la bourse et Wall Street. Si effectivement les clients du club où elles officiaient étaient en partie des traders, ces derniers ne représentaient pas la totalité de la clientèle. Hustlers est un film malin puisqu’il réussit avec limpidité à se servir de cet exemple pour démontrer qu’un krach boursier a, et peut, influé sur le quotidien de millions de citoyen.ne.s américain.e.s, mais pas uniquement.

Grâce à une structure narrative qui alterne entre les époques tout en conservant comme point de vue principal celui d’une certaine Destiny, brillamment incarnée par l’actrice Constance Wu qui vole la vedette à Jennifer Lopez grâce à son interprétation et un personnage bien plus empathique et consistant, Hustlers réussit à constamment relancer l’intérêt d’un spectateur porté par l’effervescence de ce qui se déroule à l’image. Casser la linéarité de sa narration pour conserver  l’attention et basculer en une frame du tout au tout afin de démontrer que vous n’avez encore rien vu. La réalisatrice joue avec le spectateur, joue avec ses expectations et semble avoir parfaitement cerné son auditorat. Une mise en scène dynamique qui ne cesse de chercher à iconiser ses personnages. Les rendre belles, confiantes, mais jamais hautaines ou imbues d’elles-mêmes. De vraies femmes fortes qui possèdent néanmoins leurs fragilités respectives et une réelle humanité mise en scène grâce à de jolis moments de vie. Des moments qui ne feront pas avancer l’histoire, mais fondamentalement bien plus importants puisqu’ils vont donner du corps et une crédibilité aux personnages en question. De beaux moments qui permettent au film de changer de rythme et de ton, oublier le travail et l’effervescence aussi bien visuelle que sonore qu’il représente pour passer à un moment plus doux, plus drôle et plus convivial. Parce que oui, derrière cette bienveillance, cette sincérité et cette humanité inculquée par la metteuse en scène, Hustlers demeure un drame social qui lorgne sans vergogne sur le film de braquage pop et énervé. Un montage pêchu, une mise en scène dynamique, une gestion des éclairages qui va chercher les néons artificiels éclatants de la nuit et une bande originale pop qui enchaîne sans la moindre honte des titres de Usher, Flo Rida, The Bloody Beetroots, Janet Jackson et bien évidemment Britney Spears a qui a été réservée une place de choix. Un film qui se veut et se revendique pop, convivial, énergique et divertissant, mais qui a néanmoins du fond et réussi avec un panache déconcertant à allier les deux.

Panache, voilà un terme qui représente bien le sentiment imprégné en nous suite au visionnage de ce Hustlers. Au-delà de tout ce que l’on a pu déjà dire, il est également un film qui fait plaisir à voir. Œuvre écrite et réalisée par une femme, qui ne se contente pas de filmer avec respect et élégance les corps partiellement dénudés de ses actrices. Elle les sublime en permanence, les habille avec sa caméra, ainsi que par la gestion des éclairages. Toujours sensuel, jamais sexuel. Sublimer les corps par la mise en scène et une photographie qui ne cesse de chercher le cadre parfait afin de faire corréler intentions de jeu et recherche esthétique. Un découpage de très belle facture qui ne se contente pas du simple formatage conventionnel, mais cherche sans cesse à se renouveler en fonction des situations et des lieux. Aller chercher le cadre le plus intéressant afin de mettre en avant les personnages tels qu’ils se doivent de l’être à tel moment de l’histoire, tout en conservant la volonté de créer de belles images. Les échelles de cadre diffèrent d’une séquence à l’autre, le directrice de la photographie (Todd Banhazl a qui l’on devait déjà le très beau The Strange Ones) en joue et joue énormément avec le visuel afin de faire de Hustlers un réel divertissement visuellement aussi beau que maîtrisé et recherché. Encore une fois, l’alliance de deux mondes que sont celui du divertissement et du cinéma d’auteur.

Alors oui Hustlers demeure avant tout un divertissement (dans son rythme, sa manière d’utiliser la musique…) qui repose sur les bases cinématographiques du genre, mais en alignant les qualités cinématographiques tel qu’il le fait, il est un film qui prouve avant tout et surtout qu’il est encore possible de faire du divertissement intelligent tant dans son écriture que dans sa technique. Peut-être même bien plus intéressant que nombre films qui se caractérisent comme d’auteur, mais s’appuient sur des recettes éculées depuis bons nombres d’années. Pour une fois, croyez les beaux mots qui proviennent de festivals, ainsi que de la presse américaine. Hustlers est une très belle surprise et on en est les premiers ravis.


« Radicalement féministe, sans pour autant porter un jugement facile, hautain et généraliste envers l’homme, en plus d’être drôle. Le film de braquage sous un nouvel angle, incarné à la perfection par un casting badass as fuck porté par le duo Constance Wu/Jennifer Lopez. »


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