Hush – Pas un Bruit (Critique | 2016) réalisé par Mike Flanagan

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Synopsis : “Une écrivaine sourde qui s’est retirée au fond des bois pour vivre dans la solitude doit défendre sa vie en silence quand un tueur masqué apparaît à sa fenêtre.”

Fondée en 2004 par celui qu’on ne présente plus, Jason Blum, la société de production Blumhouse Productions s’est fait connaître à partir de 2009 avec le succès incommensurable du film Paranormal Activity. Pour rappel, Paranormal Activity est un film à concept, un film au budget dérisoire de 15.000$, qui a achevé sa course au box-office mondial avec 193.4 millions de dollars de recettes. Faites la soustraction vous allez en avoir la tête qui tourne. Ce n’est pas pour rien que la société de production a rapidement “perdu pied” en produisant des navets horrifiques dédiés au grand public. Cependant, si l’on devait faire la comparaison avec une autre maison de production, l’on choisirait EuropaCorp. Reconnue pour produire des franchises d’action toutes plus “nanardesques” les unes que les autres, derrière cette façade qui permet d’amasser de l’argent aisément, EuropaCorp est une société de production qui, de temps à autre, donne leurs chances à des films et cinéastes plus audacieux. The Homesman réalisé par Tommy Lee Jones, A Love You de Paul Lefèvre, Saint Laurent de Bertrand Bonello ou encore prochainement The Nice Guys nouvelle comédie d’action signée Shane Black. Des rentrées d’argent faciles en façade certes, mais pas que. À ce niveau, la société Blumhouse Production effectue exactement la même chose. Au-delà des Sinister, Insidious et autres Paranormal Activity, Blumhouse Productions a produit des films aux genres très disparates tels que LawlessStretch, Whiplash (eh oui même le tant acclamé WhiplashThe Visit, The Green Inferno, ainsi que le huis clos Hush. Des films tous différents les uns des autres, et qui, même si imparfaits, possèdent tous des qualités indéniables, chacun dans leur registre. Inconnu du grand public et dénué d’une sortie cinéma, Hush, renommé Pas un Bruit pour sa sortie française, est un huis clos qui mérite bien plus d’attention que 95% des films dit : “d’horreur”, qui sortent au cinéma.

Une maison isolée au cœur d’une forêt. Au son, simplement des bruits d’ambiance qui développent l’environnement sonore dans lequel vivent reclus les possibles habitants de cette maison. En un simple plan, avec un simple mouvement de caméra flottant partant du ciel avant de se refermer sur la vision de cette maison et de ce qui l’entoure, Mike Flanagan contextualise son film. Il pose les bases d’un film qui va miser essentiellement sur son ambiance, sur le manque volontaire de musiques afin d’amplifier cette sensation d’isolement vécue par non pas les, mais la seule habitante de la maison. Hush est un huis clos, ce qui signifie que l’intégralité du film va se dérouler dans un même environnement. En l’occurrence, la maison et la simple parcelle de terrain qui l’entoure. En se concentrant essentiellement sur cette maison, Mike Flanagan peut de cette manière se concentrer sur l’essentiel : l’ambiance. Réussir à immerger pleinement le spectateur au cœur de cet endroit isolé de tout et rendre attachante la protagoniste sont ses objectifs premiers. Ce qu’il fait aisément et en quelques petites minutes avec des plans très rapprochés sur le personnage qui effectue des actions anecdotiques, mais qui auront leur importance dans le déroulement des choses. Pour un film aussi minimaliste, chaque action réalisée par le personnage doit avoir un intérêt. Envoyer un message à quelqu’un, faire la cuisine, ou encore recevoir un appel, sont des actions d’une banalité extrême, mais qui vont permettre de développer la personnalité du personnage. Ce qui, de ce fait, va permettre un attachement plus rapide des spectateurs envers le personnage. Un lien qui va être créé de manière suffisait rapide afin de lancer les hostilités.

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Hush, est un huis clos minimaliste dans lequel deux personnages vont jouer au chat et à la souris. Une histoire simple, mais pas facile à rendre intéressante, puisque souvent convenue à cause d’un manque de renouvellement dans le genre. Mike Flanagan réussit à rendre son film intéressant et palpitant grâce à son minimalisme. Hush pourrait être un film d’étudiants. Un film réalisé avec du bon matériel certes, mais peu de moyens et en l’espace de quatre semaines de tournage. Utiliser le terme de film d’étudiants n’est pas péjoratif. Bien au contraire, un étudiant en cinéma va prendre soin de son film et va être soigneux, tant dans sa mise en scène, que dans ses cadres et dans la technique (lumière et son). Ce minimalisme et soin apporté à chaque élément qui contribue à la création d’une oeuvre cinématographique rend le film bien plus intéressant qu’il n’aurait pu l’être. Son histoire, même si prévisible dans les grandes lignes, happe le spectateur grâce à une mise en scène soignée. Véritable jeu du chat et de la souris pendant près d’une heure, Mike Flanagan réussit à ne pas tomber dans une redondance prévisible. Grâce à quelques éléments scénaristiques et avant tout à une ambiance soignée et maîtrisée de bout en bout, il réussit à maintenir en haleine. Même si classique dans son déroulement, le film ne perd pas ni le spectateur, ni de sa superbe jusqu’à son dernier plan.

Minutieux, tant dans ses cadres, que dans son imagerie qui ne repose pas essentiellement sur ce qui est visible dans le cadre, mais laisse également une place majeure au hors champ, permettant au spectateur de vivre les mêmes émotions et angoisses que la protagoniste, c’est par son traitement sonore que le long-métrage se trouve être épatant. Pour créer une bonne ambiance, le travail sur le son va s’avérer être primordial. L’absence de musiques va venir renforcer la sensation d’isolement, mais également le lien existant entre le spectateur et Maddie Young, écrivaine atteinte de surdité. Un handicap qui va devenir l’élément majeur du film et permettre au metteur en scène d’en jouer, tant dans sa mise en scène que dans sa technique. Un handicap qui va permettre au personnage de paraître encore plus touchant dans les moments d’émotions et encore plus fort dans les moments de stresse. De plus, cette surdité va permettre au film de sortir du carcan formé par les slashers movies et huis clos habituels. Les actions et réactions de la protagoniste atteint de surdité ne seront pas similaires à celles effectuées par des personnes non atteintes par ce handicap. Ce qui s’avère être très intéressant et formidablement bien retranscrit par la mise en scène de Mike Flanagan et par le jeu d’actrice de la non moins formidable et touchante Kate Siegel alias Maddie Young.


En Conclusion :

HushPas un Bruit est une superbe découverte. Un film qui ne marquera pas l’histoire du cinéma, mais qui grâce au travail minutieux opéré sur chacun des aspects qui forge une œuvre cinématographique, réussit à happer le spectateur. Un huis clos haletant et intense, à l’histoire convenue, mais au scénario malin grâce au travail opéré sur la caractérisation de la protagoniste. Techniquement abouti, sa direction artistique sombre à souhait et aux jeux de lumière suffisants, permettent au film de finaliser la création d’une ambiance créée avant tout par le travail sonore. Peu de musiques, simplement quelques rares musiques d’ambiance et un environnement sonore qui joue énormément sur le hors champ. Les sons se font rares, aidant encore une fois l’immersion du spectateur, l’oppression au sein de cette chasse à l’homme et la liaison avec la protagoniste atteinte de surdité. Une très belle surprise chaudement recommandée uniquement disponible sur Netflix depuis le 08 avril 2016.

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8 commentaires sur “Hush – Pas un Bruit (Critique | 2016) réalisé par Mike Flanagan

  1. Super article.
    J’ai passé un super moment devant ce film qui m’a tenu en haleine tout le long, enfin un bon thriller au scénario original et simple à la fois. Ca change vraiment des derniers films du même genre qui sont sortis dernièrement.
    Un film que je recommande vivement

  2. Un jeu d’acteur naturel et impeccable, un travail soigné, les plans et le mouvement de la caméra sont parfait. Un film qui vous tient en haleine du début jusqu’à sa dernière minute, et vous fera vous redresser plus d’une fois dans votre siège tant le suspense bat son plein. Va-t-elle réussir à s’en sortir ? Cette question nous nous la posons tout le long en serrant bien fort l’oreiller qu’on tient entre les mains. Attention, ce n’est pas un film “d’horreur”, il ne fait pas forcément peur, mais la tension est palpable et le suspense omniprésent. Une très belle surprise ! très réussi.

  3. le film est en effet bien joué , bien réalisé , seul hic qui gache un peu tout c’est qu’on a aucune explication concernant le pourquoi du comment , une fin bâclée qui fait descendre la note grand v, dommage

    1. Bonsoir Claude,
      malheureusement, il y a des personnes dans ce bas monde qui sont simplement appelées “sadiques et folles” et qui tuent simplement pour le plaisir de tuer. L’homme dans ce film est un parfait exemple, il aime voir souffrir et il laisse Maddie souffrir et se laisser vider de son sang, pour simplement profiter de sa douleur.

  4. Un film qui m’a fait passer plus d’une nuit blanche, étant moi-même sourde je peux totalement m’identifier au personnage complexe qu’est Maddie. De plus, je viens de rompre avec mon petit ami et vit seule depuis une semaine dans une maison quelque peu similaire à celle du film hihi bonne nuit les petits loups

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