Hurt, énième slasher movie ou une belle surprise chez Blumhouse Productions ? [Fantasia 2018 Film REVIEW + INTERVIEW]

Synopsis : « Un ciel tranquille, du vent dans les arbres, une coccinelle posée sur le blé. Il ne se passe rien à New Caney, Texas. Le soir de l’Halloween, cette parfaite petite ville fermière américaine est calme et paisible. Le temps passe terriblement lentement. Rose est assise seule, fumant sa cigarette. Elle fait fuir les enfants de passage. Elle porte un masque, comme beaucoup d’autres ce soir-là. Avec son mari, fraîchement revenu de la guerre, Rose part voir le spectacle d’horreur annuel du village. Tout est faux ici. La cicatrice, le sang en papier rouge et le harnais que porte la pendue. Seule la mort est réelle, ais le seul moyen de vous parler de la mort est que vous la voyez de vos propres yeux. »

Pour la première année nous sommes trois semaines durant (du 12 juillet au 02 août 2018) au Fantasia International Film Festival. Films du film de tous les genres, mais surtout du fantastique, de l’action et des films complètement décalés que vous ne verrez surement jamais en salles !
Toutes nos Critiques depuis le Festival Fantasia !

Les productions Blumhouse ne manquent pas. Chaque année, il en sort une dizaine parmi lesquels on retrouve autant de films qualitativement intéressants que de films uniquement développés afin d’espérer avoir une rentrée d’argent. Dans ce second cas, on parle évidemment de certaines licences dont les épisodes s’enchaînent, mais peinent à se renouveler. On pense essentiellement à la série des Paranomal Activity et dernièrement à la licence The Purge (American Nightmare en France). Néanmoins, cette dernière développe un propos intéressant, un parallèle aussi efficace que limpide sur la société américaine contemporaine. Malheureusement, ça ne fait pas tout et elle n’en demeure pas moins une marque commerciale « facile » à produire, à exploiter et à vendre. Blumhouse Productions est une société comme une autre. Elle a besoin de rassurer. Rassurer notamment les investisseurs avec quelques grands noms et l’exploitation de licences, mais par à côté c’est aujourd’hui la société de production horrifique qui prend le plus de risques sur le marché. Prendre des risques au travers de la production et l’aide au développement de projets plus intimistes, et par conséquent moins commerciaux. Certains films sont de beaux ratés, mais d’autres brillent par leur créativité et idée, tant artistiques que scénaristiques. Des films qui ne marqueront pas l’histoire du cinéma, mais offrent au cinéma d’horreur populaire quelques belles œuvres qui sortent du carcan du film à jump-scare consensuel dont on avait tout simplement marre.

Producteur des films The Roommate, The Strangers (pas cette purge de second opus, mais bien l’excellent premier film), Spirits ou encore du remake du film coréen Old Boy (tout le monde fait des erreurs), Sonny Malhi est également scénariste et réalisateur à ses heures perdues. Depuis trois ans maintenant et le film Anguish, il passe derrière la caméra afin de mettre en scène ses propres histoires. Films qu’il produit également sans être exécutif. Trois ans après Anguish, Sonny Malhi récidive avec Hurt, un film d’horreur bien plus surprenant que la bande-annonce peut le laisser paraître. Une bande annonce qui mise sur l’action, la peur et la tenue d’un suspense haletant jusqu’à ce qu’apparaisse le bogeyman. Tout bon slasher ou revenge movie qui se respecte possède un bogeyman et tente de faire en sorte que ce dernier terrifie le spectateur. Une stature impressionnante, un masque terrifiant et cette impression que vous ne pouvez lui échapper. Jason, Freddy, Chucky… sauf que Hurt n’est ni un slasher, ni un revenge movie conventionnel. Hurt est un drame qui emprunte les codes du slasher movie, mais qui se concentre essentiellement sur ses personnages et non sur les « set pieces » gore et horrifiques.

« S’il manque de créativité dans sa technique, la solidité du casting et du scénario fait de Hurt un drame humain ponctué de set pieces d’un slasher movie. »

Scénarisé à quatre mains par Solomon Gray et Sonny Malhi, Hurt repose sur un scénario solide dont chaque élément et arc narratif a été pensé afin d’apporter quelque chose au récit dans sa globalité. Chaque personnage possède ses démons et envies. Ces derniers ne répondent pas aux codes manichéens du cinéma d’horreur. Ils sont tout simplement humains et leurs personnalités sont fondées sur un vécu explicité aux spectateurs avec logique et simplicité. Si l’une est rongée par l’ennui, l’autre est rongé par le traumatisme de la guerre. Le fameux syndrome PTSD déjà exploité au cinéma au travers des films American Sniper, Billy Lynn’s Long Halftime Walk… Syndrome ici exploité avec justesse puisqu’il permet à l’histoire et aux divers éléments qui vont survenir, d’être logiques et compréhensibles (sans que l’on cautionne pour autant). Et ce, en sus une nouvelle fois de permettre aux personnages d’avoir un caractère marqué et marquant qui va pouvoir être développé et exploité tout au long du film par la mise en scène qui va évidemment en jouer et les accentuer. Deux éléments qui servent à la fiction ici établie, mais également omniprésents dans notre société. Si le syndrome PTSD frappe encore aujourd’hui d’anciens soldats, l’ennui est de son côté l’élément qui rend dangereux. Il est certifié que les personnes les plus dangereuses sont ceux qui s’ennuient, ne savent quoi faire de leur temps et pas suffisamment rationnel pour comprendre que faire souffrir mentalement et physiquement (voire tuer) engendre des conséquences. C’est parfaitement exploité et explicité par le film, notamment par le prisme de ce spectacle d’horreur de l’Halloween et ceux qui y participent. Ainsi que par le biais de la protagoniste, tel qu’il a déjà été précisé. Un scénario intelligent et malin qui joue parfaitement avec le spectateur afin de lui faire croire que, alors qu’il n’en est rien. Par exemple : est-ce un film basé sur un fait réel ? À vous d’en juger.

Sans pour autant révolutionner le genre (ce qu’il ne tente pas de faire non plus), Hurt affiche un scénario solide lui permettant de conserver l’attention du spectateur qui réussira à s’attacher aux personnages. Tout ce qui est amené sert au récit, sans paraître pour des facilités. Aucun deus ex machina qui brûle la rétine ou ne choque au visionnage, on appréciera. Néanmoins, Hurt accuse d’une réalisation en demi-teinte. Si efficace, car illustrant parfaitement l’état d’esprit des personnages aux moments en question, elle n’en demeure pas moins, peu créative. Certains plans marquent les esprits, renforcent la caractérisation des personnages et inculquent une belle atmosphère aux séquences, mais il manque cette once de créativité et d’inventivité qui aurait permis au film de marquer les esprits. C’est beau, bien éclairé grâce à des sources de lumière diégétiques bien introduites au sein des décors ou par le scénario, mais… il aurait fallût LE concept. Alterner entre plans d’illustration pour poser l’ambiance et des plans à hauteur humaine pour jouer la carte du voyeurisme est une belle idée, mais une idée aujourd’hui éculée.

Efficace, affichant un scénario solide, rondement mené grâce à une mise en scène radicale et un casting porté par un acteur (Andrew Creer ndlr) qui vous perturbera et une actrice (Emily Van Raay ndlr) dont le regard vous troublera (sensible, attachante et effrayante), Hurt n’en demeure pas moins une très belle surprise. Une œuvre qui contrairement à la concurrence prend le temps d’humaniser et de donner du souffler à ses personnages, avant de se lancer dans une course poursuite digne de tout bon slasher movie qui se respecte. Un découpage qui n’en fait pas trop, un film qui prend son temps, bonifiant par conséquent son ambiance et l’empathie envers des personnages non manichéens. Malheureusement, le manque de créativité technique empêchera le film de marquer son temps. Mais à choisir entre une belle plastique et un scénario cohérent et non-consensuel, aujourd’hui on préfère mettre en valeur un film avec un scénario tel que l’est ce Hurt.


Plus d’informations sur la création du film par son réalisateur Sonny Malhi que nous avons rencontré :

Scénario et intentions

« Avec ce film, nous voulions apprendre à connaître l’antagoniste. Apprendre à connaître le bogeyman et le syndrome PTSD était un bon moyen pour rendre ses actes plus compréhensifs. Le rendre plus humain. Nous ne voulions pas juste en faire un serial killer fou comme les autres, mais créer quelqu’un auquel on peut s’attacher et le PTSD syndrome était un bon élément pour ça. »


« Hurt est un film amusant pour un public en particulier (les fans de films d’horreur NDLR), mais nous voulions avant tout faire un film émotionnel. Pour moi un vrai bon film d’horreur est un drame avant tout. Vous vous souciez des personnages. Avec Hurt nous voulons que le spectateur se soucie à propos de tous les personnages. Que ce soit Rose, le personnage principal, le bogeyman ou les personnages secondaires. Arriver au point : nous ne voulons pas qu’il leur arrive du mal. C’est plus engagent pour le spectateur, ça rend le film plus terrifiant. Vous ressentez quelque chose. Vous vous sentez mal pour le personnage qui est traqué, vous vous sentez mal pour le bogeyman malgré tout ce qu’il a pu faire. »

Tournage et Production Value

« Certaines personnes sont nouvelles, mais beaucoup de personnes qui ont travaillé sur ce film ont déjà travaillé sur de plus grosses productions avant. Mais je voulais retrouver avec Hurt cette sensation de tournage étudiant. Ramener cette sensation où des personnes qui aiment le cinéma et participer au développement d’un film travaillent ensemble et doivent être créatives ensemble. Que tout le monde s’amuse. Certains travaillaient sur cinq postes à la fois comme pour un tournage étudiant ou sans budget, mais toujours avec plaisir et c’est ce qui nous pousse à être créatifs. Nous sommes presque comme une famille avec un bon nombre des techniciens. On a déjà travaillé ensemble sur de précédents films et j’espère que nous allons continuer de la sorte. Une façon de faire très collaborative avec l’ensemble de l’équipe, que ce soit les acteur.rice.s ou les techniciens. »


« Comparés à la concurrence, nous avions un budget réduit, ce que je voulais. Il nous fallait être créatifs et nous forcer à être créatifs pour que l’on puisse arriver au résultat escompté. Au final, certaines choses ne sont pas parfaites, d’autres le sont à nos yeux et nous sommes fiers du résultat. Quand vous pouvez faire ou avoir ce que vous voulez grâce à un budget illimité c’est trop simple et empêche d’être créatif. Dans ce cas on a dû travailler ensemble et trouver des solutions. Tout le monde a travaillé dur et c’était génial. »



Commentaires Facebook

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *