Hotel Singapura (Critique l 2016) réalisé par Eric Khoo

Hotel-Singapura-Film-Critique

Synopsis : “C’est le premier jour d’Imrah comme femme de chambre à l’Hôtel Singapura. Dans la suite n°27, un groupe de pop est venu fêter le nouvel an. Parmi eux, leur chanteur Damien est dans un état second quand il croise Imrah dans le couloir. Bien plus tard, dans ce même hôtel, une japonaise laisse filer son amant, un travesti reçoit son dernier plaisir avant l’opération, une touriste couche devant son meilleur ami… Mais toujours Imrah, en rangeant la chambre, se souviendra de sa rencontre avec Damien.

Qu’il est compliqué de parler de ce film sans être mal à l’aise. En effet, sous une forme originale, cet Hôtel Singapura propose six histoires différentes qui parlent toutes d’amour de façon tendre, passionné, drôle et décalée, et la dernière qui n’aura qu’un objectif : vous mettre mal à l’aise, croyez-moi !

Le film se veut être une histoire qui montre l’amour et le sexe à toutes les époques, des années 1950 à aujourd’hui, voire demain et ce, dans un Singapour en évolution perpétuelle. Si cette histoire prônant l’ouverture permet une introduction en douceur des relations compliquées que vivent les protagonistes (ce sera toujours le cas dans l’ensemble des saynètes), il l’est visuellement réalisé dans un noir et blanc stylisé. L’idée de génie qu’observe Éric Khoo est la suivante : pour chacune des époques, il choisira l’angle le mieux adapté pour raconter l’histoire. En ce sens, il choisit les lumières, le montage, la photographie, le grain de la pellicule qui lui permettra de définir à la fois l’époque et les situations contées.

Après un moment de tendresse entre deux amants homosexuels devant se séparer (l’Angleterre quittant Singapour en pleine révolution), le récit bascule en moment purement féministe. Portée par une Josie Ho incroyable en Orchid, mère maquerelle d’humour, de fantaisie et de sensualité, l’histoire propose la clé du pouvoir féminin qui réside entre les jambes des filles. En sortant les couleurs criardes, la petite chansonnette et les machos ridicules, le film prend une tournure incroyablement drôle qui nous amène tranquillement sur ce Nouvel An porté par le groupe de rock.

Nouvel An où l’on rencontre le parolier Damien qui va marquer à tout jamais la femme de chambre, nommée Imrah (avec une belle interprétation tout en subtilité réalisée par Nadia Ar). Cette nouvelle saynète nous plonge dans les affres de la création et également dans la partie étrange et fantastique de cette histoire. En effet Damien (porté par l’aura de Ian Tan) n’a de cesse que d’errer dans l’hôtel en tant que fantôme où il a perdu la vie pour observer cette femme de chambre qui l’aura obsédé avant de mourir (il voulait lui écrire une chanson) et les histoires d’amour qui se poursuivent dans l’hôtel.

Imrah et DamienJosie Ho et George Young


Si cette partie relance l’intrigue, car on souhaite aussi comprendre pourquoi il reste là, elle clôt l’amour heureux de cet hôtel sur ce couple très britannique qu’il croise juste avant de décéder. Couple qui fête ses 40 années de bonheur et qui semble le plus équilibré et le plus heureux de toutes les histoires et de tout l’hôtel. Si l’on peut passer sur la saynète de cet homme qui passe sa dernière nuit dans les bars de son mari avant de devenir une femme (la moins poussée et la moins intéressante), on arrive sur le moment le plus dramatique : le couple d’amants où George Young prête sa force tranquille pour jouer l’amoureux éconduit par cette femme mariée qu’il a dans son âme et dans son cœur. C’est cette femme mariée, portée par Show Nishino, qui offrira les moments les plus durs au film, mais également les plus émouvants, les plus tristes et finalement pathétiques du film dans sa conclusion malheureuse. Pathétique, dans le sens dramatique du terme et non pour définir le ton emprunté par le film.

Si le film s’était arrêté là, Éric Khoo aurait ainsi offert une oeuvre sensuelle sur l’amour contrarié et amusant, sur l’amour difficile et romantique dans une esthétique érotico-chic. Et cette chambre 27 aurait été un pur moment de bonheur et également de plaisir coquin que l’on aurait aimé partager avec les cinéphiles, mais… mais arrive cette dernière histoire qui entraînera les derniers plans de la chute de Singapura dans un futur apocalyptique terrible et triste.

Cette dernière histoire est celle de deux amis, un garçon et une fille (portés par Choi Woo-Shik et Kkobbi Kim). Ces deux amis viennent à Singapour pour que la demoiselle oublie une rupture amoureuse. Et si elle lui explique qu’elle a besoin de sexe plus que tout face à cet amoureux transi et vierge, elle l’invite dans ses dérives perverses où il devient voyeur… puis consolant pour finalement commettre l’irréparable : la violer dans un sommeil alcoolisé. Et le matin, honteux de son geste, il ne lui dira rien et fera comme si de rien n’était… Si Almodovar dans “Parle avec elle” avait su évoquer le viol avec pudeur et aux conséquences funestes pour le violeur, ici Éric Khoo nous expulse de cette chambre 27 pour nous exclure du film en laissant en nous une sensation détestable face à l’acte abject sous nos yeux.

Sans doute les derniers mots employés dans cette critique sont durs, mais ils sont posés, car Hôtel Singapura aurait mérité un véritable point de vue sur cette dernière scène, celui du réalisateur pour dénoncer cela… même si le final qui montre la décrépitude de l’hôtel prouve bien que ce viol est donc mal vu des dieux. Certes, il restera un moment émouvant quand Imrah, la femme de chambre décédera sur son lieu de travail pour enfin retrouver le fantôme du compositeur Damien, mais à quel prix : celui de la vétusté et de la désuétude.

Fin de l’hôtel, de sa splendeur, sorte d’écho à ce que fut Singapour et ce que la ville est devenue.


En Conclusion :

Un voyage à travers les années pour découvrir que dans cet hôtel, l’amour est toujours difficile, compliqué, torturé, décalé et finalement abject. En respectant les codes couleurs, ainsi que le grain de la pellicule pour bien montrer l’évolution des saynètes à travers les années, Eric Khoo propose une œuvre pastiche par moment sensuelle voire érotico-chic qui aurait pu être totalement “emballante” si la dernière histoire n’était pas entachée de ce viol ignoble qui met mal à l’aise et minimise le film. Aussi cet Hôtel Singapura en laissera plus d’une ou plus d’un sur le côté, qui n’entreront définitivement pas dans cette fameuse chambre 27.

Le film est interdit aux moins de 12 ans

[usr 2.5]


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