Honeyland, le paradis perdu d’une extraordinaire reine des abeilles


Synopsis : « Hatidze est une des dernières personnes à récolter le miel de manière traditionnelle, dans les montagnes désertiques de Macédoine. Sans aucune protection et avec passion, elle communie avec les abeilles. Elle prélève uniquement le miel nécessaire pour gagner modestement sa vie. Elle veille à toujours en laisser la moitié à ses abeilles, pour préserver le fragile équilibre entre l’Homme et la nature. »


Les lumières de la salle de cinéma s’allument, tu te repositionnes sur ton siège pour avoir fière allure parce que la position “je m’installe comme à la maison” ce n’est pas trop ça, et là, ton ami(e) se retourne vers toi et te pose la question fatidique…

Pas besoin de poser la question : oui ce film est bien… non ! Ce film n’est pas bien, c’est juste une merveille, à la fois de douceur, mais aussi de dureté. Un film émouvant, bouleversant, touchant et en même temps drôle par endroit. Honeyland mérite tout le bien que vous pourrez en lire. Un documentaire incroyable mais est-ce seulement un documentaire ? C’est aussi une tranche de vie : une saison dans la vie d’Hatidze Muratova, la dernière artisane à récolter le miel de manière traditionnelle. Une femme isolée, dans un village (Bekirlijia) perdu dans des montagnes désertiques et qui n’est inscrit sur aucune carte. Une femme forte dont la vie est centrée sur les abeilles et sa mère, malade et âgée de 85 ans. Cette dernière est aussi tout pour elle malgré son état très diminué.

Pourtant, Hatidze garde le sourire tout le temps, même quand elle vend son miel, pour peu d’argent, dans le marché de cette ville de Macédoine, éloignée et pourtant si proche de son village abandonné et totalement dévasté. Par une guerre ? Une catastrophe naturelle ? Ou un simple abandon par des hommes partis chercher un travail ailleurs ? On ne le saura pas et finalement, est-ce le plus important ? Non ! Le plus important est à chercher ailleurs : dans la relation de cette femme avec ses abeilles. Une relation presque filiale. Sans enfant, elle s’occupe avec passion de recueillir les abeilles, d’aller chercher celles qui pourront l’aider à fabriquer ce miel dont elle tirera de quoi vivre. Une vie de labeur couronnée par les ventes et les rencontres faites sur le marché ou avec les nouveaux voisins.

Ces voisins viennent occuper l’espace de ce village abandonné pour permettre la transhumance de leur troupeau et tenter aussi de produire du miel… en filigrane apparaît alors la loi du marché et le capitalisme. Hussein et sa famille veulent aussi recueillir du miel. Mais malgré les conseils avisés d’Hatidze, ils se lancent dans une surproduction traditionnelle et artisanale qui pique. C’est le cas de le dire. Et par leur volonté d’en retirer un maximum d’argent, ils entraînent la mort de la production de cette merveilleuse femme aux abeilles. C’est à ce moment que le documentaire prend une autre ampleur. Il devient une histoire qui peut prétendre au statut de film dramatique. Et il n’usurpe nullement ses deux nominations aux Oscars dans les catégories meilleur documentaire et meilleur film étranger !

Pourtant, dans cette tristesse de la perte d’une production, Hatidze se relève et forme même un des jeunes fils d’Hussein. Elle lui apprend et lui enseigne comment aimer les abeilles, recueillir leur miel. Et ce jeune garçon attentif en arrive même à se disputer avec son père pour lui expliquer clairement qu’Hatidze est dans le vrai et qu’ils risquent de tous y perdre. Tout ça pour ne gagner qu’une poignée d’euros. Et le drame se noue, là avec les abeilles qui n’ont plus la moitié de leur miel. Un drame où l’hypocrisie d’Hussein et Ljutvie, son épouse, est terrifiante. Elle rappelle ce que les Hommes font aux abeilles et à l’environnement, à l’heure où l’humanité consomme en sept mois ce que la Terre peut lui offrir en un an.

Mais Hatidze est un peu comme cette reine de la ruche. Elle restera jusqu’au bout, malgré tout, à défendre son territoire avec le respect dû aux anciens (sa mère notamment) et aux abeilles puisqu’elle veille toujours à leur laisser la moitié de leur production de miel. Un portrait de femme combattive aux failles réelles. Des failles qu’elle assume de montrer face à la caméra pour faire d’Honeyland, une fable simple et merveilleuse sur la vie d’une femme prête à tout pour garder l’harmonie avec la nature.

Et jamais à aucun moment la caméra ne se fait intrusive. Les réalisateurs, Ljubo Stefanov et Tamara Kotevska, ont réussi à intégrer avec finesse le duo composé par Hatidze et sa mère ou la famille d’Hussein. Par la photographie sublime de Femji Daut et Samir Ljuma, ce documentaire nous permet de pénétrer pleinement dans cet univers si particulier mais sans jamais verser dans le voyeurisme. C’est là, la véritable force de ce documentaire. Et à la fin les spectateurs s’éclipsent sur la pointe des pieds pour laisser Hatidze seule avec ses abeilles au son d’une chanson qui lui va à merveille. Celle de Phoenix and the Dream : You are so beautiful. Et il est vrai qu’Hatidze est belle quand on la regarde avec le cœur. Et pour toujours, Honeyland s’inscrit comme un moment poétique, bouleversant, drôle, captivant, émouvant et totalement renversant. Le bonheur est là, à portée d’écran, pour rêver à un monde meilleur où l’homme et la nature seraient enfin en harmonie… un jour…


« Et pour toujours, Honeyland s’inscrit comme un moment poétique, bouleversant, drôle, captivant, émouvant et totalement renversant. »

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