Les Heures Sombres réalisé par Joe Wright [Sortie de Séance Cinéma]

Synopsis : “Homme politique brillant et plein d’esprit, Winston Churchill est un des piliers du Parlement du Royaume-Uni, mais à 65 ans déjà, il est un candidat improbable au poste de Premier Ministre. Il y est cependant nommé d’urgence le 10 mai 1940, après la démission de Neville Chamberlain, et dans un contexte européen dramatique marqué par les défaites successives des Alliés face aux troupes nazies et par l’armée britannique dans l’incapacité d’être évacuée de Dunkerque.
Alors que plane la menace d’une invasion du Royaume- Uni par Hitler et que 300 000 soldats britanniques sont piégés à Dunkerque, Churchill découvre que son propre parti complote contre lui et que même son roi, George VI, se montre fort sceptique quant à son aptitude à assurer la lourde tâche qui lui incombe. Churchill doit prendre une décision fatidique… Traversant, comme l’Europe entière, ses heures les plus sombres, il est en marche pour changer à jamais le cours de l’Histoire.”


Les lumières de la salle de cinéma s’allument, tu te repositionnes sur ton siège pour avoir fière allure parce que la position “je m’installe comme à la maison” ce n’est pas trop ça, et là, ton ami(e) se retourne vers toi et te pose la question fatidique…

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S’il est un réalisateur capable de retranscrire l’Empire britannique avec talent et précision, c’est bien Joe Wright. Après avoir adapté Jane Austen (magnifiant Keira Knightley), proposé une romance en pleine Seconde Guerre mondiale, Reviens-moi (qui révéla Saoirse Ronan), et s’être débattu avec la jeunesse de Peter Pan, avec la mauvaise fortune que l’on sait, le réalisateur revient chez lui. Il propose une vision des Heures Sombres du début de la Seconde Guerre mondiale par le prisme de la décision de Churchill : poursuivre la guerre ou négocier la paix avec l’ennemi nazi ? Le film se concentre sur les deux premiers mois du mandat de Premier Ministre. Le réalisateur nous révèle les bassesses auxquelles doit faire face le Vieux Lion britannique. Ainsi que les trahisons de son propre camp et le scepticisme voire la détestation du roi à son égard.

Pour interpréter Winston, il fallait un acteur caméléon. Gary Odlman est surprenant, stupéfiant et méconnaissable. Il ne joue pas Churchill, il ne l’habite pas, il est le Premier Ministre. Il reproduit sa façon d’être, de se mouvoir et de parler jusque dans son marmonnement terrible et incompréhensible. L’acteur nous livre également une interprétation avec des doutes, des craintes… avec une réelle vision. En effet, Joe Wright ne propose pas le biopic d’une vie avec le film Les Heures Sombres, mais bien le moment de doute et le point culminant d’une carrière. Une vie au moment du choix qui fera basculer la guerre : ne pas se rendre ou abandonner. En s’éloignant d’un Churchill à la limite du sympathique que l’on avait pu apercevoir dans Le Discours d’un roi interprété par Timothy Spall à l’époque, le cinéaste anglais propose un Vieux Lion fatigué et pourtant combatif.  Même si face à lui il a une armée d’hommes qui préfèrent la retraite. Un homme qui ne se voit contredit que par une personne : sa femme ! Véritable héroïne de ce film, Clémentine est le pendant de cet homme. Elle est la raison d’exister de Churchill et de cette expression : “derrière chaque grand homme se cache une femme”. Soutien indéfectible, femme de poigne et de tête qui s’est effacée pour laisser de la place à son infatigable mari, elle est l’équilibre nécessaire à Churchill.

La complicité dont font preuve Kristin Scott Thomas et Gary Oldman est le point fort du film Les Heures Sombres… bien plus que la reconstitution ou le choix d’une lumière sépia pour nous plonger dans les années 1940. Les réalisateurs ont d’ailleurs légèrement tendance à user et abuser de ce moyen photographique pour dépeindre le passé… mais doit-on blâmer le réalisateur de ce choix ? Non ! Non, dans la mesure où il nous propose grâce à ces Heures Sombres, le pendant du film de Christopher NolanDunkerque. C’est la vision qui manquait à l’opération Dynamo pour que l’on comprenne aussi l’engagement moral et humain de Churchill. Si vous trouviez qu’il manquait ce côté humaniste dans le film de Christopher Nolan, vous retrouverez ici les grands sentiments, les violons du mélodrame qui se noue pour comprendre les luttes intérieures de Churchill.

Gary Oldman est l’incarnation même de Winston Churchill au moment le plus sombre de l’histoire britannique. Avec l’aide de la caméra de Joe Wright, il réussit à retranscrire les doutes, mais aussi la force qu’il a fallu à cet homme pour que son pays garde la tête haute et s’engage sans trembler dans un conflit long et terrible. Un biopic original car ramassé sur les deux mois les plus importants du mandat du Premier Ministre. Un  biopic classique dans la reconstitution, mais un film éprouvant, intense et magistral. Un film porté par la force de persuasion de Gary Oldman, entouré d’un casting au diapason, à commencer par Kristin Scott Thomas lumineuse.

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