Hereditary (Hérédité) réalisé par Ari Aster [Sortie de Séance Cinéma]

Synopsis : “Lorsque Ellen, matriarche de la famille Graham, décède, sa famille découvre des secrets de plus en plus terrifiants sur sa lignée. Une hérédité sinistre à laquelle il semble impossible d’échapper. ”

Les lumières de la salle de cinéma s’allument, tu te repositionnes sur ton siège pour avoir fière allure parce que la position “je m’installe comme à la maison” ce n’est pas trop ça, et là, ton ami(e) se retourne vers toi et te pose la question fatidique…

Qui est donc Ari Aster ? Inconnu au bataillon contrairement à bons nombres de réalisateurs de productions d’épouvante américaines, le jeune cinéaste Ari Aster signe avec Hereditary son entrée dans le monde du septième art. Ou plus précisément son entrée dans la cour des longs-métrages. Jeune cinéaste de formation, il a auparavant fait ses gammes par le biais de courts-métrages aux approches aussi diverses que variées. De l’horreur au drame en passant par la comédie, Ari Aster s’est attaqué à chacun des genres, les mélangeant les uns avec les autres afin de créer des nuances et de ne pas se reposer uniquement sur l’envie de rire ou de faire peur. Créer l’un avec l’autre contrairement à un cinéaste tel que Mike Flanagan qui s’était attaqué frontalement à l’horreur par le prisme de pastilles horrifiques extrêmement courtes, mais au combien intenses. Avec Hereditary, Ari Aster semble donc tout avoir à prouver, mais en y regardant de plus près et en voyant ce premier long-métrage bien entendu, on se rend aisément compte que l’expérience emmagasinée au fil des courts-métrages lui a permis d’avoir de la suite dans les idées.

« Œuvre artistiquement superbe qui maintient admirablement sous tension notamment grâce un beau travail sur le mixage sonore, mais qui ne marquera pas l’histoire du cinéma d’épouvante à cause d’un fond délaissé (histoire + personnages). »

Alors que pullulent sur les écrans depuis la sortie de Paranormal Activity des productions horrifiques toutes plus insipides les unes que les autres, certaines sortent du lot grâce à des créateurs qui arrivent à imposer de véritables et belles idées. Des idées conceptuelles qui vont déterminer l’intégralité de l’œuvre, des idées scénaristiques qui permettraient de surprendre un tant soit peu le spectateur, des idées de mise en scène qui permettraient au spectateur de rester sur le qui-vive ou encore des idées artistiques qui une permettraient cette fois à l’œuvre de sortir du carcan conventionnel hollywoodien. Parmi les récentes exceptions, on retient entre autres The VVitch, It Comes at Night ou encore l’évidence A Quiet Place réalisé par un John Krazinski que l’on n’attendait pas dans un tel registre et à un tel niveau. Annoncé par la presse américaine comme “le nouvel Exorciste”, Hereditary a donc fort à faire pour réussir à marquer à ce point. Tout à chacun aimerait voir débarquer un film fort et mémorable qui marquerait l’histoire du cinéma tel que William Friedkin avait réussi à le faire en 1973. On aimerait voir chef-d’œuvre sur chef-d’œuvre, mais si c’était le cas on en serait rapidement lassé et incontestablement on passerait à côté de véritables pépites mémorables. Heureusement pour nous (ou pas), Hereditary n’arrive pas à la cheville du chef-d’œuvre précédemment nommé pour la simple et bonne raison qu’il lui emprunte beaucoup trop pour espérer marquer à son tour l’histoire du cinéma. Néanmoins, l’œuvre proposée mérite une certaine attention en réussissant là où beaucoup échouent.

Vendu comme un film d’épouvante terrifiant et enchaînant les scènes et plans extrêmes et horrifiques, Hereditary est en réalité un film d’épouvante extrêmement moderne dans son approche. S’il semble de l’extérieur ressembler à un film d’épouvante hollywoodien, il repose sur la démarche moderne du cinéma d’horreur indépendant qui cherche avant tout à créer et conserver une tension palpable au détriment de jump scares épuisants et redondants. Hereditary n’est pas un film à sensations fortes et son créateur Ari Aster ne cherche pas à faire peur pour faire peur. Les jump scares sont inexistants. Le spectateur n’est pas pris au vif, mais est maintenu sous tension tout le film durant. Racontant l’histoire d’une famille dont les membres semblent liés à une entité ou malédiction dont ils ne peuvent se détacher, le long-métrage prend rapidement l’allure d’un long build up parsemé de chocs violents et viscéraux dont la finalité sera la révélation tant attendue. Une révélation sous forme de libération tant pour les personnages que pour les spectateurs, tous sous tension de manière active. Si les personnages vivent les situations, les spectateurs eux ressentent la tension qui est palpable. Tension maintenue notamment grâce à un excellent travail technique et artistique.

Hereditary est un film visuellement fort et très bien éclairé. Un étalonnage très hollywoodien dans l’âme (de forts contrastes, des ombres bien découpées…), mais une belle gestion des lumière qui permet de donner la dimension escomptée aux magnifiques choix de cadres. Le réalisateur et son chef opérateur Pawel Pogorzelski, n’en montrent ni trop, ni pas assez. Les noirs sont par moments suffisamment profond pour créer une certaine peur de l’inconnu, là où à d’autres moments ils laissent entrevoir suffisamment l’arrière plan pour montrer une présence ou non. C’est beau et ça démontre un travail bien pensé en amont de la production. Visuellement magnifique, Ari Aster signe un film qui use avec astuce du modélisme (métier et passion du personnage principal) dans sa recherche visuelle. Le choix des focales et par déduction du cadrage (ou encore dans l’utilisation d’un flou radial lors de close-up face caméra) donne à certains plans une impression de grandeur ou de petitesse. Des personnages qui évoluent dans une maison contrôlée par une entité et qui ne seraient donc que des marionnettes ? Hypothèse lancée dès le premier plan par le biais d’un plan-séquence techniquement superbe qui place la caméra face à des maquettes avant que l’une d’entre elle ne devienne une maison à taille humaine. Maison créée de toute pièce en studio par la conceptrice Grace Yun afin que le réalisateur et son chef opérateur puisse avoir toutes les libertés possibles et donner à cette maison taille humaine, une impression de modèle réduit. Élément qui a du sens et fait sens vis-à-vis de l’histoire. Malheureusement, le modélisme et l’utilisation du modélisme ne résident que de la simple idée technique et artistique servant à donner avant tout une allure au film. Cette idée ne va pas être suffisamment exploitée et développée afin de nourrir le récit et permettre à l’histoire de gagner en densité et en profondeur.

Hereditary est un contre pied aussi intéressant qu’audacieux à ce que le cinéma d’épouvante hollywoodien nous propose depuis trop d’années maintenant. S’il est artistiquement et techniquement très convaincant, sur le fond il l’est beaucoup moins. Cette tension, ce rapport au modélisme… tout cela ne sert au récit et délaisse complètement une histoire démunie de tout intérêt. Si le casting est aussi impliqué que convainquant (Toni Collette, Alex Wolf et Milly Shapiro sont extraordinaires là où Gabriel Byrne cabotine), leurs personnages ne sont pas suffisamment travaillés pour susciter un quelconque attachement émotionnel. Un background pas assez étoffé à l’image d’une histoire qui sent le réchauffé malgré un tout cohérent et qui ne manque pas d’idées afin de maintenir le spectateur sous tension. Une nouvelle fois, tout est mis en service de la tension au détriment de l’émotion et d’une implication empathique. Déjà producteur du film The VVitch, Lars Knudsen a une nouvelle fois eu le nez fin avec cette œuvre d’épouvante moderne et convaincante. Si extrêmement convaincante sur les plans technique et artistique, Hereditary pêche par son manque de travail scénaristique. L’histoire tient de bout en bout, chaque élément est justifié, mais ça ne suffit pas à rendre les personnages attachants, ainsi que l’histoire intéressantes. Une œuvre artistiquement superbe qui maintient admirablement sous tension notamment grâce un beau travail sur le mixage sonore, mais qui ne marquera pas l’histoire du cinéma d’épouvante à cause d’un fond délaissé (histoire + personnages) et peu créatif.


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