Hardcore Henry (Critique | 2016) réalisé par Ilya Naishuller

Hardcore-Henry-Film-Critique

Synopsis : “Vous ne vous souvenez de rien.
Votre femme vient de vous ramener à la vie. Elle vous apprend votre nom : Henry.
Cinq minutes plus tard, vous êtes la cible d’une armée de mercenaires menée par un puissant chef militaire en quête de domination du monde. Vous parvenez à vous échapper mais votre femme se fait kidnapper. Vous voilà perdu dans un Moscou hostile. Ici tout le monde semble vouloir votre mort. Vous ne pouvez compter sur personne. Sauf peut-être sur le mystérieux Jimmy. Pouvez-vous lui faire confiance ? Arriverez-vous à survivre à ce chaos, sauver votre femme et à faire la lumière sur votre véritable identité ?
Bonne chance Henry, vous allez en avoir besoin.”

Lorsque le projet Hardcore se présenta pour la première fois au grand public, c’était à travers une bande-annonce furieuse et complètement déjantée, dévoilant au même moment un concept totalement inédit: un film d’action entièrement à la première personne. De ce fait, que pouvons-nous en attendre ? Un concentré hallucinant de bout en bout, mélangeant parfaitement les codes du jeu vidéo ? Ou un film aussi plat, mou et peu enclin à l’invitation comme le fut le money-shot du film Doom réalisé par Andrzej Bartowiak ? Par chance, le réalisateur russe Ilya Naishuller échappe aux similitudes avec le film adapté à la célèbre franchise, afin de fusionner de manière extrême les codes des médias cinématographique et vidéoludique. Et pourtant, Dieu sait que le pari était casse-gueule, en témoignent les nombreuses adaptations de jeux vidéos qui se sont vautrés (vous devriez regarder l’émission Crossed, si ce n’est pas déjà fait).

En vérité, le projet Hardcore remonte environ à 2013 et à la publication du clip musical: Bad Motherfucker. Un clip de cinq minutes réalisé intégralement en vue subjective. Un concept rarement utilisé au cinéma et majoritairement vu dans le monde vidéoludique par le biais du genre nommé: “First Person Shooter”. Fort d’un immense succès (pas moins de 120 millions de visions du clip sur toutes les plates-formes confondues), Ilya Naishuller fût contacté par un certain Timur Bekmambetov et lui déclara : “Just think about it: don’t you want to see a POV action movie in a theater?” Question a laquelle le cinéaste russe a lui-même répondu en déclarant : “Well, you should go make it.”. Partant avec un budget estimé à 10 millions de dollars (une production STX), Ilya Naishuller et l’équipe technique déjà derrière le clip Bad Motherfucker se mirent en tête de réaliser ce film. Un film titré Hardcore jusqu’à sa campagne participative Indiegogo (faite avant tout pour promouvoir le film), avant d’apparaître au TIFF en septembre 2015 sous le titre final: Hardcore Henry.

HARDCORE HENRYHARDCORE HENRY


Après cette longue introduction (écrite à quatre mains par moi-même et notre mascotte Tanguy, il fallait bien ça) nécessaire afin de démontrer que le projet Hardcore Henry n’est pas né de rien, passons au sujet principal. Hardcore Henry c’est un concept, le premier long-métrage d’action qui repose intégralement sur une mise en scène en: “POV (Point of View) shot”. Une heure et trente minutes à la place du héros, afin de faire vivre aux spectateurs la course effrénée et haletante qu’il va être amené à vivre. Réalisé à l’aide de GoPro (deux GoPro, une par œil) fixées sur un casque et installées à la hauteur de la bouche du cadreur/cascadeur, le rendu est absolument bluffant. Le système usant de magnétisme afin de rendre les mouvements plus lisibles et fluides offre aux spectateurs une immersion grisante au cœur de l’action. Ce qui fait de ce Hardcore Henry une œuvre cinématographique à part entière, une expérience qui se suffit à elle-même et qui ne laisse pas de marbre.

L’intégralité du film et du projet Hardcore, repose sur ce concept. Un concept qui a pour but d’offrir une expérience unique pour le spectateur. Une expérience visuelle et sensorielle, au détriment de l’histoire qui va être contée. “Une histoire simple ? Oui. Et alors ?” Simpliste et prévisible dans ses rouages scénaristiques, Hardcore Henry va au bout de son concept en usant avant tout de codes scénaristiques et de mise en scène propres au monde du jeu vidéo. De son protagoniste invincible, jusqu’aux différents ressorts scénaristiques et objets utilisés, en passant par un nombre ahurissant d’ennemis qui apparaissent à chaque instant, ainsi qu’un sidekick hilarant aux personnalités multiples. Sidekick interprété par Sharlto Copley, ici complètement déjanté et qui se laisse totalement aller dans les délires les interprétations les plus stéréotypés possibles, mais aussi les plus folles. L’histoire aura beau ne pas emporter le spectateur à cause d’enjeux minimalistes pour ne pas dire sans intérêts, Hardcore Henry en reste un film judicieusement référencé (d’avantage vis-à-vis du monde vidéoludique que cinématographique) et au scénario bien écrit. Ne pas confondre histoire et scénario.

Fluide en toutes circonstances, incroyablement bien rythmé et disposant d’un montage et découpage au cordeau, pour réussir à avoir un tel rendu, il fallût à Ilya Naishuller et son équipe, faire preuve de justesse. Une justesse notamment dans le découpage afin que le montage puisse paraître le plus inexistant possible. Offrant à de nombreux moments une impression de continuité à la limite du plan-séquence. Effet également rendu possible grâce à une équipe technique de talent qui a opéré en post-production. Dans le but d’avoir un rendu le plus immersif et brutal possible, chaque cascade a été réalisée lors des tournages. Ce qui est un plus indéniable pour l’immersion du spectateur et ne lui donne pas une impression de faux, souvent offerte par l’abondance d’effets numériques. Pas de fonds vert, noir ou bleu et un seul et unique plateau de tournage utilisé pour le final du film. Le restant du film a été tourné dans des lieux publics et en extérieur. Final qui par ailleurs s’avère être un immense et vibrant hommage au jeu vidéo Left 4 Dead puisqu’il en reprend dans le moindre détail, le set design d’un niveau. Les connaisseurs apprécieront grandement.


En Conclusion :

Dans une société cinématographique où prône le conventionnel et le manque d’audace à cause de producteurs et maison de production qui voient avant tout les bénéfices possible avant l’oeuvre pouvant être réalisée, Hardcore Henry est une bouffée d’air frais. Comme une lame de couteau qui entrerait avec facilité dans la gorge d’un mannequin impassible. Ça tombe bien, c’est ce que montre le film dès son générique d’introduction. Hardcore Henry est un film à concept, un film qui repose uniquement sur ce dernier, mais ne s’en cache pas et l’embrasse totalement. Dynamique, nerveux, très violent, mais extrêmement jouissif si l’on est un minimum réceptif au concept, Hardcore Henry est un défouloir. Un film d’action sous substances rendu possible par un réalisateur (aussi scénariste/cascadeur et cadreur) ambitieux et qui a décidé de se faire plaisir en réalisant le film qu’il aurait voulu voir au cinéma. C’est couillu et putain que ça fait du bien.

[usr 3.5]


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