Gueule d’Ange réalisé par Vanessa Filho [Cannes 2018 Film REVIEW]

Synopsis : « Une jeune femme vit seule avec sa fille de huit ans. Une nuit, après une rencontre en boîte de nuit, la mère décide de partir, laissant son enfant livrée à elle-même. »

Si l’année passée était une première, on a décidé de réitérer l’expérience et de faire profiter une nouvelle rédactrice. Du 8 au 19 mai 2018, nous sommes présents au 71e Festival de Cannes afin de découvrir les films qui feront l’évènement, ou non, les mois prochains dans les salles obscures, et ce, dans le monde entier. CinéCinéphile représenté cette année par la jeune journaliste Pauline Mallet qui nous donne son regard de cinéphile sur les films proposés en Sélection Officielle et dans les Sélections Parallèles.

Présenté dans la sélection Un Certain Regard lors du 71e Festival de Cannes, Gueule d’Ange fait partie des rares films du festival réalisé par une femme, Vanessa Filho, qui signe son premier long. Le drame met en scène une Marion Cotillard méconnaissable, loin de son image d’élégance qu’elle a acquise depuis plusieurs années. Elle y incarne une mère démissionnaire, à la maturité discutable, qui délaisse sa petite fille de 8 ans, Elli, la laissant parfois seule pendant des jours dans leur petit appartement en bord de mer.

Le long-métrage s’ouvre sur un mariage, celui de Marlène remarquablement incarnée par une Marion Cotillard blonde platine, fortement maquillée et à la voix agaçante. Elle fume beaucoup et enchaîne les verres de vin. Elle s’habille sûrement trop court pour la plupart des gens (en témoigne les regards des parents d’élèves à la sortie de l’école), passe la plupart de son temps devant les télé-réalités, sort en boîte et ne se fait pas remarquer pour ses capacités intellectuelles. Oui, le personnage de Marlène est loin de représenter celui de la mère idéale pourtant c’est une mère. Une mère jugeait et jugeable, mais dont le portrait est filmé sans misérabilisme par la jeune cinéaste Vanessa Filho.

Si le film souffre de longueurs et de défauts scénaristiques, notamment dans une deuxième partie bien moins passionnante que la première, il n’en reste pas moins prenant notamment grâce à ces personnages hauts en couleur dont les interprétations, à la fois de Marion Cotillard (Marlène), mais aussi de la jeune Ayline Aksoy-Etaix (Elli) sont excellentes. Les deux personnages sont liés par le sang, mais également par ce qu’ils sont, allant même jusqu’à fusionner l’un avec l’autre pour ne former qu’une personnalité tant l’absence de l’un, impact la présence de l’autre. C’est là tout l’intérêt du récit, les personnages. Grâce à leurs caractérisations très codifiées, kitsch et un peu caricaturales, ils prennent vie dans une atmosphère soignée où rien n’est laissé au hasard.

Les influences de la réalisatrice, qui a fait ses premiers pas dans l’univers du clip, se font ressentir, mais ils ne viennent jamais cacher le propos. Là où le film déçoit, c’est véritablement dans son scénario qui se repose un peu trop sur les personnages. La deuxième partie est un peu trop longue et les répétitions dues à un manque d’enjeux se font rapidement remarquer. Le récit se perd dans des tensions dramatiques banales, ajoutant, au passage des éléments peu intéressants. Si le film est dénué d’une moralité quelconque, puisqu’il n’est pas question de juger, ses quelques messages bancals liés dans sa dernière partie laisse un goût amer.

Gueule d’Ange est imparfait et se perd assez facilement dans les codes qu’il veut éviter. Pourtant, il n’en reste pas un moins un premier film réussi. S’il est vite oubliable dans ce qu’il raconte, il a le grand mérite de tenter des choses, notamment, en s’essayant hors des zones de confort habituelles. Ce qui est oubliable permet de retenir le grand point positif du film, principalement la justesse des personnages et la brillante interprétation de Marion Cotillard et celle de sa très jeune consœur, Ayline Aksoy-Etaix.


Gueule d’ange réalisé par Vanessa Filho avec Marion Cotillard, Alban Lenoir, Ayline Aksoy-Etaix. Sortie le 23 mai 2018 en France.

« Grâce à des caractérisations très codifiées, les personnages prennent vie dans une atmosphère soignée où rien n’est laissé au hasard. »


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