Greyhound, plongée en apnée sur Apple TV+

Synopsis : « Durant les premiers jours de l’entrée des États-Unis dans la Seconde Guerre mondiale, un convoi international de 37 navires alliés, mené par le commandant Ernest Krause de l’United States Navy. Les navires traversent le nord de l’Atlantique, une zone à risque sous la menace des U-Boote. »


Les lumières de la salle de cinéma s’allument, tu te repositionnes sur ton siège pour avoir fière allure parce que la position “je m’installe comme à la maison” ce n’est pas trop ça, et là, ton ami(e) se retourne vers toi et te pose la question fatidique…

Disparu des écrans radars depuis 2009 et le film Le grand jour pour lequel il dirigeait le trio Robert Duvall, Bill Murray, Sissy Spacek, ce n’est qu’onze ans après que Aaron Schneider refait surface. Et encore… Onze années pour finalement voir son nom apparaître dans le générique introduction et de clôture du film, mais pas une seule fois lors du marketing. Aaron Schneider, un nom qui ne rapporte pas, alors que celui de Tom Hanks, oui. Premier rôle, mais également scénariste du film, Tom Hanks est celui sur lequel a été vendu le film pendant plusieurs semaines. Un film dont on a parlé durant la pandémie grâce à la vente des droits de distribution à Apple par Sony Pictures. Un accord à la hauteur de 70 millions de dollars américain (une marge de 20 millions avec un budget estimé à 50 millions) afin de pouvoir distribuer le film en exclusivité sur la plateforme de streaming du géant à la pomme. Et ce, dans pas moins de 100 pays en simultané. Un beau coup de poker pour Apple, mais est-ce que le jeu en vaut la chandelle ?

À l’heure actuelle, la bibliothèque du service de vidéo à la demande Apple TV+ ressemble à un cinéma en période de pandémie. Un contenu rachitique, dont les programmes intéressants se comptent sur les doigts d’une main. Très peu de longs-métrages, simplement quelques séries intéressantes, mais encore une fois, on en compte moins de dix. Alors que le service est en ligne depuis plusieurs mois maintenant. Greyhound devrait servir de fer de lance. Un film de guerre exclusif avec une tête d’affiche reconnue et adulée à l’internationale. Basée sur la nouvelle The Good Shepherd rédigée par C.S. Forester, Greyhound (aussi appelé en français USS Greyhound: La bataille de l’Atlantique) plonge le spectateur 24h de temps, au sein du Greyhound, navire responsable de la protection d’un convoi chargé de ravitailler les troupes alliées en Europe pendant la Seconde Guerre mondiale. Un postulat extrêmement resserré pour une oeuvre qui l’est tout autant.

Avec sa durée affichant l’heure et demie, comprenant pas moins de dix minutes de générique de clôture, Greyhound paraît aisément parmi les films de guerre les plus courts existants. Aller à l’essentiel. Contenir et maintenir le spectateur sous tension par le biais d’un script qui va uniquement s’appuyer sur les moments forts vécus par le Greyhound et son équipage durant cette courte période de conflit. Le parti-pris est audacieux de la part de Tom Hanks (également scénariste du film pour rappel). Loin des fresques historiques qui prennent le temps de caractériser chacun des personnages qui par la suite vont prendre part à la bataille, Greyhound est une plongée en apnée au cœur de la bataille. Aucun temps mort, aucune interaction hors conflits entre les différents personnages.

Ils ont tout à chacun une fonction au sein du navire, mais n’ont de ce fait, aucune personnalité. Là réside une faute et non des moindres. Difficile aux spectateurs de s’attacher à des personnages qu’il ne connaît pas. Des personnages qui ne vivent pas, qui ont à peine un nom. Désincarné à cause d’un réel manque de caractérisation, l’équipage du navire demeure qu’un simple panel de jeunes soldats blancs et d’un serviteur noir (on peut y voir ici un message peu subtile, mais qui a le mérite d’exister). Aucune émotion envers ses derniers. Aucune empathie à cause d’un script vidé de moments de vie qui auraient été bénéfiques sur le plan humain et émotionnel. L’action, l’action et encore l’action. S’il délaisse l’émotion et la caractérisation à terre (on ne compte qu’un simple flashback afin de donner un semblant d’humanité au commandant, cœur du film et du récit), c’est finalement dans le but de ne pas laisser le rythme flancher et conserver une tension qui va imprégner le spectateur. Aucune émotion, mais une mise en scène et un script qui ne laisse aucun répit, aucun temps mort.

Une partie du chat et de la souris que se jouent une flotte de navires américains et des U-Boote Allemands. Le prédateur règne, observe, tapis dans l’ombre sous la surface, loin des radars de la proie afin de mieux la surprendre. Il joue avec sa proie, la nargue et cherche à la faire douter, à lui faire mal. Le danger est omniprésent et la riposte complexe. En ce sens, Greyhound est un film de guerre au script absolument remarquable. Son découpage optimale (sans pour autant être d’une grande créativité), sa mise en scène qui ne laisse aucun répit et l’omniprésence des plans d’écoute sur un équipage désemparé, mais prêt au combat, renforce la tension et enrichie l’action. Sa réalisation terre-à-terre, qui jongle continuellement entre deux échelles de plans (rapproché et moyen) et délaisse volontairement le plan large afin d’oppresser ses personnages et de faire transparaître peur et incertitude, renforce la crédibilité des événements. Immersion garantie et certifiée par cette crédibilité permise grâce à une réalisation qui n’en fait pas trop. Et ce, sans pour autant délaisser le spectaculaire. Peu grandiloquent, mais spectaculaire (de très nombreux plans des navires en mouvement avec une mer déchaînée qui renforce le tout) et anxiogène grâce à ce script resserré à son paroxysme.

L’action au détriment de l’émotion. Greyhound est une oeuvre au parti pris aussi osé que particulier. S’émanciper des fresques cinématographiques habituelles et se rapprocher de l’expérience optimale. De cette manière, chercher à faire transparaître l’intensité du combat. Ce qui serait pour beaucoup le deuxième, voire troisième acte d’un récit, est ici son premier et dernier. En résulte une oeuvre désincarnée, portée par des personnages avec lesquels le spectateur ne peut se lié (mis à part quelques gros plans qui font transparaître moments de peur et d’incertitudes qui provoquent l’empathie), mais d’une intensité absolument remarquable. Un script d’une précision chirurgicale ou les actions, et réactions, vont s’enchaîner les unes après les autres, enrichissant cette intensité qui ne faibli à aucun moment. La bande originale, que l’on qualifiera de nappe musicale qui surligne au marqueur chaque émotion et chaque actions, ajoute un grain de sel indéniable. Peu d’identité ou de subtilité, mais une réelle utilité. Alors oui, Greyhound n’a pas l’incarnation et la richesse d’une fresque telle que Saving Private Ryan, Hacksaw Ridge, Das Boot ou encore The Hunt for Red October pour rester dans le thème, mais il demeure une immersion en pleine mer, aux côtés d’un commandant soucieux, mais déterminé. Immersif et d’une intensité incroyable à défaut d’être incarné et joliment caractérisé.


Actuellement disponible exclusivement sur Apple TV+

« Haletant, un script redoutable d’intensité et formellement implacable, Greyhound souffre d’un manque de caractérisation dans ses personnages. »

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