Grève ou Crève, la vie est un sport de combat


Synopsis : « Décembre 1995. Un millier de mineurs se soulèvent dans l’un des plus violents combats pour la justice sociale de l’histoire contemporaine française. Un quart de siècle plus tard, la rage continue de grandir et la lutte est plus présente que jamais. Composé de vidéos d’archives exclusives de cette période et d’images des habitants actuels de la ville, “Grève ou crève” dépeint le portrait de deux générations pour lesquelles la lutte n’a jamais cessé, malgré les apparences. »


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Mettre en parallèle les grèves de 1995 à Forbach (en Lorraine) avec les combats menés par ses jeunes aujourd’hui pour s’assurer une vie meilleure est une idée intéressante. Intéressante car le réalisateur Jonathan Rescigno utilise les cercles de boxe pour montrer comment ces jeunes s’entraînent à encaisser les coups pour s’en sortir… quand leurs aînés utilisaient la force également pour mener les piquets de grèves et tenter de maintenir leurs usines ouvertes. Et si les plus âgés ont baissé les bras face à la mondialisation, ces jeunes semblent vouloir se battre, et restent le poing levé pour s’en sortir. Quand le réalisateur suit les jeunes boxeurs, il montre un certain optimisme qui n’existe plus chez les anciens mineurs. Ces derniers portent les stigmates et les cicatrices des luttes de 1995. On le ressent perpétuellement, en continu, comme un poison qui court sans cesse avec des passages touchants ou révoltants comme lors d’un procès à venir pour un ancien mineur constamment rabaissé par sa compagne car il n’a pas compris qu’il s’était fait manipuler par son ancien patron.

Sur le fond, Jonathan Rescigno réussit à mêler ces deux époques, ces deux moments par les combats quotidiens comme identiques, comme se faisant écho mais avec une issue qui pourrait être positive pour la jeune génération. Mais sur la forme, le documentaire use et abuse d’un effet qui prend le film et étouffe le spectateur au point de le placer dans une langueur qui devient monotone. Le documentaire aurait gagné en force si le choix avait été fait de mener la démonstration sur une durée plus réduire que l’heure et demie. Et surtout en n’abusant pas continuellement de cette brume qui semble emporter tout sur son passage. Cette brume est la transition entre les images d’archives où la violence est présente, où les combats sont continus entre mineurs et patrons protégés par les forces de l’ordre. Elles aboutissent à une solitude et un échec complet des forces en présence face à la fermeture des mines. Alors pour amener les transitions vers la jeunesse, le réalisateur utilise cette brume. elle semble emporter tout sur son passage mais d’ennemi invisible glissant dans les rues, rappelant les gaz lacrymogènes lancés sur les manifestants, elle devient assourdissante au plus elle envahit l’espace. Et ce bruit gêne le spectateur.

L’idée est pourtant bonne : elle permet la transition entre les deux époques, entre les images d’archives et les images de boxe mais pourtant elle vrille la tête au point de provoquer un ennui profond et une envie de détourner le regard. Alors si le portrait des jeunes est drôle, juste et investi, quand le réalisateur s’intéresse aux anciens mineurs, il se perd dans son propos qui se veut “le combat avant tout et à poursuivre face à l’oppression qui menace”. Pourtant le documentaire dresse habilement l’état des lieux d’une ville où jeunes et moins jeunes s’entendent pour tenter de réussir à s’en sortir. Une jeunesse investie dans le sport où un avenir est possible, où leurs rêves sont réalisables. Une envie de réussir chevillée au corps, grâce à une personne : leur entraîneur. Lui aussi a vécu la crise et les grèves de 1995 dont il a retiré une force de combattre qu’il leur transmet en leur donnant le goût de l’effort et la motivation de résister. Cette force de se battre irradie le film et offre une énergie nouvelle pour pousser les jeunes à vouloir aller le plus loin possible. L’entraîneur donne à ces jeunes l’envie de combattre comme il l’a eue quand il était avec ses camarades ouvriers en 1995. Et malgré des grèves qui se sont soldées par la fermeture des mines, il veut que ces jeunes construisent un avenir en s’appuyant sur son passé compliqué.

Autre réussite de ce documentaire, montrer comment la recherche des origines permet à ces jeunes issus de l’immigration de comprendre le travail et le sacrifice de leurs parents. Ils se sont cassés le dos pour offrir à leurs enfants une vie meilleure… brisée par les grèves. Jonathan Rescigno convoque alors la revanche de ces jeunes sur un passé de grève où il faut avancer pour éviter de “crever”. En mêlant les époques et les personnes pour raconter un passé glorieux brisé par les fermetures ouvrant sur un avenir pourtant incertain où ces jeunes peuvent tout tenter, le réalisateur joue des images clichées pour faire sourire comme cette bénédiction du musée des mineurs. Nous sommes dans le Grand-Est où la loi de 1905 n’a pas cours puisqu’à ce moment, l’Alsace-Lorraine appartenait à la Prusse.

Grève ou Crève est un documentaire attachant quand il s’intéresse aux jeunes. Offensif quand il reprend les images des manifestations de 1995. Mais amoindri quand il n’arrive pas à mettre des mots sur les maux des anciens mineurs. Par le manque d’un bon liant entre images d’archives, tristesse et colère actuelle des aînés, le réalisateur fragilise le récit mais ne diminue pas son propos qui se veut toujours dans la lutte.


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« Le documentaire dresse habilement l’état des lieux d’une ville où jeunes et moins jeunes s’entendent pour tenter de réussir à s’en sortir. »

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