Greta, entretien avec l’ombre d’un cinéaste aussi nommé Neil Jordan

Synopsis : « Quand Frances trouve un sac à main égaré dans le métro de New York, elle trouve naturel de le rapporter à sa propriétaire. C’est ainsi qu’elle rencontre Greta, veuve esseulée aussi excentrique que mystérieuse. L’une ne demandant qu’à se faire une amie et l’autre fragilisée par la mort récente de sa mère, les deux femmes vont vite se lier d’amitié comblant ainsi les manques de leurs existences. Mais Frances n’aurait-elle pas mordu trop vite à l’hameçon ? » 


Les lumières de la salle de cinéma s’allument, tu te repositionnes sur ton siège pour avoir fière allure parce que la position “je m’installe comme à la maison” ce n’est pas trop ça, et là, ton ami(e) se retourne vers toi et te pose la question fatidique…

Cinéaste bien implanté dans le milieu depuis les années 90, Neil Jordan a connu des heures de gloire avant de finir dans l’ombre de ses compères. Reconnu et adulé pour une œuvre telle que Entretien avec un Vampire, il peine aujourd’hui à produire de nouveaux projets à risque. Le dernier en date, Byzantium une œuvre gothique perfectible, mais à la direction artistique fabuleuse et au casting absolument parfait (Gemma Arterton et Saoirse Ronan en tête), a connu une distribution calamiteuse que ce soit sur le territoire Américain comme à l’étranger. Il nous revient cette année (2019 ndlr) avec la bien nommée Greta. Vendu sur le nom et la renommée des deux actrices principales, on sent le besoin du cinéaste de renouer avec le succès ou ne serait-ce qu’un minimum de rentabilité pour ses producteurs,  afin de pouvoir rebondir et développer un nouveau projet créatif et ambitieux. Puisque oui, ne nous voilons pas la face, Greta est malheureusement une œuvre à l’image de son marketing : peu créative et ambitieuse malgré la pâte Neil Jordan qui se fait sentir à de rares moments.

Épousant le nom de l’une de ses protagonistes en tant que titre, Greta raconte, tel qu’il le laisse présupposer, l’histoire d’une certaine Greta. Qui est cette Greta dont la jeune Frances va retrouver le sac à main dans le métro ? Tel est le postulat de départ, tel est le questionnement qui va chercher à bousculer le spectateur tout au long du visionnage. Malheureusement, un spectateur assidu qui est allé au cinéma au moins trois fois depuis 1989 comprend avant même d’entrer dans la salle de cinéma, qui est Greta. Une fois n’est pas coutume, le réel problème qui va amputer le film et l’ensevelir sous des défauts irrécupérables n’est autre que celle qui est centrale à l’histoire et dont le nom est le titre du film. Greta est une psychopathe en mousse. Excellent faiseur dans l’âme, capable tel un M. Night Shyalaman de créer des ambiances stressantes et oppressantes (lorgnant sur le fantastique), Neil Jordan s’efforce ici de faire de sa protagoniste une femme de tous les jours, mais mentalement fragile et destructrice. Réussir à faire peur, à créer un sentiment de stresse tout en ayant recours à des idées de mise en scène qui rendent le film réaliste, logique et plausible. En ce point, Greta s’avère être un film intéressant. Elle stalke, suit sa proie de l’œil sans jamais se cacher. Oppressante, car omniprésente sans être pour autant menaçante ou effrayante physiquement. Elle avance à son rythme, ne va pas bien vite, mais est toujours là, suivant sa proie du regard, car elle a un coup d’avance.

Quelques belles idées de mise en scène rythment le film dans sa première partie, donnant du corps à ses trois seuls et uniques personnages. Malheureusement, plus le film avance, plus ce jeu du chat et de la souris sombre dans l’illogisme et la facilité, perdant l’intérêt du spectateur qui sombre de son côté dans l’ennui le plus profond. Un jeu du chat et de la souris qui se transforme en un « je t’aime moi non plus » avant de revenir au premier. Les personnages n’ont absolument aucun caractère et se laissent engrener, simplement afin que l’histoire puisse avancer le scénario découler sur son troisième et dernier acte. Un troisième acte pas inintéressant sur le fond, mais aucunement touchant ou haletant à cause de personnages pas attachants, car décrébilisés auparavant. Un scénario à rallonge, qui aurait pu donner un bon court-métrage d’une trentaine de minutes, mais en aucun cas un bon long-métrage d’une heure et trente minutes. Oscillant entre le thriller psychologique et la comédie noire, Greta se trouve dans un entre-deux qui ne réussit jamais à créer une tension ou le rire. C’est malheureusement l’aspect risible de certaines situations et de certains agissements des personnages qui va entraîner un rire nerveux chez le spectateur. Ce qui ne devait pas être l’objectif du cinéaste.

Malgré tout, Neil Jordan n’en demeure pas moins un bon faiseur. Au-delà des idées de mise en scène intéressantes dont il a été question plutôt, il fait ici preuve d’une belle recherche dans la composition de ses cadres. Peu répétitifs et toujours agréables à l’œil, alors qu’il revient très souvent dans les mêmes environnements fermés. Didactique et extrêmement factuel, le film Greta propose néanmoins quelques fulgurances artistiques pertinentes. Tant en jouant sur le sound design, qu’avec la direction artistique, que l’image en elle-même. Le cinéaste ne cherche pas à créer de jumps-scare (il en fait un pour s’amuser avec le spectateur), mais va chercher à travailler sa mise en scène pour captiver le spectateur dans le but de créer une émotion. Si ça ne fonctionne malheureusement que très rarement, ce parti-pris se ressent durant le visionnement et se doit d’être mis en avant dans une époque comme la nôtre où le cinéma d’épouvante et le thriller psychologique use et abuse de cet effet souvent grossier. C’est propre, peut-être même trop propre pour marquer les esprits et avoir sa propre identité visuelle.

Si l’on n’en attendait rien de particulier, Greta ne nous a pas pour autant apporter quoi que ce soit d’intéressant. Capable du pire comme du meilleur, Greta semble être le film de la dernière chance pour un cinéaste afin de trouver de l’argent grâce à son casting et mettre en scène des projets plus ambitieux par la suite. Pas créatif, le film Greta repose sur une histoire prévisible et éculée, incarnée par des personnages sans réels caractères affirmés ou personnalités. Si visuellement le film n’est pas inintéressant, il n’en est pas pour autant marquant. Didactique, factuel et peu créatif malgré quelques belles petites idées de mise en scène et de réalisation. On en retiendra néanmoins le duo Chloë Grace Moretz/Maika Monroe à l’alchimie convaincante, là où Isabelle Huppert se ridiculise dans un nouveau tour de psychopathe aucunement effrayante ou stressante. Revoyez Byzantium, perfectible, mais doté d’une réelle ambition (entre autres visuelle) qui mérite que l’on s’y attarde davantage.


« Greta accuse un scénario laborieux qui enchaîne facilité sur facilité, ne trouvant que rarement la bonne tonalité. Pas désagréable, mais déjà oublié. »


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