Girl réalisé par Lukas Dhondt [Sortie de Séance Cinéma]

Synopsis : «Lara, 15 ans, rêve de devenir danseuse étoile. Avec le soutien de son père, elle se lance à corps perdu dans cette quête d’absolu. Mais ce corps ne se plie pas si facilement à la discipline que lui impose Lara, car celle-ci est née garçon. »


Les lumières de la salle de cinéma s’allument, tu te repositionnes sur ton siège pour avoir fière allure parce que la position “je m’installe comme à la maison” ce n’est pas trop ça, et là, ton ami(e) se retourne vers toi et te pose la question fatidique…

Le titre pose d’emblée l’identité du personnage principal : Girl, une fille. Une jeune adolescente qui a juste 16 ans. Une jeune adolescente en transition pour devenir ce qu’elle est au plus profond d’elle-même : une fille, une future femme alors que Lara est née garçon. Nouveau venu dans le monde du cinéma, le belge Lukas Dhondt décide de traiter pour son premier long-métrage de la transidentité. L’idée du scénario est survenue à la lecture d’un article sur une jeune fille née dans un corps de garçon, persuadée d’être une fille. C’est cette détermination et cette énergie ressentie qui a convaincu le jeune réalisateur à écrire sur le sujet. Dans cette histoire, Lara est une fille qui souhaite danser, évoluer dans un ballet et devenir danseuse étoile même si elle sait pertinemment qu’elle a un retard à rattraper puisqu’elle a d’abord appris la danse en tant que garçon. Les entraînements sont plus difficiles, l’énergie que doit mettre la jeune Lara redoublée pour parvenir à combler ce retard. Pour interpréter cette jeune fille en transition, l’équipe a auditionné plus de 500 jeunes personnes, des filles, des garçons, cisgenres, transgenres, mais aucun·e interprète ne fut convaincant·e, l’équipe s’est tournée vers des danseurs et a rencontré la perle rare : Victor Polster. Ses traits androgynes, la douceur dans la voix et ses gestes viennent composer le personnage de Lara pour exprimer une adolescente en devenir : une jeune fille qui va devenir femme, mais qui ne veut pas brûler certaines étapes comme rencontrer et vivre l’amour alors qu’elle attend que son corps exprime enfin cette vérité en elle.

Avec douceur, sans voyeurisme, Lukas Dhondt réussit à élever l’histoire au-delà d’une simple curiosité malsaine. Pas de rancoeur, pas de colère dans la famille, car Lara est aimée et entourée par un petit frère amusant (le jeune Oliver Bodart) et surtout un père aimant et compréhensif qui veut juste que sa fille grandisse tranquillement et profite de chaque instant. Arieh Worthalter est incroyable d’amour, de tendresse et d’émotion pour cette fille qu’il aime et admire plus que tout. Mais dans le milieu où évolue Lara, les tensions sont fortes et les enjeux de la danse créent les coups bas. Deux scènes ouvertement transphobes sont dépeintes avec une réalité glaçante repositionnant sans arrêt Lara dans son statut d’adolescente qui n’est pas encore une fille bien que répétant avec ses consœurs, parce qu’elle n’a pas encore terminée sa transition. En ce sens, la scène de la pyjama party est la plus détestable et violente sans pourtant que des éclats de voix n’apparaissent. Cette scène est le point d’orgue de l’acceptation de Lara dans l’univers de la danse plus que dans l’univers des femmes. Cette scène est aussi le point d’échange entre un père et sa fille pour enfin retrouver un dialogue.

Retrouver un dialogue alors que pourtant tout semble toujours bien se passer entre Mathias et Lara… mais un père ressent les problèmes de ses enfants. On assiste alors à une discussion banale entre un parent et son ado qui ne veut parler, ne souhaite se confier, car le mal-être ne doit pas apparaître. Parce que Lara veut juste se montrer forte et courageuse… ne pas partager sa peine, car elle est une adolescente forte. Pour appuyer le drame qui couve, le réalisateur joue avec la lumière. La photographie signée Frank Van den Eeden souligne les moments de joie et de bonheur comme les moments de doute ou d’oppression. Ainsi lors des visites avec le psychologue ou la médecin, Lara est entourée d’une lumière ensoleillée pour appuyer le côté resplendissant de sa transition, mais elle glisse vers des zones d’ombres quand il s’agit de lever les questions, les interrogations autour de la force du corps à se préparer à une opération. Mais l’habilité de la photographie se ressent également lors des phases dans la chambre de Lara ou de la pyjama party : une lumière jaune, forte, loin d’être chaleureuse et oppressante. Et avec des effets de miroirs, constants, Lara découvre son corps, ce qui la gêne encore, ses attentes sans jamais pourtant sombrer dans le voyeurisme. C’est par le jeu de touches d’espoir et aussi de questionnement, de peur et de frustration que Lukas Dhondt réussit à installer Lara dans un monde en mouvement qui n’attend qu’elle pour qu’elle puisse se révéler enfin… même si cela n’est pas sans sacrifice. Les scènes ultimes seront insoutenables, mais révèleront enfin Lara à elle-même. Un portrait juste et touchant d’une adolescente en devenir sans pathos ni larmes obligatoires. Une jolie réussite.


«Avec douceur, sans voyeurisme, Lukas Dhondt réussit à élever l’histoire au-delà d’une simple curiosité malsaine. »

Des scènes, des propos ou des images peuvent heurter la sensibilité des spectateurs.


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