Ghost in the Shell réalisé par Rupert Sanders [Sortie de Séance Cinéma]

Synopsis : “Dans un futur proche, le Major est unique en son genre: humaine sauvée d’un terrible accident, son corps aux capacités cybernétiques lui permet de lutter contre les plus dangereux criminels. Face à une menace d’un nouveau genre qui permet de pirater et de contrôler les esprits, le Major est la seule à pouvoir la combattre. Alors qu’elle s’apprête à affronter ce nouvel ennemi, elle découvre qu’on lui a menti : sa vie n’a pas été sauvée, on la lui a volée. Rien ne l’arrêtera pour comprendre son passé, trouver les responsables et les empêcher de recommencer avec d’autres. “


Les lumières de la salle de cinéma s’allument, tu te repositionnes sur ton siège pour avoir fière allure parce que la position “je m’installe comme à la maison” ce n’est pas trop ça, et là, ton ami(e) se retourne vers toi et te pose la question fatidique…

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Sortie de Séance rédigée sans avoir vu le film d’animation de Mamoru Oshii ou lu le manga écrit par Masamune Shirow

Depuis plusieurs années maintenant, le cinéma de divertissement américain est représenté par un panel de films qui ne sont autres que des remakes, reboots et adaptations en tous genres. Films de super héros compris puisqu’ils sont, rappelons-le, des adaptations de comics édités par les sociétés Marvel ou DC Comics. Pour trouver une œuvre originale, il faut le vouloir et lorsqu’on met la main dessus, on est généralement satisfait de pouvoir dire qu’il s’agit d’une licence originale. À l’instar d’un Akira, dont il est question depuis plusieurs années maintenant de faire une adaptation, la franchise Ghost in the Shell a toujours intéressé les sociétés de productions américaines. C’est plus précisément en 2008 que Steven Spielberg, par le biais de la société de production DreamWorks, a fait l’acquisition des droits dans le but d’en réaliser une adaptation en live-action. Après plusieurs tentatives rendues veines par X raisons, voici que débarque enfin cette adaptation sur nos écrans. Craintifs et attentifs à la fois, néophytes comme fans de la première heure ne demandaient qu’à être surpris, qu’à découvrir un blockbuster à la fois spectaculaire et intelligent. Une fois n’est pas coutume, Ghost in the Shell c’est finalement avéré être un blockbuster de bas étage, qui ne fait que survoler des thématiques et questionnements dont les réponses ont déjà été apportées au cinéma il y a des dizaines d’années de ça. Sans revenir sur les diverses polémiques qui collent au film encore aujourd’hui, le problème fondamental de ce Ghost in the Shell réside dans son concept. C’est une adaptation à gros budget qui se doit de ravir les fans de la première heure et un public qui n’a pas connaissance de la franchise. Le premier veut voir un film intelligent, fidèle et à la réflexion poussé sur la distinction entre robots et êtres humains (une des réflexions que propose le scénario), alors que le second veut avant tout un divertissement spectaculaire.

Ghost in the Shell, une réussite artistique et… ?

Dans ce sens, Rupert Sanders a réussi son pari en délivrant un blockbuster aux scènes d’action spectaculaires et au scénario dont le questionnement central est : “y’a-t-il une distinction entre un homme et un robot doté d’une âme ?” Et par conséquent : “qu’est-ce que l’âme ? “. Cependant, l’objet cinématographique n’en est pas pour autant intéressant, n’en est pas pour autant original. Le scénario du film ne fait que survoler les thématiques métaphysiques et existentielles qu’il utilise pour faire avancer son histoire. En plus de ça, il tente de faire survivre les différents personnages secondaires (la section 9, le l’antagoniste…), mais se perd très rapidement. Ne sachant plus quoi mettre au premier plan, il se contente de faire avancer son histoire jusqu’au dénouement. Sans parler de la polémique du “whitewashing” qu’il tente de justifier par le biais d’une pirouette scénaristique. Ça fait doucement sourire. Le scénario n’est également pas pour autant original simplement grâce aux thématiques exploités. Metropolis de Fritz Lang, Matrix réalisé par les Frères Wachoswki, I Robot réalisé par Francis Lawrence d’après un roman de Isaac Asimov ou encore Frankenstein réalisé par James Whale… les exemples de films qui usent du questionnement sur l’âme et le rejet de l’autre à cause de son corps organique ou humanoïde sont multiples. Existe pléthore d’œuvres cinématographiques toutes plus pertinentes que ce Ghost in the Shell qui ne fait que survoler les thématiques qui ornent un scénario dont les moments clefs sont les scènes d’action. Des scènes d’action de bonne facture, efficaces et spectaculaires grâce à une réalisation soignée qui s’émancipe quelque peu des tendances modernes hollywoodiennes. Même si on regrette une abondance d’effets pyrotechniques et visuels inutiles, ainsi qu’un montage encore trop cut, les chorégraphies sont amples et les raccords bien sentis afin de rendre les scènes un tant soit peu lisibles et agréables. L’utilisation de ralentis permet d’accentuer cette lisibilité et d’intensifier certains coups et mouvements réalisés par des seconds rôles charismatiques. Pilou Asbæk et Takeshi Kitano en tête. Scarlett Johansson est quant à elle littéralement transparente et sert la même partition que pour Lucy et ses dernières grosses productions américaines.

Au-delà de son scénario problématique, car brouillon et fondamentalement vide de toute proposition sur les réflexions proposées, Ghost in the Shell est un film à l’univers cyberpunk qui n’a pas compris le sens du terme cyberpunk. Ici tout n’est que couleurs, que néons et artificialité. Ce qui semble être un Neo Tokyo n’a pas d’âme et n’est qu’un amoncellement de building, de néons et d’hologrammes qui poussent le spectateur à se dire : “on est dans le futur”. C’est visuellement très joli grâce à des effets spéciaux de qualité et à une mise en scène qui joue sur la profondeur, permettant aux fonds verts de littéralement disparaître, mais cette ville ne reste qu’un simple décor inerte, vide et sans vie. Là où avec son simple plan d’introduction, Blade Runner (pour ne citer que lui) inculquait du corps, quelque chose d’organique et de brutal au lieu de l’action. Ce qui a en toute vraisemblance une incidence sur l’immersion du spectateur et sur l’ambiance que va dégager l’œuvre dans sa globalité. Artistiquement, le film est beau et très agréable à regarder, mais il n’en reste pas moins vide et dénué d’humanité. Problématique pour une œuvre dont le scénario repose sur la recherche d’humanité d’un androïde…

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