Forte, un film avec un cœur gros comme ça !


Synopsis : « L’important, c’est d’être soi-même. Mais pour Nour, 20 kilos en trop et un bonnet en guise de coupe de cheveux, c’est compliqué ! Elle ne semble être une option pour aucun mec… Bien déterminée à enfin séduire, elle a trouvé la solution imparable : la Pole Dance. Avec l’aide d’une prof un peu particulière et de ses deux meilleurs amis tout aussi paumés qu’elle, Nour va surtout essayer d’apprendre à s’accepter. »


Les lumières de la salle de cinéma s’allument, tu te repositionnes sur ton siège pour avoir fière allure parce que la position “je m’installe comme à la maison” ce n’est pas trop ça, et là, ton ami(e) se retourne vers toi et te pose la question fatidique…

C’est l’histoire d’un premier film… l’histoire d’une première fois… l’histoire d’un rêve sur grand écran…. Et cette belle histoire se fracasse sur la pire pandémie de ce début de XXIe siècle. Avec la fermeture des cinémas en France, la seconde réalisation de Katia Lewkowicz, Forte, écrite et pensée par sa comédienne principale, Melha Bedia, n’a pas dépassé la case des avant-premières. Une possibilité : attendre la réouverture des salles de cinéma pour rencontrer son public. Mais deux risques : se frotter aux sorties prévues lorsque les cinémas seront ouverts et la peur de l’absence du public face à une épidémie qui pourrait revenir malgré les gestes barrières ou la diminution de capacité d’accueil des salles. Solution : obtenir la chance de sortir sur une plateforme de vidéos à la demande. Une possibilité permise car le film n’est pas sortie en salles, il n’est donc pas soumis à la chronologie des médias… une issue de secours mais une croix sur les César et un passage en télé.

Katia Lewkowicz et Melha Bedia ont fait le choix avec leur producteur Quad Prod de proposer Forte sur la plateforme Amazon. Un choix osé et audacieux, un pari risqué permis par le CNC. Permis alors que le film a reçu une aide financière, assortie d’une obligation de passer par les salles… grâce au rachat complet par Amazon (notamment auprès de tous les finances français et des acheteurs internationaux), le film peut débarquer sur vos ordinateurs sans avoir à subir la chronologie des médias. Est-ce une bonne idée pour cette comédie française ? C’est un peu quitte ou double surtout que depuis janvier, ce genre cinématographique s’est clairement cassé les dents en salles. On ne compte plus les échecs comme Le Lion, Play ou encore Le Prince oublié.

Au final, cette prise de risque est une excellente idée avec un véritable regret de ne pas découvrir ce film sur grand écran surtout que cette histoire de jeune fille mal dans son corps avait véritablement toutes ses chances pour plaire au plus grand nombre ! Forte est une comédie française qui a du cœur. J’aurais aimé pouvoir la découvrir en salles avec d’autres spectateurs car je suis certain que cette histoire aurait pu rencontrer son public. Mais avec cette nouvelle vie sur la plateforme de SVOD, elle va également pouvoir rencontrer son public. Et le public ne s’y trompe pas car Forte cartonne… le bouche à oreilles est réel, les retours sont positifs et au final, c’est peut-être mieux ainsi.

Si Forte plait dès son introduction, c’est parce que Melha Bedia a décidé de parler d’elle, de son complexe de poids, de cette peur de séduire ou d’être séduite… en clair de l’apparence et l’image que l’on renvoie aux autres. Nour, que joue Melha Bedia, c’est le bon pote, celle que les mecs rêvent d’avoir dans leur équipe de foot, celle qui est sympa et qui écoute mais certainement pas la fille sur laquelle on s’arrête ou on se retourne dans la rue. Pourquoi ? Parce qu’elle ne fait pas attention à elle, parce qu’elle est forte… mais dans ce film, si le poids est le centre du problème, le scénario parle au plus grand nombre car tout le monde souffre de complexes. Avec l’aide de Frédéric Hazan, la jeune femme raconte une histoire universelle : ce moment où on se sent mal dans sa peau et où les larmes sont remplacées par des éclats de rire… car il vaut mieux rire de soi : faire envie que faire pitié.

Pourtant la blessure est réelle et à la faveur d’une rencontre avec Sissi, professeur de pole dance au passé trouble, jouée avec tendresse par Valérie Lemercier, notre héroïne pourrait bien devenir différente et laisser parler ce côté féminin qui ne demande qu’à sortir par cette brèche ressentie en tournant autour de la barre. Pour l’encourager, deux amis : Adèle (Alison Wheeler), la bonne copine hilarante et mère de famille, à la recherche d’un mec pour une nuit ou pour la vie et Steph (Bastien Ughetto) en garçon réservé qui se cherche encore une vie amoureuse et sexuelle.

Sur ce point, si le trio fait des étincelles dans les blagues et les vannes qu’ils s’envoient à la figure, leurs histoires personnelles ne sont pas totalement abouties. La bonne copine rencontre l’homme qui pourrait bien la faire craquer mais quand l’hypothèse d’un moment au-delà du premier soir s’esquisse, la réalisatrice ferme la porte de cette histoire. Il en va de même avec Steph dont l’amour pour un garçon reste finalement une expérience pour l’amener à assumer ce côté féminin porté par chaque garçon. Pourtant cette rencontre avec Lionel, le médecin (joué avec sensibilité et humanité par Lionel Lingelser) réserve quelques moments drôles, romantiques mais un poil caricatural.

Pourtant Forte est drôle tout le temps. La comédie a ce petit “je ne sais-quoi” qui fait craquer. Sans doute grâce à l’immense respect que porte Melha Bedia aux personnages qu’elle a écrit et au casting qui l’entoure. Et aussi par cette façon dont Katia Lewkowicz et sa caméra filment avec amour son actrice principale. Jamais, elle ne la place dans une situation vulgaire ou dégradante. Et si l’on rit de voir Nour tenter les positions autour de la barre de pole dance ou encore les chorégraphies sensuelles, c’est pour se rendre compte des progrès effectués au fur et à mesure de l’histoire. Même lorsqu’elle apprend auprès des filles de la pole dance, le regard de la caméra est toujours bienveillant. Avec pourtant une frustration : la conclusion dans le club de pole dance, prévisible, montre toutes les amies de Nour dansant, se lovant, tournoyant autour de la barre mais pas l’héroïne… sans doute est-ce un final en-deçà de nos espoirs même si l’amour gagne à la fin.

Forte ne bénéficiera sans doute pas de nominations aux prochains César (à moins d’un changement de règlement… qui ferait bondir le monde du cinéma mais à situation exceptionnelle, exception exceptionnelle). Des nominations qui n’auraient peut-être pas été couronnées par des trophées mais auraient offert un nouvel éclairage pour permettre à Melha Bedia d’être reconnue comme actrice certes mais surtout comme scénariste par ses pairs. Pourtant aujourd’hui, le succès du film sur la plateforme est la plus belle des récompenses. Il ouvre une voix royale à Melha Bedia débarrassée de toute pression supplémentaire, sauf celle d’écrire un second film. Cette prochaine aventure est la plus belle, la plus grisante et la plus stressante comme celle de tenter la pole dance… car il faut dire LA pole dance. Mais pour le moment, laissons l’actrice savourer le succès mérité de cette histoire dont la route a été parsemée d’embûches.


Disponible sur Amazone Prime Vidéo en France

« Forte est une comédie française qui a du cœur et qui aurait mérité d’être vue en salles pour rencontrer son public. »


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