Force of Nature, Mel Gibson dans l’œil du cyclone

Synopsis : « Un policier est chargé de protéger les résidents d’un immeuble pris au piège après le passage d’un ouragan. Parmi eux, un détective à la retraite refuse d’être évacué. En parallèle de la catastrophe météorologique, un groupe de criminels tente de réaliser un vol mystérieux au sein du bâtiment. »


Les lumières de la salle de cinéma s’allument, tu te repositionnes sur ton siège pour avoir fière allure parce que la position “je m’installe comme à la maison” ce n’est pas trop ça, et là, ton ami(e) se retourne vers toi et te pose la question fatidique…

« When the perfect crime, meet the perfect storm. » Tel que son titre le laisse paraître, Force of Nature est, ce que l’on nomme plus communément: un « Hurricane Heist ». L’art de se servir d’un phénomène climatique naturel afin, non pas d’enrichir son film, mais de créer l’illusion que, ce qu’ils s’apprêtent à voir, possède un semblant d’originalité. Contextualiser son action afin de permettre au spectateur de comprendre où cette dernière a lieu, dans le simple but qu’il puisse comprendre plus facilement les intentions des personnages. Le contexte va avoir une incidence majeure sur le comportement, sur la psychologie des personnages. On parle d’une époque, d’un pays, d’une ville, d’un système économique et/ou politique, mais également de la condition psychologique et physique de chacun des personnages au moment où le scénariste décide de placer son histoire. Plusieurs éléments qui n’ont pas à être expliqués par le prisme de dialogues et de l’histoire, mais qui vont avoir une incidence et permettent de créer l’illusion. Donner l’illusion qu’ils existent en dehors de ce qui est montré aux spectateurs, donner l’illusion qu’ils continuent de vivre. Ce qui va être essentiel afin de créer une implication et un lien émotionnel entre le spectateur et les personnages. Il ne faut pas que le contexte, qui va permettre à l’action de se développer, ne soit qu’un prétexte. Ce que le scénariste Cory M. Miller n’a semble t-il pas saisi.

Simple « Hurricane Heist » et non des moindres, Force of Nature est un film problématique, car au-delà d’être extrêmement mal écrit, il est un film dont le scénario ne va pas s’arrêter au simple fait de se servir de son contexte comme d’un prétexte. Un prétexte à enfermer ses personnages au sein d’un même édifice quelconque. Un prétexte qui va être justifié par des images d’archives de l’Ouragan Maria qui a frappé les côtes de la ville de Puerto Rico en septembre 2017. Ouragan de catégorie 5 qui a coûté la vie de 2975 personnes au sein de la ville de Puerto Rico et, qui se voit ici, utilisé comme prétexte à une histoire de braquage qui n’a pas rapport. Événement dramatique aucunement exploité par le metteur en scène. L’ouragan est là, suggéré par les pluies qui font rage et le bruit du vent en arrière-plan. Mais il n’a aucune incidence sur les personnages, mis à part, créer leur rencontre et mettre en scène quelques moments d’action. Penser au récent Crawl réalisé par le français Alexandre Aja, n’est pas anecdotique. Un même contexte (les pluies diluviennes et dangereuses de l’ouragan qui engendre la création d’un huis clos), mais pas un même film. Pour Alexandre Aja, les pluies violentes engendrées par l’ouragan, deviennent un élément de mise en scène. L’ouragan est indissociable de l’histoire et au développement du suspense, centre névralgique de l’oeuvre. Pour Michael Polish, il est un prétexte dont il ne se sert jamais dans sa mise en scène. Jamais les personnages ne vont être mis en danger à cause de l’ouragan. Le danger est nourri par leur rencontre et cette opposition manichéenne entre les gentils et les méchants.

23 millions de dollars de budget pour un huis clos dans un édifice déshumanisé et à la direction artistique aussi fade et désespérée que le jeu de l’acteur principal Emile Hirsch. Si l’on pense à d’autres huis clos du même acabit, The Raid et Dredd pour ne citer qu’eux, leurs scènes d’action sont nourris par la direction artistique apportée à l’édifice. Un édifice dont chaque étage ou chaque appartement se doit d’avoir une identité visuelle et un intérêt scénaristique. Ni beau, ni laid, les personnages vont arpenter les couloirs d’un bâtiment quelconque et se retrouver dans des appartements qui n’ont aucune identité. Ils ne racontent rien, mais sont simplement présents afin de permettre à l’histoire de découler de manière fluide et compréhensible (avec ses beaux fusils de Tchekhov apportés à la truelle comme on en a de plus en plus l’habitude). Des décors, une direction artistique à l’image du film en lui-même : fade, désincarné, sans intérêt. On ne parlera pas de la gestion des éclairages, criard avec des intérieurs habillés d’une lumière jaune poussin qui va servir à créer une dichotomie avec le bleu marin de l’extérieur. La chemise couleur saumon portée par Mel Gibson et les uniformes bleus des officiers de police renforcent allègrement notre sentiment d’incompréhension artistique à l’égard de ce projet.

Regardé par pure curiosité, même curiosité créée spécifiquement grâce à la présence de l’acteur Mel Gibson au casting, l’on aurait pu attendre d’un film comme Force of Nature d’être une série b décomplexée, peu originale, mais jubilatoire dans ces quelques moments d’action. Si le charisme de Mel Gibson fait effet lors de trois gros plans, regard fixé sur sa cible et arme à la main, le restant du temps l’on se demande bien pourquoi. Pourquoi écrire un tel personnage ? Comment un scénariste peut-il écrire de tels personnages ? Comment un metteur en scène peut-il croire à de tels personnages ? Archétypaux, désincarnés, impossible de dire à quel moment est survenu le problème lors de la production du film. Chaque personnage répond à l’archétype qui lui correspond, sans qu’il n’y déroge ou ne se voit affublé d’une croyance ou d’un trait de caractère qui le rendrait humain et crédible. De purs personnages de fiction, dotés d’une tâche et d’un caractère qui n’évolue pas. Pas une seule seconde l’on y croît. Pas une seule seconde on a pas l’impression de voir des acteurs jouer un rôle et déclamer des répliques bien précises. Et ce, même si les répliques en question sont d’une bêtise profonde. Pas un personnage n’est intéressant, pas un choix de mise en scène n’est intéressant, pas une composition de plan n’est inspirée ou ne serait-ce que belle à regarder. Didactique, automatique, déshumanisé. Force of Nature, une créativité proche du néant, il faut le voir pour le croire.


Disponible en Vidéo à la Demande au Canada sur Apple TV et autres services

« Comment ? Pourquoi ? Problématique dans la manière de ne pas exploiter le contexte dans lequel se déroule son histoire, Force of Nature l’est sur de bien trop nombreux points. »

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