FIFAM 2016 | Rob – Discussion avec le plus rock des compositeurs cinéma !

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La 36e édition du Festival International du Film d’Amiens aura été l’occasion de faire quelques belles découvertes. Parmi celles-ci, l’on retrouve un compositeur. Un compositeur dont quelques-unes des créations sont connues de beaucoup, mais dont le nom n’est pas encore familier. Celui-ci se nomme Rob et a notamment composé pour Alexandre Aja, Rebecca Zlotowsky ou encore Romain Levy. Vous avez surement dû voir ou entendre parler de films dont il a signé les bandes originales, comme Radiostars, Horns, Made in France ou encore Populaire de Régis Roinsard pour laquelle il fût nommé aux Césars de la Meilleure Musique Originale. Un artiste accessible et sympathique, mais avant tout un compositeur de talent qui cherche à rester celui qu’il est et a toujours été.

Robin Coudert, alias Rob, n’a pas une formation académique de musicien comme certains compositeurs ont pu avoir. Il a toujours été bercé par la musique. A exercé de la trompette dès l’âge de huit ans, avant de s’orienter vers le piano et l’utilisation du synthé. A l’âge de 16 ans, il fonde un groupe de p-funk avec des amis, ce qui va lui permettre d’appréhender le travail sur scène. Loin du monde du cinéma, il entre aux Beaux-Arts à l’âge de 18 ans, sans pour autant délaisser la musique. Grâce aux membres du groupe Phoenix dont il est très proche (et qu’il accompagnera par la suite sur scène), il signe très rapidement chez un label. Cependant, après deux albums et deux flops (logiques d’après lui à cause d’une musique trop expérimentale, loin des musiques populaires et de radio), son contrat est rompu. C’est finalement “par hasard” qu’il rencontrera une jeune artiste de la FEMIS qui va lui demander de signer la musique de son court-métrage. De cette première rencontre et réalisation de bande originale, découleront de nouvelles rencontres notamment avec Rebecca Zlotowsky dont il signera toutes les bandes originales.

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Rob fait parti d’une génération bien particulière d’artistes musicaux. Une génération qui aujourd’hui, réalise des sons qui sortent de l’ordinaire. C’est pour cette même raison que des réalisateurs, mais également des producteurs, viennent vers lui. Dans le but de donner une “fraîcheur”, un vent de modernité et d’originalité aux films. Néanmoins, au travers de la longue discussion que nous avons pu avoir avec lui, Rob s’est révélé être un artiste qui a la tête sur les épaules et qui a envie de conserver son côté atypique. Faire face aux demandes de producteurs et prendre part aux projets qui lui semblent intéressants et auxquels il pense pouvoir apporter quelque chose. Au-delà des compositions très disparates qu’il peut réaliser, faisant de lui un véritable compositeur transgenre, c’est un artiste qui a conscience de ce qui est, et devient de plus en plus, le business du cinéma. Tous le pensent, le savent, mais peu le disent. C’est tout à son honneur et c’est, de ce fait, très intéressant de parler cinéma avec ce dernier.

Suite à un Ouvroir passionnant, William Tessier du blog Note de Cinéma, ainsi que Hadrien Langue et moi-même de CinéCinéphile, avons pu discuter avec Rob durant une trentaine de minutes. L’occasion d’en apprendre un peu plus sur sa cinéphilie, sur sa carrière en devenir, ainsi que sur ses projets futurs.


 

Interview croisée | ROB face à Note de Cinéma et CinéCinéphile :
  • Kevin Halgand : Après tout ce qui a été dit durant l’Ouvroir, on va s’intéresser à votre rapport direct avec le cinéma, et à savoir, pour commencer, quel est le cinéma qui a pu vous bercer ?
  • Rob : Alors comme je le disais, dans mon enfance c’est beaucoup le cinéma japonais qui m’a influencé. Je cite en priorité la série d’animation Les Mystérieuses Cités d’or, qui est la favorite de mon enfance et que je trouve, encore aujourd’hui, comme une œuvre assez marquante.
  • Kevin Halgand : D’ailleurs, elle semble encore bien connue aujourd’hui,  à la vue des réactions durant votre Ouvroir …
  • Rob : Oui, j’ai l’impression que les gens la connaissent bien encore. Puis, il est vrai que c’était une série où la musique avait une grande place et était marquante. Ce n’était pas de la gnognotte (rires). Il y avait des beaux thèmes, bien travaillés, avec de l’émotion. Aujourd’hui, quand je l’écoute, j’en suis encore surpris et je me dis : « C’est cool d’avoir grandi avec ça ! ».
  • Kevin Halgand : Puis, on se rend compte de la force du thème, quand on voit comment il a perduré à travers les générations …
  • Rob : Tout à fait ! Ce qui est sur, c’est que ce sont des sonorités qu’on recherche encore aujourd’hui, inconsciemment à travers tous ces synthés, que l’on adore utiliser. Après, j’ai cité aussi Le Bal des Vampires, qui m’a donné le goût des musiques un peu lugubre et l’utilisation du clavecin, des chœurs féminins, mystérieux et un peu effrayants. J’ai vu Mission quand j’étais enfant qui m’a énormément choqué. La musique me prenait beaucoup, surtout ce côté liturgique et païen à la fois. Le fait d’avoir une musique primitive et, en même temps, dédiée à Dieu, c’est quelque chose que j’ai l’impression de développer, malgré moi, dans ma musique avec des accords assez intense … Une façon, un peu, épique de composer. J’ai cité Dune aussi, que j’ai vu très tôt et qui, je pense, à laisser une empreinte forte. L’idée qu’un thème très puissant laisse une empreinte indélébile dans l’âme du spectateur. Je ne savais sûrement pas conscience de cela, mais le fait que ce soit Toto qui signe le thème, et qu’il s’agit d’un artiste que l’on attend pas du tout dans ce genre de registre, cela crée un goût pour cette étrangeté et ce mélange des genres. Ce n’est pas de la musique Hollywoodienne. C’est une vision rock, et même un peu prog rock, de la musique Hollywoodienne. C’est assez chelou comme résultat (rires). Cela se réécoute même plutôt bien …
“On va au cinéma comme on va au supermarché” ROB
  • William Tessier : Ce qui m’a énormément plu dans votre Ouvroir, c’est que l’on sent chez vous une vraie cinéphilie et un goût vorace pour cet art. Je me demandais comment vous voyez l’industrie de la musique de film aujourd’hui, en tant que spectateur et acteur. Surtout qu’il y a une mode en ce moment … On sort les bandes originales en vinyles…
  • Rob : C’est vrai. Il y a un grand paradoxe dans notre époque. On vit avec un accès illimité à la culture avec le téléchargement, internet et tout ça. On a tout en instantané. On parle de n’importe quoi et, en une seconde, je regarde sur Google et je trouve la discographie du mec, la filmographie ou quoi que ce soit … Ce rapport fait que tout est tellement ouvert, que l’on se retrouve à chercher de la qualité. Alors que l’on pourrait s’attendre au contraire. C’est pour cela que le vinyle revient, je pense. On a envie d’un objet exclusif, de qualité, de truc pointu. Maintenant que l’on peut tout avoir, on veut le truc qu’on sera le seul à posséder, vous voyez ce que je veux dire … Il y a une sorte d’entonnoir, qui donne un goût pour la création singularité qui se dégage de la masse. Donc, cela laisse la place aux projets un peu différents et cela ouvre des portes à des publics que l’on n’aurait pas pu forcément atteindre. C’est le cas de Maniac, typiquement. On sent que le film peut devenir culte en une fraction de seconde. Parce que, quand le film et la musique sortent, tous les mecs, fans de films et de musiques de genre, sont au courant instantanément. On sent que cela tisse des réseaux et groupes de fans assez puissants. Donc, il y a ça et le fait que la musique de film a pris sa place. Le cinéma est au sommet de l’objet industriel, le blockbuster est devenu un objet de consommation courant. Toutes ces franchises énormes comme TransformersPirates des CaraïbesFast & Furious et autres productions Marvel sont devenus des yaourts. On va au cinéma comme on va au supermarché, ou même on va plus au cinéma, mais sur Netflix, et on achète son pot de yaourt de chez soi. On a conscience que tout cela est une grosse industrie et que l’on arrive à se démarquer par des objets de qualité. Je pense qu’il y a, heureusement, un effet pervers à toute cette masse de blockbusters.

Extrait de la BO du film Maniac (Franck Khalfoun, 2012)


 

  • Kevin Halgand : Par rapport aux éditions des bandes originales, surtout que vous en produisez vous-même, comment se passe le choix de celles qui sont éditées et celles qui ne le sont pas ?  Je pense à la bande originale d’Enragés qui est quasiment introuvable … Ce choix est indépendant de votre volonté ou au contraire, vous choisissez d’éditer telle ou telle bande originale sur laquelle vous travaillez ?
  • Rob : Non, enfin de compte, la musique du film appartient aux producteurs du film. Ce sont eux qui vont dire s’ils investissent, ou non, de l’argent pour sortir la musique. Moi, j’ai la chance de venir du monde du rock et de la pop, donc j’ai un bagage discographique, en quelque sorte. Quand un réalisateur vient me trouver, c’est qu’il a envie de donner cette teinte à son film et de ne pas faire appel à un compositeur classique de musique de film, mais à quelqu’un qui amènera une empreinte artistique un peu plus forte, peut-être. Du coup, on aboutit souvent à une envie de sortir la musique du film. Ce qui est une grande joie pour moi, je suis un grand consommateur de musique de film et j’adore posséder les disques. Je déplore vivement qu’en France, il n’y ait pas un éditeur qui se soit spécialisé dans le vinyle de qualité. Alors, c’est vrai, il y a Music Box qui a le talent de réussir à sortir, presque systématiquement, toutes les bandes-originales. D’ailleurs, Enragés est chez Music Box. Maniac est Music Box. Made in France est chez Music Box. Planétarium est chez Music Box. Il y a des éditeurs, qui ont la passion suffisante, pour accepter de ne pas gagner d’argent, en ne vendant que très peu de ces disques merveilleux, mais en les faisant exister (rires). Cela a presque une valeur de conservateur, que je trouve très louable. Mais il est vrai que les Américains ou les Japonais ont plus le goût de la contre-culture, d’aller chercher l’objet un peu culte et de créer l’édition collector, je pense à Mondo notamment, qui édite des vinyles dans de superbes versions liées au plaisir de l’objet. Donc, je ne perds pas espoir de créer, en France, un label de vinyle de musique de film. Je travaille dessus et j’ai même du coup, crée mon propre label, qui s’appelle Hippocampus et qui a sorti deux vinyles dont Made in France et Planétarium. Et comme je m’investis là-dedans, je travaille à des éditions pour les amoureux des musiques de film.
  • Kevin Halgand : Comme vous le disiez tout à l’heure, vous aimez tout superviser dans l’édition de vos bandes originales et ainsi, ajouter des inédits ou des versions alternatives …
  • Rob : Oui. L’idée est de prendre soin de l’avenir de la musique après le film, de faire en sorte qu’il en reste une belle trace.
  • William Tessier : Du coup, j’ai une question plus globale à tout ça. Vous allez me répondre comme vous le pouvez … (rires). Cela fait trois-quatre ans que l’on voit des premières réalisations françaises extrêmement dans l’esthétique et le genre, je pense notamment au film Les Rencontres d’après Minuit dont la musique avait été signé par M83, et qui justement cherche une musique électronique. Je pense à Enragés, que dont vous avez composé la bande originale, à Crache-Cœur ou encore Gaz de France …
  • Rob : Alors ce n’est pas moi qui ai fait la bande originale d’Enragés (rires). L’histoire est plus compliquée pour ce film … Éric Hannezo est venu me chercher pour faire la musique. J’ai composé. Il m’a demandé si je pouvais réinterpréter le thème de Stelvio Cipriani, ce que j’ai fait. Puis, quelques mois après, il m’a dit qu’il était obligé de travailler avec un compositeur canadien.
  • William Tessier : …mais vous êtes pourtant crédité au générique.
  • Rob : Parce qu’en réalité, j’étais son premier choix. On a donc triché vis-à-vis de la production. Il m’a acheté des covers du thème de Stelvio Cipriani (compositeur du film de Mario BavaLes Chiens Enragés dont Enragés est le remake). Je n’ai pas composé la musique du film.

Extrait de la BO du film Les Chiens Enragés (Mario Bava, 1974)


 

  • William Tessier : On va oublier ma question, donc … (rires)
  • Rob : Non, mais c’est intéressant. Vous qui vouliez parler du business de la musique du film. C’est typiquement un cas où le réalisateur voulait travailler avec moi, je voulais travailler avec lui. J’ai fait la musique du film et il n’a pas pu l’utiliser comme il le voulait … Il a été obligé d’avoir un compositeur, qui a fait toute la musique que l’on entend et qui est-ce qu’elle est, mais il a réussi à placer de trois touches de mon travail, comme des références au film de Mario Bava. D’ailleurs, j’ai envie de sortir un disque avec ma musique, qui ne sera pas la musique d’Enragés, mais une sorte d’hommage à Mario Bava.
“Un premier film c’est l’occasion de montrer sa singularité” ROB
  • William Tessier : Tout cela pour vous parlez de ces jeunes réalisateurs français et trentenaires qui réaliser des premiers films très esthétiques. Et du coup, est-ce que vous pensez que l’utilisation, presque systématique de la musique électronique, est dû à la plastique du film ou tout est tout bêtement une simple question de génération ?
  • Rob : Je pense qu’un réalisateur dans un premier film, cherche à se démarquer. Un premier film c’est l’occasion de montrer sa singularité. Ainsi, avoir une direction artistique pointue et aller chercher un artiste qui n’est pas forcément un compositeur de musique, comme M83, Sébastien Tellier ou moi, c’est une façon d’assumer des goûts forts et artistiques. Après, il y a quelque chose de générationnel. Un mec de 35 ans va préférer travailler avec un autre mec de 35 ans, où ils pourront avoir un rapport d’égal à égal, tout en ayant les mêmes références. Puis, tout bonnement, je pense également qu’il y a une phénomène de mode. Drive est passé par là. Tout le monde s’est dit que de la musique électronique dans un film, ça va le vendre comme des petits pains … Puis, cela donne une empreinte tellement forte au film, que ce lien entre la musique électronique et le cinéma existe depuis les années 70. C’est juste que cela revient … Sous une forme de nostalgie, comme avec des réalisateurs comme Nicolas Winding Refn ou Rebecca Zlotowski. Mais elle, c’est un peu différent, elle insuffle une relecture d’une sorte de tradition du cinéma. Par exemple, elle me demande parfois de créer quelque chose qui soit à la fois une référence au cinéma que l’on aime, et en même temps, une vraie création pour aller servir le sens profond qu’elle veut offrir à son film. C’est plus complexe, peut-être … En tout cas, on ne peut que se réjouir de cet engouement pour les musiques de film et pour l’envie que la musique de film soit plus qu’une simple bande originale. On en à ras le bol des films français, avec les mêmes têtes, les mêmes musiques et leurs petits thèmes. C’est de la merde. On en à ras le bol (rires). Je pense qu’il y a encore beaucoup de place à prendre pour la musique au cinéma et montrer qu’elle peut avoir un rôle très important et non négligeable. C’est pour cela que je suis content de participer à des films qui ne sont pas des films de genre, mais des films plus grand public, comme avec Romain Levy (réalisateur de Radiostars NDLR).
  • Kevin Halgand : En parlant de ces films, comme Radiostars de Romain Levy, ou encore Populaire de Régis Roinsard, quelle est votre approche pour ces productions ?
  • Rob : En réalité, c’est la même approche que pour tous les autres projets. C’est-à-dire servir le film du mieux possible, tout en insufflant, autant que je le peux et que le réalisateur ne me laisse le faire, une personnalité. C’est l’idée que je peux apporter au film quelque chose qui ne soit pas que de l’ordre de soutenir le scénario ou juste illustrer le film. Et ainsi, faire en sorte que quelque chose qui n’était pas écrit dans le scénario se retrouve sur le film et apporte une nouvelle dimension à l’ensemble.
“Tout est une histoire de collaborations, de conversations et de relations” ROB
  • Kevin Halgand : Radiostars est intimement lié à la musique, et est connoté très jeune public, là où Populaire est un film d’époque, tout en étant sportif dans sa narration et son montage. Le travail est quand très différent sur ces deux projets, non ?
  • Rob : Oui et non, le processus de création reste le même. On cherche comment on va réussir à donner une singularité, une saveur, au film. Même si dans Populaire, l’idée était d’être extrêmement référencé, comme une romance des années 50 et d’avoir un classicisme assumé. Sauf que l’idée de faire appel à moi, pour réaliser cette musique-là, est très étonnante … C’est le contraire de ma musique, presque. Je pense que c’était assez brillant d’oser ce mélange et de voir comment on pouvait détourner les codes, tout en les utilisant.

Extrait de la BO du film Radiostars (Romain Levy, 2012)


 

  • Hadrien Langue : Est-ce qu’il n’y a pas une approche, de la part de certains réalisateurs, de dire : « Pour cette séquence, je veux que tu me composes un tube ! ». J’ai parfois l’impression que certaines musiques de film sont écrites comme une chanson pop qui pourrait passer en radio par la suite …
  • Rob : Oui, parfois cela arrive. C’était le cas, par exemple, pour la séquence finale de Radiostars, au dôme à Marseille, où il fallait que l’on ressente sur une ferveur de la jeunesse. Je pense que s’il avait pris un morceau de Kavinsky, ça aurait marché tout autant … si ce n’est mieux, peut-être, je ne sais pas (rires). Mais c’était ça l’idée. Mais en même temps, si le réalisateur demande au compositeur de la musique originale de composer un tube, il va réussir à créer une émotion forte. Dans ce tube musical, tu vas retrouver des sonorités des thèmes du héros, de la musique où il est triste… Mais réorchestré comme si c’était un tube qui passe à la radio, tu te retrouves avec le meilleur des deux mondes. Tu as l’émotion d’une bande originale et l’entrain d’un tube. Ce n’est pas l’exercice que je préfère … Je trouve qu’il y a une pression. Il faut que ça pulse (rires). Mais parfois, c’est nécessaire pour le film. Dans Radiostars, cela fonctionne très bien. Quand tu réécoutes le morceau sur la bande originale, t’es là genre « Hé, c’est cool ! ». Je ne dirais pas que tu peux le mettre en soirée, mais presque (rires).
  • William Tessier : Quand on regarde votre travail au cinéma, il y a clairement deux réalisateurs qui sont importants : Alexandre Aja et Rebecca Zlotowski. Vous en parliez dans votre Ouvroir, vous avez des relations très fortes avec ces personnes, tout en impliquant un travail très différent avec chacun. Comment vous travaillez, à la fois de la manière et différemment avec ces deux cinéastes ?
  • Rob : Tout est une histoire de collaborations, de conversations et de relations. Il se trouve que ce sont deux artistes qui ont le même âge que moi …
  • William Tessier : On en revient à la question de génération que l’on évoquait tout à l’heure …
  • Rob : Exactement ! Avec eux, je peux avoir un rapport d’égal à égal très simple. Je n’ai rien à prouver avec eux, on a juste à chercher, ensemble, les meilleures idées possible. C’est une relation idéale. Par contre, on ne recherche pas du tout les mêmes idées. Avec Alexandre, on va être dans une recherche d’une émotion, une certaine nostalgie, un certain rapport à l’enfance … Alors qu’avec Rebecca, on va être dans une abstraction, une intellectualisation des sentiments, dans la création d’un tissu musical, presque invisible et avec des textures.

Bande Originale complète du film Planétarium (Rebecca Zlotowski, 2016)


 

  • Hadrien Langue : C’est vrai que l’on a l’impression qu’il y a pas mal de réalisateurs qui demandent des musiques discrètes, pour le fond d’un dialogue, juste pour illustrer …
  • Rob : C’est le mot “under-score”. Je ne le connaissais pas avant de travailler dans l’industrie de la musique de film, et il veut bien dire ce qu’il veut dire … Et pourtant, c’est bien utile. Cela permet de ne pas lâcher l’attention du spectateur, tout en n’embrouillant pas ce qu’il se passe à l’écran. Cela fait vraiment partie intégrante du langage du cinéma. On est obligé d’assumer certains codes … Ce ne sont pas les morceaux les plus jouissifs à composer, évidemment. C’est parfois même les plus difficiles à travailler. Comment réussir à évoquer un thème sans le jouer et être présent, sans être remarqué ? Ce n’est pas évident … C’est là où l’orchestre peut prendre une place assez simple : un accord orchestral sous-mixée, cela suffit à baigner le film dans un jus musical, sans prendre trop de place.
  • William Tessier : Pour conclure, vous pouvez nous parler de vos futurs projets ? Dans l’Ouvroir vous avez évoqué la troisième saison de la série Canal+ : Le Bureau des Légendes.
  • Rob : Oui, il y a ça. Un film de David Moreau, qui se nomme Seuls et qui l’adaptation d’une bande dessinée. Concrètement, ce film peut plaire aux amateurs. On a fait une musique très ambitieuse. On en mit beaucoup, beaucoup de synthés et beaucoup d’orchestres. Parfois même les deux en même temps. J’ai très hâte de voir le résultat final. Puis, rien que le fait que ce soit un film de science-fiction pour adolescents, produit en France et avec un petit budget, ce n’est pas Luc Besson qui est derrière … On ne peut pas en citer beaucoup et donc je suis très content d’avoir participé à ce long-métrage. Je travaille au prochain de Romain LevyGangsterdam. Là c’est très intéressant, c’est un film de genre à sa façon. Je fais également la musique du prochain film de Teddy Lussi-Modeste, avec qui j’avais déjà travaillé sur Jimmy Rivière. C’est un drame dans le milieu du stand-up, avec Tahar RahimMaïwenn et Roschdy Zem. Un film assez étrange donc (rires). Et enfin, le prochain long-métrage de Nicolas Boukhrief, c’est une adaptation du manga Un Ciel Radieux, de Jirō Taniguchi. Ce sera un film pour la télévision, Arte le produit. Mais qui sera traité comme un long-métrage qui sort en salles, puisque l’on m’a commandé une bande originale. Ce sera différent de tout ce que j’ai fait jusque à présent, mais j’ai hâte.

Encore une fois, merci à Rob pour sa sympathie et pour avoir pris le temps de répondre amicalement à nos questions ! Vous pouvez retrouver ci-dessous la bande-annonce du film de genre français Seuls, réalisé par David Moreau et dont Rob a signé la bande originale. Sortie prévue le 8 février 2017.

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